La NetEconomie

Ce cinquième petit-déjeuner a réuni une trentaine de personnes le mercredi 22 septembre 1999 au " Caffé Foy ", à Paris pour entendre M. Jean-Michel Billaut, directeur général de l'Atelier – Cellule de veille technologique du groupe Paribas, nous parler de la NetEconomie et de " Live Distance Learning ". La nouvelle économie basée sur le développement de l’Internet entraîne des modifications des règles politiques, industrielles et économiques, en faisant émerger trois paramètres de la compétitivité internationale : la vitesse, l’intelligence et l’adaptabilité.


1- Introduction de Jacques Bahry
2-
Présentation : la constatation d’une évolution
3-
Les causes technologiques
4-
Les causes politiques
5-
Les changements économiques
6-
Questions


Introduction

M. Jacques Bahry, directeur général du Cesi, Président du fffod ouvre la séance en présentant Jean-Michel Billaut.

Le thème abordé change des thèmes habituellement traités : Faire le point sur telle ou telle évolution technologique et ses conséquences pour la formation. En réalité, dès que nous sommes engagés dans ce développement des Formations Ouvertes et à Distance, on s’aperçoit que la problématique économique est aussi importante que la problématique technologique. La révolution technologique provoque une révolution économique. C’est de tous ses changements d’ordre économique que va nous parler Jean-Michel Billaut, à qui je cède la parole.

M. Jean-Michel Billaut, directeur général de l’Atelier, Cellule de veille technologique de Paribas

L'Atelier, cellule de veille technologique du groupe Paribas que je dirige, cherche à établir comment les TICs vont transformer notre façon de communiquer. Mon métier au sein de la compagnie bancaire consiste à observer tout ce qui se passe dans le monde, qui semble lié aux nouvelles technologies et qui paraît engendrer une nouvelle organisation du système économique. Mon rôle est aussi d’organiser en permanence, au sein de l’Atelier, des réflexions et des brainstorming.

Avant de démarrer, je vous demanderais :

Présentation : La constatation d’une évolution

On m’a demandé de vous exposer notre vision des choses, que d’ailleurs, vous n’êtes pas obligés de partager. Vous savez que depuis deux ans à peu près, on parle beaucoup aux Etats-Unis de la NetEconomie. Dans ce pays, l’économie est en progression depuis une dizaine d’années environ. Cela ne s’était jamais vu, puisque auparavant, les cycles économiques montaient et descendaient sur des périodes de trois ans. Le taux d’inflation est très faible, le taux de chômage l’est aussi, alors, qu’ici en Europe il est autour de 10%. De fait, beaucoup commencent à se demander si l’Internet n’est pas la cause de tout cela et si l’on n’est pas en train de changer de système. Depuis peu, tout le maelström remarquable aux Etats-Unis déferle sur l’Europe. Cette évolution s’accentue rapidement et c’est pour cette raison qu’il faut s’y intéresser.

Evolution ou révolution ?

Quelques études ont vu le jour aux Etats-Unis, s’intéressant à la NetEconomie. C’est un secteur qui représente trois cent milliards de dollars. Comparativement, le secteur automobile représente 350 milliards de dollars. Les experts pensent que la NetEconomie a démarré en 1995, aux Etats-Unis.

Dans ce secteur, on distingue quatre sous parties :

  1. Les opérateurs de " tous poils ", tirant les fibres otiques (hors opérateurs historiques de téléphone) ;
  2. Les créateurs de logiciels, faisant fonctionner Internet ;
  3. Les intermédiaires traditionnels (ex. la FNAC qui commence à vendre on line, c’est le chiffre d’affaires de tous ces gens là) ;
  4. Les nouveaux intervenants (Amazone.com en est un exemple : Ce serveur vend des livres, dans tous les secteurs d’activités).

En fait, Internet touche tous les secteurs d’activités. Et naturellement, celui de la formation. Il représente 4% du PNB aujourd’hui, il emploie 1.2 millions de personnes aux Etats-Unis. Quand Monsieur Bill Gates embauche une personne dans un de ses campus à Seattle, dans les douze mois suivant, 6 emplois induits sont créés. Le chiffre d’affaires par tête dans cette NetEconomie est de 250 millions de dollars. C’est-à-dire 65 fois plus élevés que dans les autres secteurs d’activités. On peut donc dire que c’est un secteur très productif. La plupart des économistes ou des experts travaillant avec Al Gore, pensent que nous ne sommes encore qu’à la préhistoire de ce phénomène.

Je vous propose de réfléchir sur les causes de celui-ci. Comment peut-on apprécier l’actuel système économique par rapport à la nouvelle organisation du marché ?

Les raisons technologiques

On peut répondre en partie à cette question en étudiant la convergence de deux grands types de facteurs technologiques. La technologie modifie un système économique et un système politique. L’humanité a connu plusieurs grandes ruptures. Il y a 6 à 10 mille ans, la révolution agricole a eu lieu. Un petit nombre de personnes ont inventé un certain nombre de choses (la roue, la charrue,…) : Une nouvelle organisation s’est mise en place (l’esclavage, la féodalité et la royauté). Au 17ème siècle, ainsi qu’au 18ème et au 19ème siècle d’autres innovations ont été créées (l’électricité, le moteur à explosion, etc.) : Le système économique a changé, tout comme le système politique. Aujourd’hui, certains ont procédé à de nouvelles inventions : le micro processeur, l’Internet, etc. Le système économique se transforme de nouveau et il est probable que le système politique évolue de la même manière, au niveau mondial.

Parallèlement, on assiste à la convergence de deux lois empiriques : La loi de Moore et la loi de Metclafe.

Les lois Moore et Metclafe

Gordon Moore  était l’un des fondateurs de Intel. Cette loi, énoncée pour la première fois en 1965, exprime que la puissance du micro processeur fabriqué dans le temps, double tous les dix huit mois, en restant au même prix. Prenons comme référence l’indicateur de puissance, le Mips (c’est-à-dire, le million d’instructions par seconde traitées par le micro processeur), qui coûtait aux alentours de 100 dollars il y a encore 15 ans. Aujourd’hui, il coûte 1 dollar. Dans cinq ans, nous allons probablement faire des micro processeurs sur du plastique. Les spécialistes s’accordent à penser que le prix du Mips sera de 1 cents. Ce qui veut dire que les micro processeurs vont être partout, même dans les endroits auxquels on ne pense pas aujourd’hui. On aura des mips dans les téléphones, dans les voitures, dans des réseaux locaux, etc. : Nous allons vivre avec ces micro processeurs.

Certains prévoient qu’ avant 2010, nous pourrions passer à une autre technologie : On fera des micro processeurs à base de cellules vivantes. Il est conseillé de lire l’ouvrage suivant : " Vision " paru aux éditions Albin-Michel écrit par Mishiko Kaku, professeur de physique théorique américain, à partir d’interviews menées avec des chercheurs dans les domaines de la recherche sur la matière, des biotechnologies, de l’informatique et de l’Internet. Cet ouvrage explique que chaque être humain va pouvoir bénéficier de puissances de calcul tout à fait colossales grâce auxquelles nous allons pouvoir continuer à innover. Les américains sont en train de mettre sur pied ce que l’on appelle l’Internet 2. Sur celui-ci, il existe, par exemple, le projet CAVE, qui va mettre en place une réalité virtuelle sur réseau uniquement, de l’ordre de 655 mégabits. Ce projet CAVE est une pièce que nous pourrons installer dans dix ans, et qui permettra, par des réseaux, de faire de la télé présence dans un univers complètement virtuel en 3 Dimensions, à partir de chez nous.

La loi Metcalfe a été énoncée par Monsieur Metcalfe, inventeur du réseau Eternet (ayant la même essence que le protocole de télé communication TCPIP). Cette loi affirme que la valeur d’un réseau, quelle qu’il soit, augmente au carré du nombre de personnes utilisant ce réseau. Par exemple, il y a un siècle, la compagnie qui faisait le transcontinental aux Etats-Unis, a dû construire une gare en plein milieu du désert : 5 à 10 ans plus tard une ville est née. Les gens qui s’y sont installés commandaient des produits, par le télégraphe, qui arrivaient par le réseau ferré. La richesse de ce type de réseau a augmenté, car celle-ci augmente du fait des échanges. La rapidité de cet échange via Internet constitue un problème. Internet raccorde des gens à l’ensemble des réseaux en les mettant en relation. Sur ces réseaux, des gens échangent de plus en plus rapidement, augmentant alors la richesse.

Les causes politiques

La deuxième raison est d’ordre politique. L’Etat américain a déréglementé en 1984 l’opérateur historique de téléphone ATT. A la fin des années 1980, l’ère Tacher a suivi, en Angleterre. Enfin, cette nouvelle tendance s’est développée sur le vieux continent. Ceci entraîne la mise en route de nouveaux opérateurs et une augmentation considérable de la bande passante, c’est-à-dire les Batbones (les fils qui relient les points d’accès locaux).

Par exemple, une société américaine comme Level 3, est en train de tirer de la fibre optique noire dans des fourreaux partout dans le monde. Ils ont une ligne atlantique entre l’Europe et les Etats-Unis de l’ordre de 1.25 Tera octet par seconde. Ils créent deux boucles européennes et vont installer, par exemple, 18 boucles locales sur Paris et sa région. Sur les Batbones, tout comme sur la boucle locale, on tend vers l’ " infinite  man risk ". France Télécom va démarrer le déploiement de la DSR et grâce à de petits modems, nous allons pouvoir nous connecter à 56 kilos maximum. Avec de la DSM, à partir de chez soi, il sera possible d’avoir un débit théorique compris entre 500 kilos octet par seconde et 7 mega bits, en fonction de l’éloignement par rapport au point d’accès de France Télécom.

Au début des années 90, on se connectait sur des réseaux de type Internet avec des modems à 9600 BO, comme le GSM aujourd’hui. Depuis les années 1990-1995, on est passé de 28 000 à 56 000 octets par seconde. Avec Numéris, il est possible de se connecter à 128 kilos octets, toujours avec un paiement à la durée. On arrive aujourd’hui aux méga bits. En 2005, on passera probablement chez les particuliers au giga bits en flat-fee. A titre d’exemple, j’ai un ami habitant Atlanta qui a une fibre noire à domicile de l’ordre de 1 giga bit et il ne paye que l’équivalent de 450 Francs par mois en flat-fee. La télévision, dite numérique, des broadcasters traditionnels, est de 1.5 mega bits. Donc, nous aurons de très gros tuyaux sur les Ball Bone et sur la boucle locale, avec des débits bien plus importants à des coûts défiants toute concurrence. Comme dit Bill Gate, nous aurons des bandes passantes infinies dont le prix va tendre vers zéro.

La volonté extrêmement forte du couple Gore-Clinton qui, en 92, ont été élus par l’exécutif américain, en grande partie sur le thème de la société de l’information, constitue une deuxième cause politique.

Les changements économiques

La convergence des différents points développés constitue le point de départ de toute l’évolution prochaine. Nous considérons qu’un système de type capitaliste va perdurer, accompagné par des démocraties de type représentatif. Cela pourrait changer dans les années à venir. Si c’est le cas, alors tout le fonctionnement traditionnel des marchés, c’est-à-dire tout ce qui permet la rencontre entre une offre et une demande va être amené à se transformer de la même manière.

Ce système de marché fonctionne aujourd’hui grâce à trois éléments :

  1. Les fabricants (papier, crayons, cravates,…) ;
  2. La demande s’exprimant pour les produits (consommateurs, entreprises) ;
  3. Les intermédiaires existant entre les deux et mettant en relation l’offre et la demande.

C’est par une structure extrêmement compliquée que ce système peut fonctionner.

On peut classer les différents intermédiaires, en fonction de la valeur ajoutée qu’ils apportent au système :

Marc Andrisen est un programmeur à l’Institut de programmation de l’Université de l’Illinois, qui, en 1991, a créé le premier Browser Mosaic. Il a fait un request for command qu’il a mis en téléchargement gratuitement. En un mois, 1 million de personnes ont essayé le logiciel : Le standard était fait. C’est donc bien la population qui crée ce standard. Nous pouvons étudier l’exemple de Franowein, un Institut allemand qui a mis au point un système permettant de compresser les fichiers musicaux à partir de CD, en gardant la même qualité. Aux Etats-Unis, certain comme MP3 ont acheté la licence pour le serveur. D’autres l’ont mis gratuitement en téléchargement. La musique est en train de se répandre sur Internet et cela va modifier la chaîne de valeur. Par exemple, une petite boîte Rio que l’on achète sur des sites au prix de 200 $ aura un modèle qui pourra se connecter à un petit support sur la RS222 d’un micro ordinateur, rechargeant la batterie. Ainsi, il sera possible d’aller sur des sites MP3 pour trouver de la musique, sans aucune pièce mécanique, sans rayon laser et CD.

L’offre

Le monde pourra peut-être s’organiser comme l’Internet : en autorégulation. Dans chaque secteur d’activités, certains sont sur le marché depuis des années. Depuis lors, ils ont acquis un tempérament d’ "Empereur ", qui ne leur permet plus d’analyser les signaux que leur envoie le marché, ce qui risque, à terme, de les exclure de ce marché. Par exemple, il y a trois ans, à Boston, un brasseur de bière, n’a pas obtenu de ses banquiers les crédits nécessaires au développement de son affaire. Il a alors fait appel à l’épargne publique à partir de son site. Il a revendu sa brasserie pour ouvrir une banque d’affaires virtuelle qui s’appelle Veet coorporation. Au lieu de collecter 7% du montant des capitaux professionnels, cette banque ne prend que 3% (avec l’accord des autorités gouvernementales américaines). En dix huit mois, 80 sociétés ont déjà été mises en bourse. L’intermédiaire traditionnel, la banque d’affaires, ainsi que les bourses vont peut-être ainsi perdre des parts importantes de marchés…

Prenons un autre exemple permettant d’illustrer ce phénomène. Soit un internaute américain, qui voudrait vendre des actions en pleine nuit. Il lui est impossible de réaliser cette opération par des intermédiaires financiers traditionnels. Il a donc été créé, par des " Barbares " sachant saisir de telles opportunités sur un marché, des ECN (Electronic Communication Network) qui vont trouver un acompte au niveau mondial 24h/24 et en 30 secondes.

Donc, d’un côté, il existe des " Empereurs " et de l’autre côté des " Barbares ", dont Monsieur Bill Gates fait partie. L’Internet permet d’apporter des services à plus haute valeur ajoutée que par le schéma d’intermédiation traditionnel. C’est pour cela que ça marche. Avec les conditions techniques déjà mises en place, il est possible de trouver de nouveaux types de services.

La demande

Le consommateur est mué par l’intérêt. Cette affirmation peut facilement être illustrée par la réussite et le développement des grandes surfaces il y a quelques années. A l’époque, cette nouvelle forme de commerce plébiscitée par nos parents, représentait la convergence de trois technologies : la voiture, le réfrigérateur, la caisse enregistreuse et l’informatique. Nous sommes en train de vivre la même chose, aujourd’hui, avec le phénomène des nouvelles technologies, mais au niveau mondial.

Pour vendre, compte tenu de la complexité du système, il faut de plus en plus d’informations sur le consommateur. Cette caractéristique de l’évolution actuelle s’incarne dans le débat sur de la vie privée sur Internet. Certain " Barbares " réfléchissant sont sur le point de monter un concept : les infos médias. Je vais m’adresser à un informateur intermédiaire qui, avec mon accord, saura tout sur moi. Il va chercher sur tous les sites le produit en question qui ensuite sera livré. Jusqu’à la dernière minute, le vendeur ne saura pas où son produit sera livré en dernier ressort. Ceux qui sauront faire cela tiendront les rênes. Une société appelée Intel est en train de le faire. Faisant 25 milliards de dollars de CA dans les micro processeurs, cette société désire faire même montant d’ici 3 à 5 ans dans les services.

Le marché

Le fonctionnement même du marché va changer. Les segments de celui-ci sont les suivants :

Aux Etats-Unis, aujourd’hui, il y a probablement 1000 sites de vente aux enchères. Le leader est IB.com, créé par un français : Il gère environ 3 000 produits en ligne. C’est une brocante électronique mondiale avec déjà 10 000 clients français. Il y existe aussi des sites spécialisés : vous pouvez vendre votre voiture ou votre maison sur la technique des enchères anglaises. D’autre part, deux sites ont pour but de contourner la grande distribution : http://www.mercata.com et http://www.accompany.com . Des accords sont passés en direct avec les producteurs afin que les consommateurs bénéficient des avantages de la grande distribution. On peut ainsi trouver des milliers de produits en ligne.

Les économistes s’intéressent beaucoup à la fixation du prix sur un marché car il est le principal déterminant de l’acte d’achat ou de vente. Sur Internet, l’offre ou la demande peut fixer le prix. Il existe un site qui s’appelle http://www.priceline.com (système breveté) : quelle que soit la nature de ce que l’on désire acheter, Priceline s’engage à offrir la meilleure possibilité suivant les conditions formulées. Même chose pour les billets d’avion, réservation d’hôtels, crédits hypothécaires…

Il y a de plus en plus de choses qui se vendent aux enchères via Internet, aux enchères anglaises ou hollandaises. Par exemple, http://www.bol.de – un site allemand, permet d’acheter n’importe quel livre, à n’importe quel prix, n’importe où dans le monde. Vous comprendrez que les " Empereurs " de la distribution en France puissent rester perplexes face à ce type de site. Par exemple, si vous visitez le site des magasins Darty, leurs prix ne sont pas indiqués. Ils engagent le consommateur à avoir une relation directe, au téléphone, avec le vendeur. S’ils ne mettent pas leurs prix, c’est pour éviter d’être comparés avec les autres distributeurs, via Internet et via les sites dont la description vient d’être faite. Mais, un site marchand étant l’équivalent d’un magasin, Darty pourrait être traîné devant les tribunaux, pour ne pas avoir affiché ses prix.

Nous pouvons donc aisément donner quelques caractéristiques du nouveau système d’échange émergeant :

Le consommateur va prendre le pouvoir. Nous allons assister à une désintermédiation et une ré-intermédiation par des intermédiaires électroniques. L’Internet permet d’abaisser les coûts, ce qui plaît beaucoup aux consommateurs. Nous nous dirigeons donc vers une économie de temps réelle – 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le rôle des Etats va probablement s’amenuiser et un nivellement des cultures va apparaître. Il est possible d’imaginer une dématérialisation de la musique ou du livre, d’ici à deux ans. Les standards sont faits aux Etats-Unis : Bill Gates va ouvrir l’année prochaine une librairie de téléchargement de 100 000 livres. L’édition française n’y croit absolument pas. La vidéo, la monnaie se dématérialisent aussi… Si vous êtes en possession de la DSSH, vous pouvez télécharger des films d’Hollywood avec la même qualité que celle que l’on admire au cinéma. Si vous êtes équipé d’1 mega bit, cela prendra à peu près 40 minutes, pour 2 $ seulement. La monnaie va être dématérialisée dans 5 ou 10 ans.

En ce qui concerne la formation, nous avons constaté, au cours d’un récent séjour aux Etats-Unis, qu’une multitude de nouveauté semble apparaître : On trouve plusieurs types de nouvelles technologies.

La plus simple est le conferencing center . Par exemple, chez Paribas, nous sommes en train de monter un centre de conférence électronique, équipé de serveurs et d’un logiciel créé pour permettre à un responsable Marketing de former ses commerciaux répartis sur le territoire :

A l’aide d’un code d’accès, chaque " élève " se connecte à une URL donnée, le " professeur " entre ses transparents dans le serveur par un drag  and drop, les transparents arrivent rapidement dans le browser des " élèves ". Le " professeur " peut, à tout moment, intervenir sur des points importants du transparent. Il est même possible de voir le visage du " prof " en streaming-video ou tout simplement de l’entendre, toujours en IP. Il y a une zone de chat, textuelle pour l’instant, où l’on peut poser sa question, le " professeur " y répond de façon audio. Une zone d’enquête vous permet de lancer des enquêtes temps réel. Plusieurs systèmes ont été réalisés. Le Service Bureau, proposé par Web Centric, une société allemande, qui s’est associée avec ATT et propose 49 cents la minute : Si vous avez 10 collaborateurs en conferencing-center, pour 1 heure de communication, vous multipliez 60 minutes par 49 cents et par dix personnes. Il existe des systèmes beaucoup plus complexes, propres au marché de la formation, avec des outils de type multimédia adaptés pour le Web.

Il existe aussi un système de distribution de cours appelé Miss Librarian, avec gestion administrative des élèves on-line ou bien un système de type forum, où les élèves participent entre eux à un même cours et peuvent discuter, notamment pour donner des solutions à ceux qui en ont besoin, sans même les connaître. On trouve aussi des systèmes de e-mail naturellement.

Le marché est en train de s’organiser rapidement aux Etats-Unis. Les entreprises suivent l’évolution de ce secteur de très près. Elles mettent donc en place des Corporate University on-line afin que les personnes puissent suivre la formation au moment où ils le souhaitent. Le suivi est généralement assuré par un service de formation, reconfiguré. On pense ainsi que dans dix ans, il y aura beaucoup plus de Corporate University on-line que d’universités traditionnelles.

Les entreprises se tournent vers ce procédé, notamment pour former leurs clients à leurs produits, mais certaines entreprises vont offrir aux clients des cours on-line sur n’importe quel sujet : la taille des arbres, les mathématiques pour l’enfant, …et d’autres encore. L’entreprise élabore le contenu elle-même ou l’achète ailleurs.

Il existe également des sociétés de formation on-line, qui se sont créées de toute pièce et qui proposent des cours. Une des plus connues est Digital Think, à San Francisco. Vous pouvez ainsi vous former pour 300$ à des cours sur Windows, Java, etc… Digital Think compte aujourd’hui 100 000 clients partout dans le monde. Par exemple, pour les français, il est possible de suivre un cours de Java, le dimanche matin ! On apprend les rudiments et, si on a du temps à consacrer aux exercices, on peut parvenir au même niveau qu’une personne ayant suivi le processus traditionnel.

Enfin, on observe l’arrivée comme un " raz de marée " de portails de formation.

Il y en a 3 actuellement aux USA : http://www.click2learn.com/ qui fédère des entreprises de formation et qui surtout propose des logiciels à n’importe qui pour faire une formation sur n’importe quoi. On définit soi-même son thème. Par exemple, on peut lancer sur ce site un cours de formation à la NetEconomie, à 10$, les bénéfices tirés du paiement d’une formation sont partagés à 50/50.

Ce genre de site est appelé à se développer de manière considérable dans les prochaines années.

Chez Paribas, nous réfléchissons à la création d’un site de formation au sein de la société, et après tout, nous pourrions envisager d’offrir ce service sur le marché. De plus en plus de technologies à base de TCPIP sont intégrées dans de tels processus. Nous avons monté un studio de télévision Internet, qui fonctionne aujourd’hui. Nous retransmettons seulement nos ateliers, mais nous sommes en train de réaliser un centre de ré-application

Nous sommes également en train de monter un centre de documentation automatique.

Grâce au développement de plus en plus important de nouvelles technologies, le fonctionnement traditionnel du marché se trouve bouleversé. Cette tendance semble s’accentuer et se propager des Etats-Unis au monde entier. Il va falloir suivre cette évolution et s’y adapter tout aussi rapidement.

Nous vous souhaitons bonne chance dans le Cyberespace !

Questions:

Pouvez-vous préciser comment se passent les transactions financières ?

C’est très simple. Vous utilisez notre système de paiement sécurisé qui s’appelle Cheyenne. Le problème en France, c’est que parmi les chefs d’entreprises ou les cadres, très peu ont une carte bancaire professionnelle. Dans ce cas, nous faisons du relevé sur facture, sans aucun problème. Et si vos clients ne payent pas, ils passeront dans une autre filiale qui fait du recouvrement de factures.

Travailler avec le CIC est-il adapté ?

Aaaah ! c’est moins bien le CIC…..Nous, nous sommes un " Empereur " à la base, mais nous avons quand même réussi à créer 4 start-up, 4 " Barbares ".

Le premier c’est Kleeline, qui est un service de paiement sécurisé, pouvant devenir mondial si nous arrivons à trouver un accord avec les grands américains comme Microsoft. Nos concurrents aujourd’hui ne sont plus le Crédit Agricole, mais Cisco, Level 3, Microsoft.

La deuxième société créée, c’est un concept de communauté électronique professionnelle que vous pouvez utiliser avec vos clients s’ils sont dans le Transport. D’ailleurs, aujourd’hui, nous annonçons un accord avec un éditeur hollandais qui possède le groupe LAMY en France et nous annonçons une communauté électronique pour les transporteurs.

On peut aussi revenir dans le réel et payer à la livraison. Mais les systèmes comme Kleeline vont beaucoup évoluer et risquent d’être encore plus sécurisant que les traditionnels moyens de paiement

Quel impact peuvent avoir tous ces changements en terme d’emploi ?

C’est une question que l’on se pose beaucoup en France. Aux Etats-Unis, le tiers du PIB américain est le fruit d’Internet. Ce n’est pas le cas en France, mais cela va le devenir. Je pense que le Maelström que l’on peut observer aux Etats-Unis sera présent sur le vieux continent dès l’année prochaine. Les Empereurs vont devoir faire face à la concurrence.

Pour illustrer cette nouvelle tendance ainsi que les conséquences qu’elle pourra avoir dans le monde financier, nous pouvons analyser l’exemple d’une Start-up française : Selecto incarne le rôle d’un courtier électronique en crédit hypothécaire. En effet, pour acheter un logement aujourd’hui, il faut discuter l’obtention d’un prêt avec un banquier qui dissimule les informations permettant d’obtenir une meilleure offre auprès d’un autre établissement de crédit. Dès sa mise en service, cette Start-up se chargera de vous trouver votre crédit hypothécaire, en envoyant à 10 intermédiaires financiers les données de votre dossier. L’analyse de risque est faite et sous 48 heures les propositions sont retournées à Selecto qui se charge de sélectionner les 3 meilleures offres. Selecto serait rémunérée par le banquier qui aura obtenu l’affaire, à hauteur de 1% du montant du crédit et de 0.1% de l’encours. Sans le savoir, les banques françaises se font peu à peu fédérer.

Si ces nouvelles technologies génèrent des emplois, comment allez-vous trouver le personnel qualifié ?

Il est possible, comme nous l’avons fait de créer des Webschool, qui seront suivis par tous les employés, ainsi que par les dirigeants.

Les Américains se sont intéressés à Internet car ils ont pu y trouver des services qui n’existaient pas ailleurs. En France il va se passer la même chose : aujourd’hui, seulement 6 à 7% des foyers sont connectés, il y en aura 10% à la fin de l’année. Des Starts-up vont copier ce qui se fait aux Etats-Unis et vont pouvoir être lancés en France très prochainement. Cette nouvelle façon de travailler va révolutionner le système hiérarchique en place actuellement : En France, il y a au moins 18 niveaux hiérarchiques au sein d’une entreprise. Chez Microsoft, on en trouve trois en dehors de Bill Gates. Une fois que les Français auront découvert de telles organisations, les choses vont commencer à changer.

Les patrons des filiales comprennent peu à peu ce qui se passe : il leur faut insuffler les nouvelles technologies dans leurs métiers traditionnels. Pour l’instant, cela leur a pris trois ans, mais ils se rendent compte que la concurrence est accrue : Si par exemple les français décident de plébisciter un système comme Selecto, UCB va devoir s’adapter. Or, UCB a des taux plus élevés que la moyenne de ses concurrents, il va donc trouver une stratégie nouvelle.

En ce qui concerne l’emploi, on peut se référer à un ouvrage de J. Rifkin,  " La fin du travail ". Le chômage et la paupérisation, malgré une large persistance de ces phénomènes sont sans commune mesure avec ce qu’ils étaient il y a 200 ans. Cela va-t-il encore évoluer ? Aujourd’hui, les gens travaillent uniquement pour gagner leur vie et n’y prennent aucun plaisir. Mais, du fait de l’organisation du système éducatif, les Français ne savent pas s’occuper autrement. Personnellement, je suis en permanence on-line, tout simplement parce que je veux me simplifier la vie.

Tout cela, à long terme va entraîner une fracture sociale dans le monde entre ceux qui seront sur Internet et ceux qui n’y seront pas. Le gouvernement doit faire ce qu’il faut pour que cela n’arrive pas : A Hourtin, nous avons annoncé en septembre la création du e-parti mondial. Depuis des générations, nous avons accumulé des richesses incroyables dans le monde et si, d’après une étude de l’Unesco faite il y a 2 ans, les 300 plus grosses fortunes du monde donnaient 5% de leur patrimoine, alors toute la population mondiale aurait de quoi satisfaire ses besoins : La redistribution des richesses est donc inefficace. A terme, tout le monde sera sur Internet. Est-ce que cela entraînera du chômage au sens français du terme, personne ne peut le dire.

Le plus important est de former les gens pour pouvoir ensuite lancer des services on-line.

Est-ce que l’excès d’information ne peut pas tuer l’information ?

Absolument pas. Elle va tuer l’élite seulement.

Par exemple, nous sommes en train de monter un centre de documentation électronique, que l’on appelle e-conference, sur lequel notre personnel va pouvoir mettre en surveillance les Web de leurs concurrents, par des systèmes de recherches.

De plus en plus d’informations vont être publiées sur le Web. Dans 2 ou 3 ans, la somme d’informations publiées sur Internet va dépasser la somme d’informations publiées par les médias traditionnels. Progressivement , certaines informations ne seront publiées que sur Internet. Il faut mettre en place des systèmes qui permettront d’avoir les informations que l’on désire précisément et au jour le jour : Chacun sélectionne le journal qu’il veut lire dans un kiosque, où il y a pourtant une multitude de journaux, ce doit être similaire sur Internet.

Il y 3 types de demande : La formation professionnelle traditionnelle en entreprise, la formation professionnelle et la formation étatique. Il existe maintenant la formation on-line. Cette dernière pourra se matérialiser sous la forme de jeu vidéo : Il sera d’autant plus facile de retenir les informations puisque ce genre de formation nous obligera à être actif face à l’apprentissage.

Il n’y aura jamais assez d’informations, le tout est de savoir rechercher ce que l’on veut, trouver et apprendre ce qui nous paraît intéressant. Il doit être mis en place des filtres ou des systèmes sémantiques.

Comment voyez-vous la division Nord-Sud ?

Il est difficile d’avoir Internet dans des régions où l’électricité n’existe même pas. Prenons l’exemple de l’Afrique qui reste une société sclérosée. Elle a beaucoup de mal à se développer, puisque les avis et les désirs des populations sont soumis à ce que pensent les Anciens, présents dans la société. La société américaine, par contre, a un degré de permissivité à l’innovation. La création d’une société est beaucoup plus facile. Les bénéfices sont partagés très largement et par là, le développement d’une nouvelle entreprise se fait plus équitablement et plus rapidement. La société française se situe entre la société primitive africaine et la société américaine. La fraction entre le Nord et le Sud risque de s’accentuer.

Les Organismes de Formation savent exactement combien un formateur est payé pour enseigner à 10 ou 12 personnes ayant les mêmes besoins de formation, mais en dispensant des cours on-line, comment allons-nous pouvoir élargir la demande qui s’offre à nous ? Comment le marché de la formation, qui se compose en particulier d’éditeurs répondant à la demande des formateurs, va-t-il pouvoir évoluer ?

Le marché de la formation se définit comme une chaîne qu’il va falloir casser. Les intermédiaires traditionnels de la formation vont tous être confrontés au même problème, que ce soit l’Etat ou bien les organismes de formation : Ce problème sera celui de la formation en ligne. L’autre compétiteur va en effet être l’éditeur qui sera en mesure d’offrir des services en ligne, composés de livre multimédia avec simulation intégrée. Il faut réellement suivre l’évolution du marché américain parce que la même va avoir lieu en France.

M. Jacques Bahry conclue le débat.

Rédaction fffod

| Haut de la page | Retour |