Ce premier petit-déjeuner du FFFOD a réuni une quarantaine de personnes au Sofitel Champs-Elysées à Paris, le 30 Septembre dernier. M. Jean-François Abramatic, président du World Wide Web Consortium (W3C) et directeur du développement à l'INRIA, nous a exposé les grandes tendances de l'évolution d'Internet et leur implication pour le domaine de la formation ouverte et à distance. Ce document propose un compte-rendu détaillé de cette matinée.
1- Introduction par Jacques Bahry
2- Intervention de Jean-François Abramatic
2.1- Rétrospective sur le développement d'Internet et du Web
2.2- Les applications existantes
2.3- Ce qui doit évoluer
2.4- Le détail des évolutions à venir
3- Questions / réponses adressées à M. Abramatic
4- Liens intéressants
5- Annexe: Présentation de XML
1. Introduction par M. Jacques Bahry, président du FFFOD
Les évolutions d'Internet, que ce soit en terme de haut débit ou de confort d'utilisation, en feront un outil pour la pédagogie beaucoup plus intéressant. L'intervention de M. Abramatic permettra de nous donner les repères qui guideront ces évolutions.
2. Intervention de M.
Jean-François Abramatic
La nature et l'infrastructure d'Internet limite aujourd'hui les usages possibles. Les questions de bande passante disponible et de performances ne sont pas les seuls contraintes ; les efforts doivent aussi porter sur le développement des logiciels et des contenus. Pour comprendre l'enjeu des évolutions futures, il est important de :
2.1. Rétrospective sur le développement
d'Internet et du Web
Ce regard sur l'histoire d'Internet est indispensable pour prendre en compte les préoccupations actuelles et futures.
Les premiers usagers d'Internet sont issus du milieu de la recherche, relativement proche de celui de la formation. Les premiers outils étaient naturellement tournés vers l'échange d'informations et la collaboration, d'où l'émergence de la messagerie, des forums de discussion ("newsgroups") et du transfert de fichiers.
Mais Internet a été imaginé avant tout par des militaires, dans le contexte de la guerre froide : il devait être possible de joindre une machine quel que soit le chemin emprunté, même si une machine intermédiaire était détruite.
Ces deux facteurs, le besoin d'échanger de l'information à une échelle mondiale et le principe de routage dynamique ont eu un impact important sur l'architecture du réseau des réseaux. En particulier, le développement de l'Internet a lieu de la base vers le haut : il n'y a pas de dirigeant global, et c'est l'utilisateur final qui contribue à l'évolution. Ainsi l'Internet est fait de ce que chacun lui apporte.
L'origine du navigateur Web remonte à Mars 1989, quand Tim Berners-Lee, le créateur du Web, a déposé une première demande de projet. Les premières versions opérationnelles sont apparues un an plus tard. Depuis la portée de cette application s'est considérablement amplifiée, et sa maturité n'est pas encore atteinte.
Le Web est né au centre de recherche, du CERN, à Genève, qui compte 10000 personnes dont 3000 permanents. Les 7000 autres, une fois parties du site et revenues dans leurs organismes d'origine, avaient un besoin important de communiquer entre elles à distance pour poursuivre leurs collaborations. C'est là l'objectif premier qui a donné naissance au Web : produire des données et y accéder quel que soit le lieu. L'idée de travail coopératif était donc au cur de la conception du Web. De fait, le premier prototype de logiciel Web était différent de ce que l'on connaît aujourd'hui : il était à la fois éditeur et navigateur.
Le deuxième objectif à l'origine du Web était l'intégration du passé : accéder à des bases de données hétérogènes et réparties à partir d'une interface unique. La prise en compte de l'existant est une raison peu connue de l'émergence du Web, mais un facteur de succès important.
On dit que le Web représente la convergence de l'informatique, des télécommunications et de l'audiovisuel. C'est effectivement le cas pour les deux premiers points ; en revanche, les images, les sons, et généralement les signaux dépendant du temps n'ont pas été pris en compte dans la conception initiale. L'isochronisme exigé par ces médias est impossible à garantir : en effet, chaque paquet d'information peut prendre un trajet différent, et la reconstitution de l'information initiale à l'arrivée ne se fait pas forcément en temps réel. Ce sujet est à l'origine de beaucoup de travaux de recherche aujourd'hui.
En conclusion, la puissance d'Internet réside dans la capacité d'enrichissement que chacun peut lui apporter. Jusque là, tous les moyens de communication évoluaient dans un monde non-numérique. Aujourd'hui, l'usage de l'informatique induit par Internet permet à ces enrichissements d'être persistants et intégrables. A la différence du système Télétel (destiné au Minitel) dont la conception s'est déroulée en une seule fois, l'Internet progresse quotidiennement, que ce soit pour les normes, les équipements, les systèmes d'exploitation ou les applications. Enfin, l'usage d'Internet permet de construire à la demande des communautés de tous niveaux : familial, professionnel, amical
2.2. Les applications existantes
Si le moteur de l'évolution d'Internet est bien présent, il reste en revanche du chemin à parcourir pour les applications, qu'elles soient du niveau de base (navigateur Web, messagerie ) ou du niveau des utilisateurs (applications de formation).
En ce qui concerne le navigateur Web, il est essentiel de retrouver une fonction présente dans sa conception initiale et importante dans un contexte de formation : pouvoir écrire et non plus seulement consulter des données. Les formulaires Web constituent un palliatif limité ; cependant, les protocoles permettant d'écrire ne sont pas encore largement répandus. Les développements en cours mettent donc l'accent sur des outils de coopération, malgré les problèmes de sécurité que cela peut impliquer.
Les autres applications telles que la messagerie et le transfert de fichiers sont arrivées à peu près à maturité mais seront certainement encore enrichies. Les applications interactives de type vidéoconférence mettront plus de temps à s'imposer et à fonctionner de manière fiable.
En partant d'une approche du bas vers le haut, les domaines suivants sont amenés à évoluer :
- améliorer la sécurité et protéger les contenus. Beaucoup de progrès ont été réalisé pour le déploiement à large échelle ;
- protéger les droits des utilisateurs, en particulier sur le respect de leur vie privée, d'où l'émergence d'organismes de régulation comme la CNIL. Des problèmes de relations internationales retardent l'harmonisation des mesures de protection (ce qui est par exemple le cas en Europe, mais pas avec les Etats-Unis) ;
- permettre le paiement en ligne ;
- assurer le respect de la propriété intellectuelle.
2.4. Le détail des évolutions à venir
L'environnement logiciel reste la principale pierre d'achoppement. Il faut rappeler que le lieu de l'innovation d'Internet est bel et bien celui de l'utilisateur : c'est de lui que viendront les changements.
A ce stade, il n'est pas inutile de rappeler un principe fondamental dans la conception du Web. L'universalité recherchée par Tim Berners-Lee l'a amené a rester prudent dans ses choix techniques. L'imagination créatrice du Web résulte de la combinaison de trois composants : le système d'adressage (la notation de type "http:// "), le langage de description (HTML) et le protocole applicatif (HTTP). Chacun de ces composants étaient les plus simples possibles.
Bien que cette simplicité ait fait le succès du Web, elle n'est aujourd'hui plus suffisante pour intégrer des contenus complexes. Le besoin de structuration des contenus a mené au développement d'un nouveau langage de description de document destiné à remplacer HTML : XML (eXtended Markup Language).
XML, en cours d'implémentation dans les produits standards du marché, permet une représentation structurée de l'information. La transition de HTML à XML pour la conception de contenus demandera des efforts importants mais XML se révèlera très utile pour élaborer et structurer des contenus pédagogiques.
A plus long terme, les métadonnées rendront l'indexation et la corrélation entre contenus plus facile et plus automatique. Les mots-clés et les résumés des documents seront "auto-décrits", ce qui rendra plus efficaces les moteurs de recherche.
Internet bénéficie aujourd'hui de l'énorme potentiel des infrastructures télécoms déjà déployées. En effet, le protocole IP d'Internet peut fonctionner sur tout type de support de télécommunication : "IP over everything". Parmi les réseaux déjà ou bientôt empruntés par Internet, on peut citer :
le réseau téléphonique commuté (RTC), historiquement le premier utilisé. Il a été suivi par le RNIS (Numéris en France), son évolution numérique. Les technologies xDSL en cours de déploiement, notamment ADSL, permettent d'envisager des débits toujours plus élevés et cela sans surcoût de travaux civils, puisque c'est le même réseau téléphonique qui est utilisé ;
le câble. Les réseaux TV câblés largement déployés dans les villes permettent également d'accéder à Internet à haut débit. Cette technologie a bien percé aux Etats-Unis et devrait bientôt exploser en France ;
la boucle locale radio. Elle permettra de se raccorder à un opérateur télécom sans connexion physique, dans les zones à forte activité où le câblage est difficile ;
les constellations de satellite. Leur principe consiste à tisser une toile de satellites à basse altitude qui puisse couvrir toute la planète et transmettre de l'information d'un point à un autre, éventuellement sans autre infrastructure terrestre qu'une antenne satellite individuelle. On compte 6 grands projets de plusieurs milliards de dollars chacun dans ce domaine, notamment Teledesic (Microsoft), Skybridge (Alcatel) et Celestri (Motorola) ;
le réseau électrique. Des travaux sont en cours pour expérimenter le transport d'information sur le réseau de distribution.
En conclusion, toutes ces évolutions sont inéluctables même si certaines paraissent lointaines ; il faut donc les prendre en compte dès aujourd'hui dans la conception des contenus.
3. Questions / réponses adressées à
M. Abramatic
Philippe Gomet, AFT-IFTIM :
Les Intranets, communautés étanches utilisant les technologies d'Internet, constituent un premier niveau de solution : leurs utilisateurs peuvent accéder rapidement aux services du réseau sans être perturbés par l'encombrement ou les problèmes de sécurité d'Internet. L'interconnexion entre plusieurs Intranets, appelée Extranet, élargissent le réseau à plusieurs communautés dans le cadre d'un "contrat d'accès mutuel". C'est par exemple le cas du site du W3C qui propose plusieurs niveaux d'accès (publics, membres du W3C, équipe interne).
D'autre part, il existe déjà des accords entre opérateurs pour assurer une qualité de service au niveau télécommunication : garantie de disponibilité, de bande passante, etc. Il reste à transposer cette notion de qualité de service au niveau du réseau IP. Aujourd'hui, en effet, Internet fonctionne en mode "best effort" (meilleure qualité possible). De nouveaux protocoles comme IPv6 et RSVP seront bientôt prêts pour mettre en uvre cette qualité de service.
Ces deux facteurs combinés laissent penser que l'on verra probablement apparaître une différenciation par l'argent suivant le niveau de service que chacun peut se permettre.
Eric Hamard, Outland :
Une norme devient un standard si elle est largement implémentée et banalisée. Pour les activités de collaboration du W3C entre les 3 équipes de Boston, Sophia et Tokyo, des outils simples sont suffisants : publication de documents sur le Web et conférence téléphonique traditionnelle. Cela dit, T.120 s'imposera en tant que norme, mais nul ne peut prévoir son succès sur le marché. Tout est une question de relation client / fournisseur : les produits répondront-ils aux attentes des utilisateurs ?
Le rôle du W3C consiste à faire émerger un consensus et une vision globale sur l'usage d'Internet. Il n'a pas une mission de régulation ou de "gendarme" du marché.
Eric Hamard :
Il faut considérer le niveau de maturité des couches et applications d'Internet : 30 ans pour IP, 15 à 20 ans pour la messagerie, 5 à 10 ans pour le Web, moins de 5 ans pour les applications de niveau supérieur. Plus un standard mûrit, plus sa continuité, son interopérabilité et sa pérennité seront assurées.
Pierre Fabre, directeur du CFPB :
OUI, il existe des problèmes de sécurité à grande échelle et il faut les prendre en compte. Dans toutes les publications de l'IETF, le groupe de normalisation des standards Internet, il y a désormais systématiquement un chapitre "sécurité" ; c'est donc un problème essentiel. Les moyens de résoudre ces problèmes de sécurité existent mais ils ont un coût important.
Michel Janin, AFT-IFTIM :
Le développeur de ressources dispose maintenant d'une multiplicité d'outils disponibles. C'est à lui de choisir la solution la mieux adaptée. Dans le cas des CD-ROM, tant qu'un projet n'est pas mûr, le réseau sera bien adapté ; le CD-ROM permettra de créer ensuite une image "figée" du projet. La difficulté consiste ensuite à maîtriser la diffusion du CD-ROM (versions différentes, mises à jour )
Nicolas Ricour, CHANED :
Ce n'est pas "un" réseau haut débit en particulier qui s'imposera. Il n'y aura pas de développement haut débit homogène. La déréglementation du secteur des télécoms laisse le pouvoir de décision au marché. La concurrence entre initiatives de réseaux haut débits aura un effet stimulant.
Christophe Parmentier, CEGOS :
Quels que soient les développements et les expérimentations, seule une partie d'entre eux subsiste. Il faut donc rester modeste et prudent sur la pérennité des évolutions technologiques. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas aujourd'hui de surdimensionnement des réseaux mis en uvre.
Michel Tetard, réseau des APP :
Le W3C a été créé en 1994, 4 ans après l'apparition du premier navigateur Web. La simplicité d'usage du Web lui avait permis de développer largement la communauté d'utilisateurs d'Internet. Cependant, un usage professionnel du Web nécessitait plus de complexité, donc de réflexion et de coordination ; c'est pourquoi le W3C a été créé sur une idée de Tim Berners-Lee.
Le W3C comprend un hôte européen, l'INRIA, un hôte américain, le MIT, et un hôte asiatique, l'Université de Keio au Japon. Il comprend 280 membres qui s'engagent à contribuer au développement du Web. Parmi les membres, on distingue les "full members" qui paient une cotisation annuelle de 50000 $, et les "affiliates" qui ne paient que 5000 $. Les deux catégories ont les mêmes droits. Le W3C est donc ouvert à toute organisme désireux de participer à son action.
Michel Janin :
Pour joindre une personne, un courrier électronique peut suffire. Pour authentifier un utilisateur, il existe des solutions qui fonctionnent bien (système d'abonnement, mots de passe ) mais ne sont pas entièrement déployées. La véritable question qui se pose derrière l'authentification des utilisateurs est le traitement des informations qui les concernent.
Jacques Bahry :
Les 2 projets phares de constellations de satellites (Skybridge et Teledesic) sont positionnés sur l'utilisateur individuel. Le satellite est déjà utilisé aujourd'hui pour des segments de l'épine dorsale d'Internet ou pour la diffusion à grande échelle. D'autre part, on verra de plus en plus d'objets mobiles connectables à Internet ; de nombreux travaux sont en cours sur le sujet.
World Wide Web Consortium : http://www.w3.org/
L'histoire du Web : http://www.w3.org/WWW/
Sécurité : http://www.cru.fr/securite/
XML : http://www.w3.org/XML/
Internet sur le câble :
Informations générales : http://www.webfaster.net/cable/
(également des informations sur ADSL et autres techniques innovantes)Lyonnaise Câble : http://www.cybercable.fr/
l'offre de Numéricable (Canal + / Cegetel / CGV) : http://www.ncnumericable.com/cont_corpo_communiques.html#02/07/98
Internet par satellite : http://www.byte.com/art/9711/sec5/sec5.htm
Le futur protocole au cur de l'Internet, IPv6 : http://www.urec.fr/ipv6
M. Jean-François Abramatic :
e-mail: jfa@w3.org
http://www.w3.org/People/W3Cpeople.html#Abramatic
http://www.w3.org/People/Abramatic
Présentation de XML - eXtended Markup Language
XML a été conçu pour enrichir HTML et surmonter ses limitations (documents "plats" sans structure, pas de métadonnées, balises HTML incohérentes, faible capacité de réutilisation, liens rompus ) Le principe fondamental de XML est de considérer séparément le contenu, la structure et la présentation d'un document.

© EC Joint Research Center - http://www.jrc.it/
Les principaux avantages de XML sont :
XML structure les contenus Web comme une base de données ; des balises délimitent chaque entité de la base de données. Par exemple, la ligne suivante définit "M. Paul Dupont" comme une entité "utilisateur" :
<utilisateur>M. Paul Dupont</utilisateur>
On peut bien sûr imbriquer les balises :
<utilisateur><prenom>Paul</prenom><nom>Dupont</nom></utilisateur>
XML est accompagné de plusieurs autres standards :
Dans le domaine de la formation, XML peut servir par exemple pour représenter un test de mathématiques avec ses réponses sous un même document ; chaque utilisateur ne verra que les données auxquelles il a le droit d'accéder :
En conclusion, les caractéristiques d'XML en font un candidat remarquable à un standard universel pour échanger des données. XML sera supporté dans les futures versions des principaux logiciels, y compris Windows 98 et NT 5, Netscape Navigator, etc.
Notes de Jean-Noël Perrimbert - ARDEMI
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