Le Webphone : téléphonie et Internet, un accès pour tous ?

Ce troisième petit déjeuner a réuni une trentaine de personnes le 10 février 1999 au Sofitel Champs-Élysées à Paris pour entendre Michel TREHEUX, directeur délégué à l'innovation à France Télécom, présenter l'évolution des terminaux d'accès à l'Internet.

 


Sommaire

1- Introduction
2-
Les freins actuels au développement d'Internet
3-
Vers de nouvelles ergonomies
4-
La voix sur IP
5-
En conclusion
6-
Questions
7-
Quelques sites web pour en savoir plus


Introduction

Je vais parler des évolutions qu’on peut prévoir sur Internet, et notamment de la " fonction terminal ". Il apparaît en effet que cette fonction est souvent un obstacle au développement des technologies.

Cette notion est probablement un des problèmes les plus complexes à traiter.

Internet a d’abord été un mythe dangereux : c’était le système à tout faire, après le micro-ordinateur, Télétel… Ce mythe s’est aujourd’hui estompé.

Les freins actuels au développement d’Internet

 Vers de nouvelles ergonomies

On voit apparaître des innovations qui vont petit à petit faire évoluer les freins identifiés. En particulier, les terminaux peuvent modifier radicalement la donne.

Cela a commencé avec le Web-TV : utiliser le poste de télévision comme terminal Internet. Après une expérimentation à Annecy auprès de 4000 personnes, il apparaît que, pour les 1000 personnes ayant déjà un PC, l’intérêt du boîtier Web-TV, c’est pour rechercher des informations qui sont directement liées à la Télévision (programmes, adresses…). Environ 1000 personnes ont abandonné. Les 2000 autres ses sont entraînés sur le Web-TV, mais ont ensuite acheté un PC. Déjà, avec l’expérience de Vélizy sur le Minitel, on s’était aperçu que les gens n’aimaient pas regarder des informations sur la télé.

Mais d’autres terminaux se développent actuellement : le webphone, qui est un dérivé moderne des postes combinant le Minitel et le téléphone. Ils ont un gros avantage, c’est l’accès direct à Internet, sans passer par un système d’exploitation. C’est plus rapide, et les fonctions sont téléchargées dans le terminal en fonction des besoins : si on a besoin d’un traitement de texte par exemple, il pourra être chargé. Les technologies utilisées chez France-Télécom, telles que Javascript (Sun) et Windows CE (Microsoft) le permettent. Mais le problème avec ces technologies, c’est que ni l’une ni l’autre ne sont stabilisées, ce qui rend difficile le développement d’un marché de masse. Si les terminaux étaient isolés, ce ne serait pas un problème de faire évoluer le système tous les 6 mois. Mais à partir du moment où l’on est en réseau, il faut faire évoluer tout le réseau en même temps, ce qui est beaucoup plus difficile et onéreux. Le prix du webphone est de l’ordre de 1500 à 2000 F. Les fabricants qui s’y intéressaient au départ sont des fabricants de téléphone (Siemens, Alcatel…). Ils ont l’habitude faire des terminaux chers. Mais aujourd’hui Sony, Daewoo… qui sont des fabricants de produits grand public s’y intéressent. Les prix baisseront donc…

Les PDA connaissent aujourd’hui un développement extraordinaire. Ces outils, qui apportent la mobilité, peuvent aussi aujourd’hui devenir des terminaux Internet. C’est une troisième voie qui est explorée et qui devrait être appelée à se développer rapidement. Les prix actuels sont de l’ordre de 5000F, mais avec l’arrivée des futurs modèles de Sharp, on pourrait trouver des PDA à 1500F.

Autre terminal possible : le PC à bas prix, car ce marché évolue rapidement : on pourrait trouver des générations de PC stabilisées, utilisant composants produits par les concurrents d’Intel, et utilisant des logiciels en " freeware ", probablement développés autour de Linux. Cela peut modifier complètement l’économie du système.

La possibilité de faire de la photo ou de la vidéo sur Internet à bas prix sont aussi des facteurs qui pourraient modifier l’ergonomie des application réseaux : les appareils photos numériques commencent à 2000F, les mini-caméras encore moins… des terminaux utilisant ces modalités se développent.

En conclusion, on est parti autour d’Internet d’un terminal unique, mais on va vers une multitude de terminaux différents. Ces terminaux seront de plus en plus focalisés sur des services. On va s’échapper petit à petit du PC, pour aller vers des terminaux à accès simplifié. On voit apparaître de nouveaux acteurs qui cherchent à rendre le PC plus ergonomique (ex : le I-Mac). C’est un aspect important des évolutions. On va aussi probablement vers des produits liés à un service ou à un usage prédéfini (ex : les microdisques IBM). On va donc aller vers une segmentation d’Internet, avec des zones dédiées à certains services où à certains terminaux : on aura des zones accessibles par un PDA, et d’autres réservées aux PC multimédia. On pourra donc voir apparaître sur le modèle des " communautés virtuelles " des zones dédiées…

La voix sur IP

Il faut se souvenir qu’IP n’est pas un protocole dédié à Internet. On peut l’utiliser sur des réseaux privés. La qualité actuelle du réseau Internet rend l’utilisation du réseau pour transporter la voix difficile et cela donne des résultats aléatoires. Transporter la voix sur Internet est donc problématique.

Par contre, utiliser la voix sur IP sur un réseau privé dont on maîtrise les débits, ne pose pas de problèmes. A France-Télécom, la voix sur l’Intranet est aujourd’hui de qualité similaire à celle du téléphone.

Néanmoins, la voix sur Internet marche bien quand on est dans une configuration monodirectionnelle, comme lorsque l’on télécharge un fichier son. Cela se développe très rapidement, grâce au système de compression MP3.

Avec les futurs protocoles Internet, dans deux ou trois ans, la possibilité d’affecter des priorités aux paquets vont améliorer le transport de la voix sur Internet. Cela va donc amener les opérateurs classiques Telecom à une période de transition.

Cela permettra aussi le développement de la visiophonie sur Internet, ainsi que les applications mixtes voix-données.

Quelques exemples d’application à la formation

Une des choses qui vont se développer sur Internet, c’est la fonction d’expertise. Cela va probablement être un des fondements d’un nouveau modèle économique d’Internet : permettre le contact avec quelqu’un qui sait (professeur d’université, enseignant, fournisseur…).

Autre développement probable : la formation partagée (par exemple, France Telecom a expérimenté dans le cadre d’un projet européen une formation sur 27 sites répartis dans le monde avec interactivité multimodale (écrit, audio, vidéo…).

Autre possibilité ouverte par les réseaux IP : le partage de documents à distance. Une expérience a été faite dans la région de Melun d’une formation à la microélectronique et aux technologies Internet à domicile pour une quarantaine de jeunes. Les outils utilisés étaient les documents partagés et la prise de main à distance. Avec ce type de configuration, lorsque le débit le permet, on peut aussi utiliser le couplage visioconférence et échange de documents.

Une autre expérimentation avec des viticulteurs a montré aussi l’importance du groupe : il a fallu d’abord un travail en présentiel, en groupe, de formation à l’utilisation d’Internet, avant qu’ils ne puissent s’autoformer. Il faut donc, du moins en France, avoir des situation mixtes. Ce n’est pas le cas aux USA, où la formation est beaucoup plus interactive, et fonctionne sur le modèle questions-réponses.

En conclusion

L’innovation dans ce domaine est permanente, et les méthodes de travail sur Internet n’ont rien à voir avec les méthodes de travail classique : Netscape à lancé Navigator en version de laboratoire, et a débogué le produit avec l’aide des 2000 premiers utilisateurs ce que l’on aurait fait nulle part ailleurs dans la logique traditionnelle du développement de logiciels. L’innovation va très vite, au point que l’on compte en " années de chien " (1 année vaut 7 années de vie autour de l’Internet).

Cela crée aussi des problèmes inattendus : les start-up se développent plus vite que les autres entreprises, ce sont les jeunes qui sont les plus créatifs et qui s’approprie le plus vite les outils… cela commence d’ailleurs à poser des problèmes de gestion des ressources humaines aux entreprises.

Questions

Alain Parant / Responsable NTF au CEFICEM

Est-ce que les protocoles de communication sur le web garantissent une qualité audio pérenne compatible avec les contraintes de la formation ? Et quelles sont les promesses d’avenir ?

On peut dire que cette qualité ne peut pas être atteinte aujourd’hui, sauf pour le téléchargement. Mais avec la prochaine génération du protocole IP, (IPv6), cela va s’améliorer.

Jean Baudard – Directeur – Les Cours Legendre

Quelles sont les modalités d’application de ces technologies à l’enseignement à distance ?

Il y a de nombreuses formes possibles. La problématique, c’est d’abord de dessiner la forme d’enseignement à distance que l’on veut mettre en place, puis ensuite recenser les technologies qui permettent de les mettre en œuvre. Peut être que certaines ne sont pas encore mûres, mais dans deux ou trois ans, elles vont évoluer.

Quelles sont les expériences concrètes, et quels en sont les résultats ?

Il y a eu de très nombreuses expériences faites bien avant Internet, avec Numéris, par exemple… Mais elles étaient très coûteuses. Ce qu’apporte Internet, c’est sûrement une baisse des coûts.

Martine Hourcade – Maître de Conférence – Directeur d’Etudes du CACEMI - CNAM

Quel est le taux d’accroissement de la formation sur Internet ? Quel est le taux d’accroissement de la fréquentation des formations sur Internet.

Il y a beaucoup de sites sur la formation à distance sur Internet. On ne peut pas tout recenser... Il est très difficile de répondre à ces questions.

Hélène Weglarezyk – Directrice - CLP

A quand la liaison câble France Telecom ?

Le problème du câble est d’abord un problème local, et ce n’est pas le même partout : tout dépend du partage de responsabilité entre l’opérateur technique du réseau et l’opérateur du service commercial aux abonnés. Lorsque France Telecom perd de l’argent en finançant le réseau et que l’opérateur commercial refuse de le prendre en charge, la situation est bloquée. Cela se terminera par le fait que France Telecom vendra son réseau au plus offrant.

Jacques Bahry – Directeur Général du cesi – Président du fffod

Il y a peut-être un mythe du terminal universel qui fait tout, comme le robot ménager ?

Effectivement, le robot universel fini la plupart du temps à la cave, et est remplacé par sept ou huit appareils. Il en sera probablement de même pour Internet, et on aura probablement plusieurs terminaux dédiés, selon l’endroit ou l’on se trouve, et l’information que l’on cherche.

Peut être faut-il parler un peu plus des tuyaux et de leur futur ?

Les tuyaux, c’est un problème intéressant : sur Internet, on n’est jamais point à point. Une requête sur Yahoo, puis l’accès à un site retenu, revient à établir plusieurs communications successives. Le modèle Internet est autre que celui du téléphone (point à point) ou de la radio où l’on établi des milliers de circuits, un avec chaque récepteur. Internet est entre les deux. On augmente considérablement le nombre de communications, ce qui amène à anticiper sur l’accroissement du trafic. Par exemple les câbles transatlantiques actuels (1 GB) ont des capacités mille fois supérieures à ceux de la génération précédente. Le taux de croissance est de cet ordre encore pour la prochaine génération. Les routeurs suivent aussi l’augmentation des débits. Le point faible, c’est les réseaux d’accès. Mais on peut pas changer les réseaux d’accès, car cela coûte trop cher. La solution, c’est de changer les protocoles sur les réseaux existants, comme par exemple avec l’ADSL, qui permet d’obtenir des accès à 2 Mb/s. Et les expérience en cours montrent qu’il n’y a eu aucun problèmes techniques. Il s’agit ici de " rénover le cuivre ". Mais on peut aussi " rénover la radio ", avec de nouvelles technologies qui réduisent l’usage du parc de fréquence : la télévision numérique permet de gagner un facteur de 350 sur la consommation de fréquence ! Paradoxalement, les satellites ne sont pas concurrentiels pour les hauts débits. Mais ils peuvent servir pour couvrir des territoires inaccessibles au câble. Il y a donc plutôt complémentarité. Les fibres optiques pour les réseaux d’accès, utilisées comme outil de partage des ressources entre plusieurs abonnés, de manière à réduire les coûts.

E. Hammard. – Directeur - Outland

Quel sera la politique de France Telecom par rapport au webphone ?

Ce n’est plus comme à l’époque du Minitel, où il y avait une politique d’état. Mais ce qui se passe avec les mobiles donne une idée de la façon dont la commercialisation du webphone peut se dérouler : il y aura probablement des couplages avec la vente de services. Le problème est le choc des " business models " entre le modèle américain et le modèle Minitel : pour les américains, il est absurde de payer l’accès télématique à son compte en banque, alors que nous le faisons. Le webphone est le moyen de gérer cette transition.

Quelques sites Internet pour en savoir plus

Sur les PDAs (Personel Digital Assistant)

http://dir.yahoo.com/Computers_and_Internet/Hardware/PDAs/
http://www.pdaia.org/ (PDA Industry association)
http://www.pdacentral.com/ (pour les logiciels)

La téléphonie sur Internet aujourd'hui

http://www.cnet.com/Content/Reviews/Compare/Webphone/

Le son sur Internet

http://marketspace.altavista.digital.fr/n15/parlonsnet.html

Internet et les satellites

http://marketspace.altavista.digital.fr/n22/parlonsnet.html

La téléphonie sur Internet

http://marketspace.altavista.digital.fr/n14/parlonsnet.html

Notes de Bernard Blandin, consultant au CESI, Secrétaire Général du fffod

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