Petit-déjeuner thématique du fffod du 17 mai 2000

Etat de l’art de l’enseignement et de la formation à distance au Canada

Ce mardi 18 avril 2000, le septième petit-déjeuner du fffod a rassemblé au Café Foy, environ 70 personnes.

Jacques Bahry, président du fffod présente Marquis Bureau, Président de l’Association Canadienne de l’Education à Distance (ACED).

Marquis Bureau occupe depuis juillet 1999 un poste de direction au Collège Sénéca à Toronto. Au titre de consultant expert, il a participé en Russie aux Ateliers de l’Institut de Technologie pour l’Education de l’UNESCO. Il a été consultant académique auprès de la Banque mondiale pour le développement de l’Université Virtuelle Africaine. Pour ne citer que quelques-uns de ses titres et fonctions, il a été président-fondateur du 1er collège virtuel, le Collège des Lacs en Ontario et membre-fondateur à la création du réseau franco-ontarien de l’enseignement à Distance.

Il vient d’être nommé président de l’ACED, association nationale de professionnels fondée en 1983 dont le but est quelque peu semblable à celui du fffod. Le mandat de l’ACED est de promouvoir l’excellence de l’éducation à distance au Canada.

Avant que Marquis Bureau présente la situation au Canada, la parole est donnée à Robert Desbiens, Directeur du Centre Culturel Canadien à Paris, grâce au concours duquel cette rencontre a pu se faire.

Sommaire

1- Introduction

2- Les objectifs et l’organisation de l’Association Canadienne de l’Education à Distance

3- Le contexte et les enjeux de l’éducation à distance au Canada

4- Les nouvelles tendances mondiales en matière d’éducation à distance

5- Questions-réponses

 

1- Introduction

Robert DESBIENS, Directeur du Centre Culturel Canadien de Paris

Le Centre Culturel Canadien de Paris existe depuis trente ans. Il représente un véritable carrefour de la culture canadienne en France et regroupe les arts de la scène, les arts visuels, les arts de l’écrit et de l’écran. En outre, le service des relations universitaires reçoit près de 4 000 demandes d’étudiants français par mois qui souhaitent poursuivre leurs études au Canada. Ces demandes portent essentiellement sur l’étude des nouvelles technologies et l’étude de la langue anglaise. Pour faire suite à cet intérêt croissant, le Centre Culturel Canadien de Paris ouvrira, au mois de mai, un nouvel espace dédié à l’art, à la science et à la technologie. Ce nouvel espace réunira les grandes entreprises canadiennes innovantes. Les visiteurs disposeront d’informations complètes sur ces grandes entreprises, ainsi que sur les institutions et les établissements de l’enseignement canadiens. Je tiens à rappeler que nous sommes prêts à vous informer sur les possibilités de formation à distance et sur tout autre élément relatif à la culture canadienne.

Marquis BUREAU, Président de l’Association Canadienne de l’Education à Distance

2- Les objectifs et l’organisation de l’Association Canadienne de l’Education à Distance

2.1- Les objectifs

L’Association poursuit plusieurs objectifs essentiels.

L’Association Canadienne de l’Education à Distance http://www.cade-aced.ca a été créée en 1983. Toutes les associations nationales ont débuté dans les années 80. Elle a pour objectif principal de promouvoir la formation à distance au Canada. A la date de la création de l’Association, l’éducation à distance était la branche la moins prestigieuse de l’éducation nationale et concernait les étudiants qui ne pouvaient avoir accès à une autre formation. Aujourd’hui, grâce à l’intérêt croissant porté aux nouvelles technologies et aux progrès du télétravail, la perception de l’éducation à distance a considérablement évolué. Les demandes en la matière se font de plus en plus nombreuses et nous sommes parfois dans l’obligation d’en refuser une partie, dans la mesure où l’infrastructure existante ne nous permet pas de satisfaire les besoins.

L’Association Canadienne de l’Education à Distance a également pour objectif d’encourager la recherche et le développement de nouvelles théories, en particulier en ce qui concerne les méthodes d’apprentissage.

L’Association encourage l’échange d’expériences avec les autres associations nationales. Ainsi, je suis très content de participer à ce petit-déjeuner thématique et je souhaite établir des liens permanents avec le Forum français pour la formation ouverte et à distance.

L’Association Canadienne de l’Education à Distance représente le Canada à l’étranger et se fait le porte-parole de la formation à distance dans de nombreux pays.

2.2- Les programmes et les services de l’Association

L’Association organise un congrès chaque année. Le prochain congrès annuel se tiendra à Québec, du 2 au 6 mai 2000. Le congrès de 2001 sera organisé à Vancouver et celui de 2002 à Calgary en Alberta. L’Association propose deux publications : la première, " le Journal d’éducation à distance " est d’ordre scientifique, tandis que la seconde, " Communiquer " est plus populaire. En outre, le Secteur des relations internationales tend à promouvoir l’action de l’Association au niveau international. Par ailleurs, des ateliers permettent de proposer des séminaires de perfectionnement aux membres de l’Association, dans des domaines spécifiques.

2.3- L’organisation de l’Association

De nombreuses personnes à titre individuel et des organisations sont membres de l’Association. Parmi ces derniers, l’Association compte des universités, des établissements scolaires et des entreprises, de nombreux étudiants dans le domaine de la formation et de l’apprentissage à distance. Elle compte également plusieurs membres honoraires et 600 membres actifs. Ses congrès réunissent près de 800 personnes. Les représentants du monde éducatif présents dans l’Association proviennent des secteurs primaire, secondaire et collégial. Ce dernier est centré sur l’emploi et l’entreprise. L’Association regroupe également des représentants du monde de l’entreprise et de la sphère gouvernementale. Cette dernière est très importante pour l’Association dans la mesure où, d’une part, elle donne lieu à de nombreuses formations et, d’autre part, elle est à l’origine de la création de politiques dans le domaine des nouvelles technologies.

3- Le contexte et les enjeux de l’éducation à distance au Canada

3.1- Le contexte de l’éducation à distance au Canada

- La politique éducative au Canada

Au Canada, l’éducation relève à la fois des différents gouvernements du pays et du gouvernement fédéral. Le Canada regroupe 10 provinces et 3 territoires. Le Conseil des ministres de l’éducation regroupe l’ensemble des ministres de l’éducation. En outre, la Constitution prévoit que l’éducation soit une responsabilité qui incombe aux Provinces. Toutefois, le gouvernement canadien intervient en matière d’éducation, notamment au niveau de la réalisation des infrastructures technologiques, de la formation et sur le plan international. Il intervient également dans la préparation des contenus linguistiques et culturels. Vous percevez toute la complexité de la situation, ainsi que la difficulté de parvenir à un consensus. Toutefois, malgré la présence de différents niveaux décisionnels, le système éducatif canadien se révèle homogène.

- Un pays multiculturel

Dans la mesure où le Canada est un grand pays multiculturel et peu peuplé, une éducation accessible à tous a représenté un objectif général réalisable. La concrétisation de cet objectif passe également par la formation continue : tout au long de leur vie. Les Canadiens ont la possibilité de recevoir une formation adaptée à leurs besoins et à leurs attentes. Ainsi, en tant que francophone habitant dans l’Ontario, je fais partie d’une communauté minoritaire et j’ai reçu une éducation primaire, secondaire et universitaire en langue française et à participer à la mise en place d’établissements secondaires en français.

- Une formation à distance précoce

Les premiers cours de formation à distance sont presque contemporains de la création de l’Etat canadien. Le Canada est créé en 1867 et le premier cours de formation à distance a vu le jour en 1889, dans l’Ontario. Le système éducatif canadien se caractérise par la présence de deux générations : la première se situe avant 1960 et la deuxième après cette date. Par exemple, au Québec, l’Université Laval a été créée avant la création du Canada et l’Université de Montréal fait partie des premières. Après 1960, les établissements dits de " deuxième génération " ont été créés afin de répondre à la volonté d’instaurer une éducation accessible à tous, pour répondre à des besoins de formation. Des établissements " uni modaux " et des établissements " bi modaux " ont été créés. Les deuxièmes proposent une formation à la fois en établissement et à distance, tandis que les premiers ne dispensent qu’une formation à distance. Il y a trois établissements universitaires " uni modaux " qui ont pour vocation de faire uniquement de l’enseignement à distance : l’Open Learning Agency à Vancouver en Colombie Britannique, l’Université d’Athabaska en Alberta et du côté francophone, la Télé Université située à Québec et à Montréal. Parmi les 89 universités et les 900 campus collégiaux que compte le Canada, la majorité des établissements sont " bi modaux ". La formation à distance et les nouvelles technologies d’apprentissage sont donc de plus en plus généralisées. Par ailleurs, des entreprises et des réseaux dispensent de la formation. Enfin, des associations proposent des formations à distance.

3.2- La problématique de l’accessibilité

L’éducation au Canada est axée avant tout sur la problématique de l’accessibilité. Celle-ci n’est possible que par la reconnaissance des acquis. Durant les périodes de crise économique, les canadiens ont été amenés à changer plusieurs fois de profession ou de travail. La notion de reconnaissance des acquis a par conséquent été très importante. Celle-ci tient compte des périodes d’apprentissage formelles ou non formelles des individus. Un bilan du parcours professionnel des personnes est alors effectué et des propositions de formation sont soumises aux intéressés.

3.3- Un enjeu économique et commercial

Par ailleurs, l’enseignement permet de développer une main-d’œuvre plus performante. Il représente donc un enjeu économique et commercial. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’évaluer le prix de la connaissance et du savoir. Ainsi, l’éducation commence à intéresser de nombreux acteurs économiques. En outre, alors que les nouvelles technologies nécessitent d’importants investissements, et qu’en même temps le secteur privé s’intéresse de plus en plus à la formation formelle et informelle, les pouvoirs publics financent de moins en moins les établissements publics. Ces éléments contribuent à façonner un nouvel environnement éducatif, qui évolue rapidement. En outre, les systèmes éducatifs, doivent tenir compte de la mondialisation, qui ne les épargnera pas. Si certains estiment que l’éducation est un secteur lucratif, je n’ai constaté des retours sur investissements que très limités.

4- Les nouvelles tendances mondiales en matière d’éducation à distance

4.1- Les formations des entreprises

Au Canada, la formation professionnelle est dispensée par les collèges communautaires, qui ont été créés pendant les années 1960, pour répondre à un besoin démographique et de formations très important. Toutefois, les grandes entreprises tendent de plus en plus à créer leurs propres universités et leurs propres collèges, mieux adaptés à leurs besoins. Par conséquent, le système éducatif canadien est en pleine mutation, afin de s’adapter aux nouveaux besoins des acteurs économiques. Une autre tendance du système éducatif canadien consiste à mettre en place des établissements " ouverts ", qui permettent à l’apprenant de décider, de gérer et de prendre en main son propre apprentissage.

4.2- Le paradoxe de la formation à distance

La formation à distance est le lieu d’un paradoxe remarquable, dans la mesure où elle a confirmé son existence sans pouvoir se définir. En effet, elle se caractérise par une démarche particulière, qui réunit les notions d’accessibilité, de contexte, de flexibilité, d’interaction et des savoirs. Utiliser toute sorte de technologie ne rentre pas dans la définition d’une formation ou d’un apprentissage à distance. En outre, elle représente 200 000 inscriptions annuelles. Par exemple, au collège Sénéca à Toronto, nous avons 2000 inscriptions par session d’apprentissage par année. Et pour la première fois depuis le 1er janvier 2000, le nombre des inscriptions aux formations sur Internet que nous avons proposées a dépassé celui des inscriptions aux formations par correspondance.

4.3- Une compétition accrue

A mon sens, certaines mutations se produiront au cours des cinq prochaines années. Des établissements disparaîtront et d’autres se spécialiseront dans la formation à distance et l’utilisation des technologies. Ceux qui réussiront leur transition seront ceux qui auront privilégié les méthodes d’enseignement et d’apprentissage. Face à la mondialisation de l’éducation qui tend à se profiler et à la compétition toujours plus accrue, il est nécessaire de garder une réelle compétitivité sur la scène internationale. Cette compétitivité dépend essentiellement de quatre facteurs. Tout d’abord, il sera nécessaire à l’avenir de pouvoir dispenser une formation dans des endroits très diversifiés. Certaines personnes souhaiteront travailler à leur domicile, quand d’autres préfèreront bénéficier d’une formation " in the job ", dans le cadre de leur travail. Ensuite, la formation devra être dispensée " juste à temps ", c’est-à-dire au moment précis où la personne en aura besoin. Par ailleurs, la formation devra être dispensée " juste assez ", c’est-à-dire qu’elle devra être ciblée et concise. Enfin, la reconnaissance des acquis sera de plus en plus importante demain. Il ne sera plus possible de définir une personne en fonction du critère unique des diplômes. On apprend tout au long de sa vie. D’autres critères doivent donc être pris en compte, comme la vie familiale et communautaire, ou les expériences professionnelles et personnelles à l’extérieur du travail.

4.4- Les mutations technologiques

Nous traversons une période de pleine mutation. Il est difficile de prévoir quel sera l’avenir, notamment en matière d’éducation. Les transformations actuelles sont liées aux mutations technologiques, qui ont tendance à accélérer la création de savoirs. A cet égard, la qualité apparaît comme un nouveau concept incontournable. En effet, les étudiants attachent aujourd’hui une grande importance à la qualité des enseignements qu’ils reçoivent. Par ailleurs, les mutations technologiques engendrent un nouveau type de compétition entre les établissements. Il est nécessaire d’anticiper cette compétition par la mise en place de partenariats et de nouvelles formes organisationnelles. En outre, il est nécessaire d’appréhender l’éducation en termes de produit et de service, dans sa valeur commerciale. En effet, les apprenants seront de plus en plus amenés à " consommer " des produits d’éducation, comme ils consomment des produits de grande consommation.

4.5- La francophonie

Permettez-moi une certaine franchise : il me semble inquiétant que, dans le monde francophone, la plupart des moyens mis en œuvre au niveau de la formation à distance concernent uniquement la discussion de problématiques. C’est pour cela que je réaffirme notre soutien à votre projet de développement de la formation à distance. Je vous souhaite un grand succès sur l’autoroute de l’Internet et des nouvelles technologies, et vous invite à produire et à communiquer en français.

5- Questions-réponses

Jacques Bahry, président du fffod

Il est vrai que si le monde francophone maîtrise bien les concepts relatifs à la formation à distance, il connaît moins les techniques de sa mise en œuvre. En outre, le fffod a conscience de la nécessité de travailler au niveau international. Il a notamment collaboré au niveau européen, avec la création de la European Federation for Open and Distance Learning (EFODL), et s’intéresse aujourd’hui au Canada.

De la salle

L’apprentissage et l’enseignement à distance représentent-ils des voies parallèles ?

Marquis BUREAU

Je n’effectue aucune distinction entre les deux.

De la salle

Quelles solutions pourraient s’appliquer au système français en matière de financement et d’indemnisation ?

Marquis BUREAU

Je ne me suis pas réellement intéressé à la question. Les établissements qui seront capables de mettre en place des partenariats et de s’associer entre eux sauront se développer au niveau international et disposeront d’une plus grande flexibilité. On ne peut pas défendre le changement et ne pas changer. Demain, les établissements devront considérer chaque étudiant de manière individuelle, en termes de financement. Ils devront se doter de conventions. En outre, dans la mesure où les nouvelles générations seront formées de consommateurs toujours plus avertis, les établissements devront développer des concepts de qualité au niveau international.

Adrien FERRO, chargé de mission à l’ORAVEP

Vous avez présenté les établissements " uni modaux " et " bi modaux ". En France, certains établissements " quasimodaux " effectuent des bilans d’acquis, dans la perspective de vendre des diplômes. Vous situez-vous dans cette perspective ou, au contraire, privilégiez-vous une dynamique de personnalisation du parcours universitaire ?

Marquis BUREAU

On a tendance à considérer qu’un diplôme doit être délivré à des personnes qui ont eu un parcours très riche. Dans la tradition nord-américaine, les doctorats récompensent généralement des personnes qui ont réalisé des actions importantes. Mais peut-être un jour faudra-t-il créer des catégories de reconnaissance nouvelles, comportant plusieurs critères, qui permettront de reconnaître les expériences non formelles et non reconnues. En effet, une personne a le droit d’apprendre toute sa vie.

Pierre FABRE, représentant du Centre de Formation de la Profession Bancaire

La formation à distance utilise de plus en plus les nouvelles technologies, dans plusieurs de ses métiers. Comment sont organisées la préparation, la qualification et la formation des différents acteurs pédagogiques qui interviennent dans la production des services de formation à distance ?

Marquis BUREAU

Au Canada, la première génération des acteurs pédagogiques est autodidacte dans le domaine de la formation à distance. Elle a développé sa discipline et mis en place des programmes de formation de niveaux Bac, maîtrise et doctorat. La deuxième génération a été formée par la première et travaille aujourd’hui dans les entreprises et dans les établissements post-secondaires. Par ailleurs, de plus en plus, d’autres techniques de formation sont imaginées, plus flexibles. Ainsi, des collaborations se mettent en place entre les universités francophones et anglophones. De manière générale, la formation est bien organisée et de bonne qualité.

De la salle

Pouvez-vous définir la " contextualisation ", la " diversification des interactions " et la " désaffection des savoirs ", en tant que conditions préalables à la formation à distance ?

Quels types de formations à distance proposez-vous ? S’agit-il de formations de management et de langues vivantes ou de formations techniques ?

Enfin, en matière de technologie, êtes-vous en mesure de transmettre l’image et le son à distance ?

Marquis BUREAU

La pédagogie de la formation à distance peut prendre deux formes, qui varient selon le contexte de travail de la personne concernée, la " contextualisation ". Elle n’est pas la même si la personne travaille seule, à domicile, ou si elle est entourée d’une équipe. La " diversification des interactions " a pour but de permettre à des personnes différentes d’apprendre les mêmes contenus de manière différente. Enfin, la " désaffection des savoirs " concerne la détention des savoirs et leur transfert.

Par ailleurs, le secteur de la santé est le secteur qui a rencontré le plus grand succès ces dernières années. Ainsi, de nombreux médecins sont formés à distance. A mon sens, toutes les disciplines peuvent s’enseigner à distance et nous ne sommes qu’au début de ce type d’enseignement.

Enfin, en matière de nouvelles technologies, certains établissements proposent une formation sur place et des réseaux performants. D’autres proposent un accès à ces réseaux à partir du domicile. De manière générale, je pense qu’il est nécessaire de développer un outil flexible, capable de s’adapter à différents environnements.

Jacques NAYMARK, représentant l’AFEM (Association Française des Editeurs Multimédia) et au titre de Savoirs Interactifs

Vous avez évoqué la compétition croissante et vous nous avez encouragé à communiquer en français, dans un système économique où la connaissance devient un véritable marché. En France, il existe une réelle dichotomie entre, d’une part, les financements publics et les financements privés et, d’autre part, le monde scolaire, le monde de l’entreprise et le marché de la formation pour adultes. Si, à long terme, nous aurions intérêt à raisonner en termes de marché global, les lourdeurs du système éducatif français n’encouragent pas les professionnels de la formation à travailler dans une telle perspective. Il est en effet très complexe de travailler avec le monde scolaire. Cette réalité pose le problème du financement de la production de ressources. Il est aujourd’hui difficile de produire en français pour un marché réduit. Dès lors, comment trouver des financements et gérer cette économie mixte faite à la fois de financements publics et de financements privés ?

Marquis BUREAU

La situation est identique dans le monde anglophone. Deux marchés sont très importants dans le domaine des nouvelles technologies : le premier concerne la pornographie et le deuxième est celui des jeux. En Ontario, la plupart des financements publics sont alloués aux établissements traditionnels. Nous n’avons pas assisté à un véritable changement de pratiques en ce qui concerne ces financements, mais un réel changement s’est opéré au niveau du discours. Les décideurs publics prônent aujourd’hui l’utilisation des nouvelles technologies, sans pour autant inciter au changement de structures qui doit l’accompagner. Toutefois, le contexte est propre à développer le dialogue et les partenariats avec le secteur privé. Il s’agit de concevoir des formules flexibles qui puissent s’adapter à divers besoins et à diverses situations. Il n’en reste pas moins qu’il n’est pas cohérent d’encourager l’utilisation des nouvelles technologies tout en privilégiant le statu quo.

De la salle

Quelle forme prendront demain les cours dispensés sur Internet ?

Marquis BUREAU

Pour être honnête, je ne le sais pas encore. Il me semble que nous devons nous habituer à ne pas toujours connaître la manière dont se déroulera l’avenir. Il ne faut pas croire les gens qui prétendent le savoir. Toutefois, ce que nous savons aujourd’hui, c’est que le premier obstacle qu’il faudra lever sera celui de l’accessibilité du réseau, c’est-à-dire sa capacité à recevoir des données. Le cours du futur sur Internet sera interactif et entièrement construit par l’apprenant.

Henri GUYOT, société Faire Savoir

Quelle place accordez-vous aux apprenants en matière de formation, en tant que formateurs potentiels ? Une formation réussie doit souvent beaucoup aux personnes qui l’ont suivie. Sur Internet, ne faut-il pas offrir aux apprenants la possibilité de former les autres apprenants ?

Marquis BUREAU

Je pense qu’en effet, il faudrait offrir aux apprenants la possibilité d’être formés par d’autres apprenants. Il est important que différents types de formations leur soient proposés, afin qu’ils soient en mesure de choisir celui qui leur convient le plus. A l’avenir, chaque apprenant sera responsable de son apprentissage.

Nicolas RICOUR, représentant la Chambre Syndicale de l’Enseignement à Distance (Chaned)

Que pensez-vous du marketing pédagogique ?

Marquis BUREAU

J’y suis favorable, dans la mesure où il rend l’apprentissage accessible au plus grand nombre et tend en quelque sorte à le démystifier. En revanche, s’il ne s’inscrit que dans une perspective commerciale, il est plus contestable. Mais je ne suis pas inquiet. L’éducation à distance n’est pas encore un secteur lucratif. Au Canada, seulement 13 % des élèves de l’école secondaire parviennent à l’université. Si le marketing pédagogique permet de donner une chance aux 97 % restants, alors j’y souscris entièrement.

Jacques Bahry, président du fffod

Au nom du forum français pour la formation ouverte et à distance, je remercie les participants, ainsi que l’Ambassade du Canada, qui nous a aidé à préparer cette matinée. Le prochain petit-déjeuner du fffod se déroulera le 17 mai et sera consacré à la formation et au commerce électronique. Du 23 au 27 mai, nous organiserons un voyage à Vancouver. Enfin, le 8 juin, un dîner-débat sera organisé.

Rédaction fffod

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