Rencontre-débat de 16h00 à 18h00

 

aborder l’Euro grâce à Internet

 

Intervenant : Laurent AMICE - AFT-IFTIM

 

Les sites Internet permettant d’accéder aux informations sur la mise en place de l’Euro ne manquent pas. Pour illustrer la rencontre-débat, nous avons eu l’occasion de découvrir entre autres, le site du Ministère de l’Economie et des Finances, celui de la Commission Européenne ou encore celui du magazine économique Les Echos. Mais la liste est longue !

Tous ces sites ont pour objectif d’informer le public et les professionnels sur les changements de société induits par l’Euro, les conséquences de sa mise en circulation au niveau national et international, et enfin sur les façons de s’y préparer et d’y faire face.

On vit actuellement une période charnière pour l’avenir de l’Europe et de son unité monétaire et économique. Avec la création de la Banque centrale européenne, la parité des monnaies, le droit pour un état de battre monnaie, celui de régler la quantité et les prix à l’intérieur grâce aux taux d’intérêt et à l’extérieur grâce aux taux de change ... tout cela disparaît avec la mise en place de l’Euro. C’est un grand trait tiré sur tout ce qui se pratiquait jusqu’à présent en matière d’économie nationale.

Il faut donc anticiper les craintes et les angoisses du citoyen pour le préparer à aborder plus facilement la réorientation globale de sa société et de son univers quotidien. Il faut savoir répondre correctement à des questions que tout le monde se pose : comment réagira la Bourse, les Anglais nous rejoindront-ils, qui fabriquera les Euros, les consommateurs seront-ils gagnants ou perdants ou encore comment s’effectuera le calcule en Euros ?

Sur le site web : http://www.euro-instituts.org, tous les avantages de l’Euro sont expliqués de façon à être compris par un large public de non-initiés. On explique par exemple comment l’Euro peut éviter les dévaluations compétitives, limiter les conséquences en Europe des caprices du Dollar, le poids positif de ce changement sur le marché du travail notamment en terme de mobilité ...

Sur le site Web de la Tribune http://www.latribune.fr, plusieurs rubriques sont proposées dont " La ville de Paris se prépare à l’Euro " - rubrique désespérément vide ce jour-là ... - On peut trouver expliqué, par thèmes, pourquoi ce sont les banques qui ont le plus à perdre dans ce changement de système monétaire, à contre courant des idées reçues : les taux de change disparaissant, il n’y aura plus de commission. On peut imaginer les sommes que cela représente sur les transactions : les banques vont commencer à subir une perte de recettes dès l’an prochain, puisqu’une partie de leurs activités liées à la conversion des monnaies va disparaître. Les seules transactions francs-DM portent sur 300 milliards de francs chaque jour ...

Le site Web du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie qui sera ouvert très prochainement, collecte et met à disposition des informations précises et pointues, sans explications systématiques.

Par exemple on pourra y consulter un répertoire des sources d’informations à l’échelon national mis en place par les signataires de la Charte PME-EURO qui a été montée pour préparer les petites et moyennes entreprises à l’Euro. Ce répertoire fournit notamment la liste de tous les correspondants départementaux des signataires de la Charte, avec les coordonnées téléphoniques et l’indication du type de service fourni par chaque PME, mais aussi tous les sites Internet et Minitel des sociétés et administrations concernées, la liste des parutions disponibles sur le sujet et où se les procurer.

Toutes les informations figurants dans ce répertoire ont été transmises par les organismes signataires de la Charte et seront complétées au jour le jour. On voit ici comment l’extrême rationalité des informations, le pragmatisme organisé avec lequel elles sont livrées au public et l‘assurance de leur mise à jour systématique, crée un effet de confiance et donne une impression d’action nationale cohérente qui balaie toute l’angoisse de voir s’installer une quelconque anarchie ou panique.

Les NTIC jouent d’ores et déjà un rôle au niveau européen et au niveau politique : car l’information, la façon dont on choisit de la transmettre et les moyens que l’on se donne pour la mettre à disposition des individus, ne sont plus des données technologiques neutres mais bien le signe et l’expression de volontés politiques définies. Le débat n’a ici visiblement plus sa place ...

Un dernier site interessant à visiter est celui du magazine Les Echos http://www.lesechos.fr. Il propose une rubrique L’Euro. A titre d’exemple voici les thèmes proposés au 30juillet 1998 :

L’actualité de l’Euro

Enquête : Les citoyens sont-ils préparés à l’arrivée de l’euro ?

Avec une carte bancaire, on pourra payer en euro dès 1999

Centime, " cent " et double caisse ...

Enquête : Comment les entreprises préparent l’euro

Et pour finir, voici deux articles tirés de la rubrique L’abécédaire de l’euro :

Le premier porte sur les enjeux de la formation à l’euro, le second sur les logiciels

1- Sommaire du jeudi 14 mai 1998

Quels sont les enjeux de la formation à l'euro ?

La réussite du passage à l'euro des entreprises repose largement sur la formation, qui se révèle indispensable. Il faut aider le personnel à assimiler les changements techniques, fiscaux et réglementaires, mais aussi à comprendre les enjeux stratégiques sous-jacents et trouver les réponses appropriées. A des degrés plus ou moins poussés, l'arrivée de la monnaie unique a des impacts sur tous les métiers de l'entreprise, ce qui nécessite la formation de l'ensemble du personnel. Il s'agit donc d'un projet lourd dont le coût ne représente pas moins de 30 % du budget total du passage à l'euro.

Donner des perspectives générales, détailler les changements concrets, rentrer dans les conséquences pour chaque métier, anticiper les changements et préparer les réponses appropriées, les entreprises doivent déployer leurs efforts sur de multiples fronts et monter progressivement en puissance.

Face à de tels enjeux, les risques de ratage ne sont pas négligeables : " Il faut former beaucoup de monde en peu de temps, homogénéiser le discours, respecter les délais et maîtriser les coûts, souligne Michel Ledru, directeur à la division ingénierie des compétences de la Cegos. Le télescopage d'agendas avec le passage à l'an 2000 et les 35 heures est d'ailleurs loin de faciliter les choses.

Une tâche ardue

En outre, beaucoup d'entreprises ont abordé l'euro comme une contrainte technique et non comme une opportunité stratégique et commerciale, comme le fait valoir Hervé Sitruck, du Club " euro " des consultants. La mesure du changement ayant été prise tardivement, les formations ne sont donc pas très avancées, en particulier pour ce qui concerne les métiers au cas par cas. En effet, les règles appliquées aux achats, à la gestion du personnel, au marketing, etc. n'ayant pas été mises en place, il est pour le moins difficile de diagnostiquer les besoins en formation et donc de monter les sessions qui s'imposent. Bien sûr, la tâche est ardue. Avec toutes les inconnues liées à l'arrivée de l'euro, les entreprises sont bien obligées d'apprendre en marchant.

Les banques, elles, ont une longueur d'avance et ont mis en place les dispositifs de formation les plus sophistiqués. Rien d'étonnant à cela puisqu'elles doivent être prêtes au 1er janvier 1999 pour jouer leur rôle de précurseur, de conseiller, voire de formateur, en répondant aux interrogations de la clientèle et à ses éventuelles demandes de produits et de services formulées en euros. La distribution est, elle aussi, dans les starting-blocks, et une enseigne comme Leclerc fait même de l'euro un projet d'entreprise. Les firmes industrielles, de leur côté, ont plutôt jugé qu'il n'était pas urgent de se presser et commencent depuis quelques semaines seulement à se mobiliser. Quant aux PME, elles sont encore loin du compte et certains experts jugent qu'elles ont trop tendance à se reposer sur leurs conseillers extérieurs au lieu de s'impliquer de l'intérieur. Pour les entraîner dans le mouvement, les grands groupes industriels, dont elles sont souvent les sous-traitants, n'hésitent pas à monter des partenariats originaux. C'est le cas de PSA qui vient de passer une convention avec la CCI du Val-d'Oise-Yvelines pour mettre en place des programmes de formation destinés à ses fournisseurs.

Comment les entreprises s'organisent-elles ?

Compte tenu de l'ampleur du chantier euro, de sa durée, de la diversité des publics concernés et des risques de dérapage financier, les entreprises, qui ne veulent pas se laisser déborder, ont besoin d'une approche globale. Elles adoptent donc la logique des grands projets industriels et créent une petite cellule centrale de pilotage, sous la houlette d'un " monsieur " ou d'une " madame Euro ". Ce dernier a la difficile tâche de coordonner les efforts de l'entreprise et de mettre en perspective les actions à court et à moyen terme. La formation figure en bonne place parmi ses préoccupations. Il doit faire passer le message euro dans toute l'organisation, centraliser les demandes de formation émanant des métiers et planifier avec la DRH les différentes actions. C'est le mode de fonctionnement adopté par Renault. Sous la responsabilité du directeur de projet, en l'occurrence le responsable de la trésorerie, deux personnes travaillent à plein temps sur le sujet, avec les différents métiers et filiales, qui ont eux-mêmes nommé leur pilote euro. Les demandes de formations spécifiques sont transmises au pilote euro de la direction du personnel qui réalise un cahier des charges et lance les actions. Pour être prêt à vendre une voiture en euros au 1er janvier 1999, le réseau commercial est le premier à se former.

Les entreprises travaillent en étroite collaboration avec les sociétés de conseil qui les aident à monter l'ingénierie du projet. Les cabinets assurent donc rarement la totalité des formations. Trop coûteux et trop complexe. Les entreprises préfèrent démultiplier leurs actions et s'appuyer sur le management de proximité, préalablement formé et conforté dans son rôle d'animateur. C'est la voie suivie par les Banques Populaires dont l'équipe emploi-formation a " créé de toutes pièces " 450 formateurs internes, choisis en fonction de leur aptitude à communiquer et leurs compétences.

Quels types d'actions prévoir ?

Avant même de se lancer dans une batterie de formations lourdes, les entreprises sont conduites à déployer tous les trésors de leur communication interne pour donner à l'ensemble des salariés une information de base sur l'euro, qu'il ait ou non un impact direct sur leur travail. " Sans se limiter aux questions techniques, elles peuvent en profiter pour faire de la pédagogie sur la dimension européenne de leurs activités, suggère Pierre Labasse, président de l'Association française de la communication interne (Afci). Elles peuvent aussi jouer un rôle citoyen en aidant leur personnel à mieux comprendre ce que l'euro va modifier dans leur quotidien, tout en dédramatisant l'ampleur du changement. " La formation à proprement parler est une sorte de fusée dont le premier étage est composé d'actions de formation-sensibilisation pour aider le personnel à penser en euro et le second un cocktail de sessions spécialisées pour développer des visions personnalisées par métier et apporter à chacun les compétences nécessaires dans l'exercice de sa fonction. Jeux, kits, CD-ROM, cassettes, Internet, les entreprises font flèche de tout bois pour sensibiliser leurs salariés sur un sujet a priori rébarbatif. Par exemple, les Banques Populaires proposent sous forme de fiches-éventail un quizz qui permet de conserver les réponses appropriées aux trente questions les plus couramment posées par les clients.

Aller vite et lentement en même temps

LE CAS DE LA POSTE

L'euro est pour nous une opportunité de nous développer commercialement et d'affirmer notre vocation de service public, affirme Jacques Jordan, directeur de la mission euro de La Poste. Partant de là, il est essentiel de mobiliser et de former nos 310.000 agents pour qu'ils s'approprient bien ces enjeux. " Clef de voûte de la réussite du passage à l'euro, le vaste dispositif de formation déployé depuis le 30 mars dernier et prévu pour durer jusqu'en 2001. Son coût est chiffré à 240 millions de francs, soit 30 % du budget total consacré au passage à la monnaie unique. Pour relever le défi de former et de professionnaliser autant de postiers disséminés sur tout le territoire, l'entreprise publique privilégie la communication de proximité et a constitué un réseau de correspondants euro dans toutes ses organisations régionales. Pour aller vite et lentement en même temps, elle adopte une démarche progressive. " Plus on avance dans le domaine de la formation, plus on peut présenter aux agents les problématiques qui se posent et les enrichir ", précise Jacques Jourdan. La direction de la formation ayant été promue chef d'orchestre, le " bal " a été ouvert le 30 mars dernier avec une vaste opération de sensibilisation qui se déroulera jusqu'à fin juin. Grâce à un kit spécialement conçu à cette occasion, les postiers acquièrent une culture européenne et découvrent ce qui va changer pour leur institution et les premières mesures que cette dernière va prendre à partir de janvier 1999. Une formation relayée par un intense effort de communication interne à travers tous les supports. Des formations ciblées par métier (guichetiers, conseillers financiers, facteurs, comptables...) seront lancées au quatrième trimestre 1998. Objectif : être à pied d'oeuvre pour relever les défis stratégiques et commerciaux.

La DRH en première ligne

L'AVIS D'UN EXPERT

CLAUDE DUPLAA Responsable euro de la Cegos

La formation du personnel devenant l'une des actions prioritaires de l'entreprise, la DRH doit monter en première ligne sur le front de l'euro pour accompagner le basculement total de l'entreprise à l'euro, en coordonnant les actions d'information, de sensibilisation, d'aide à la décision de formation, nécessaires à la réussite du projet. Sa connaissance intime de l'entreprise, des compétences individuelles et collectives des mentalités, des problématiques spécifiques à telle ou telle population, sa maîtrise des outils de communication interne et son habitude à piloter et évaluer des projets de formation en font en effet un maillon incontournable.

La fonction ressources humaines doit elle aussi se former pour pleinement assurer ce rôle de coordination, surtout si l'entreprise souhaite faire du passage à la monnaie unique un projet d'entreprise. Elle doit aussi apprendre à intégrer l'euro dans ses propres pratiques administratives, informatiques, fiscales et comptables. Elle pourra alors à nouveau prendre le relais et expliquer à l'ensemble des salariés les conséquences de l'euro sur leur statut : bulletin de paye en euros... et aussi les aider à dédramatiser une mutation aux contours inconnus qui n'est pas très bien perçue.

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© 1997 Les Echos

2- Sommaire du jeudi 18 juin 1998

Les PME sont-elles gênées par l'indisponibilité de logiciels de comptabilité en euros ?

Sans aucun doute. Beaucoup a été fait en termes de sensibilisation des moyennes et petites entreprises à l'arrivée de l'euro, mais si, rentrés chez eux, les patrons de PME s'aperçoivent que les progiciels de comptabilité 100 % compatibles euro ne sont pas prêts, le risque qu'ils se découragent est sérieux. C'est l'un des points de blocage qui inquiète actuellement l'administration, le CNPF et l'Ordre des experts-comptables. C'est pourquoi le Conseil régional de l'Ordre des experts-comptables de Paris - Ile-de-France organise aujourd'hui une manifestation au cours de laquelle 6 SSII et éditeurs de logiciels s'expliqueront sur leur retard et fourniront des précisions sur les solutions retenues pour résoudre les problèmes soulevés par les professionnels de la comptabilité à propos du passage à l'euro et à l'an 2000.

L'une des raisons de cette mise tardive sur le marché des logiciels semble être que les PME étaient encore fort peu sensibilisées à l'euro il y a quelques mois, donc, faute de demande, les éditeurs de logiciels ne se sont pas précipités. " Les demandeurs disent qu'il n'y a pas d'offre et les offreurs, qu'il n'y a pas de demande. Ce dont je suis sûr, c'est qu'il y a un marché ", ironise Jacques Creyssel qui ne minimise pas pour autant l'importance du problème. C'est d'ailleurs lui qui a suggéré au président de l'Ordre des experts-comptables de rencontrer les principaux fabricants de logiciels. Car si les PME qui travaillent uniquement sur le marché français pourront peut-être s'offrir le luxe d'attendre, celles qui exportent vers le reste de l'Europe ont besoin d'être prêtes le plus tôt possible. Tout comme les sous-traitants de grands groupes qui auront basculé leur chaîne de facturation et leur comptabilité à l'euro le 1er janvier prochain.

Des torts partagés

Dans cette affaire, tout le monde a tendance à rejeter la faute sur les autres. Pour Syntec informatique (syndicat professionnel regroupant les principales sociétés de services et d'ingénierie informatique), la responsabilité en incombe à l'administration qui n'a pas défini assez tôt les règles et les spécificités liées à l'utilisation de l'euro, ainsi qu'aux " informations encore contradictoires entre Bercy et le ministère du Travail, notamment sur la possibilité d'effectuer la paie en euros " et enfin au refus d'admettre un représentant de la profession au sein du Comité national de l'euro. Son délégué général, Pierre Dellis, montre aussi du doigt Gérard Théry, chargé de mission au ministère de l'Industrie depuis la fin du mois de février pour mobiliser les entreprises sur les enjeux du passage informatique à l'an 2000 et à l'euro : " Gérard Théry n'y connaît rien, voilà pourquoi les SSII ne sont pas en avance. " Le père du Minitel serait-il plus calé sur les télécommunications que sur l'informatique ? L'intéressé, qui participe aujourd'hui à la réunion des experts-comptables et des SSII, paraît découvrir le problème : " Si les fournisseurs de logiciels ne sont prêts qu'en septembre, la mise à niveau prendra du retard. Trois mois, c'est très court ", reconnaît-il.

Plus modérés, certains fabricants de logiciels estiment que les torts sont partagés : Romain Hugot, chez Sage, affirme que, l'été dernier, on pouvait déjà anticiper les principales spécificités de l'euro et qu'à la rentrée 1997 on disposait de 90 % des éléments réglementaires nécessaires à la fabrication des logiciels. Il incrimine plutôt la décision d'anticiper les législatives au printemps dernier qui a donné " un coup d'arrêt à la mobilisation des PME " et met en cause successivement les experts-comptables - " ils ont affirmé qu'ils sauraient gérer alors qu'ils n'avaient pas anticipé toutes les difficultés de l'exercice " -, les informaticiens - " ils avaient dit que leurs produits étaient compatibles euro quand ce n'était pas vrai " - et enfin les PME qui n'ont pas mis la pression sur leurs fournisseurs, faute d'avoir bien mesuré les enjeux.

Où en sont les SSII dans la mise au point des progiciels euro ?

La plupart des SSII et des éditeurs annoncent la mise sur le marché de leurs logiciels euro pour l'automne. D'autres prévoient qu'une partie des progiciels sera prête à la rentrée de septembre ou d'octobre mais que la totalité de la chaîne comptable ne sera disponible qu'au 1er janvier 1999. Il s'agit de logiciels standards, souvent avec une part de " paramétrage ", compatibles an 2000 et bien sûr 100 % compatibles euro. Pour les PME, l'investissement va se révéler coûteux, d'abord parce que, bien souvent, il faudra changer non seulement le logiciel, mais tout le système informatique s'il est trop obsolète, ce qui risque de peser sur les comptes 1998. " Il faudrait que tout soit terminé avant que les comptables soient accaparés par le bouclage de l'exercice 1998 ", remarque Philippe Germak, professeur au CNAM-Intec. Ce qui suppose qu'il y ait assez de produits disponibles en septembre-octobre et que les organismes de formation soient prêts à ce moment-là.

Et ce serait une erreur de la part des PME de croire qu'elles peuvent se tirer d'affaire avec un simple logiciel multidevises, souligne George Granger, vice-président du Comité informatique des experts-comptables. " Il peut dépanner, mais il accroche sur la triangulation, c'est-à-dire sur le passage obligé par l'euro pour convertir des marks en francs, et sur les règles d'arrondis. " Un problème que ne connaîtront pas les PME américaines ou japonaises qui pourront considérer l'euro comme une simple devise supplémentaire... Il est vrai que la réglementation européenne est d'une complexité à décourager les informaticiens. Romain Hugot, chez Sage, relève 58 spécificités à respecter dans le cahier des charges des logiciels euro, alors que, pour des logiciels ordinaires, on en compte généralement 10 ou 15.... En outre, il n'existe aucune norme de compatibilité euro. Ce qui présente un inconvénient majeur : on va découvrir à l'automne une série de prestataires qui vont annoncer qu'ils mettent sur le marché des logiciels euro, sans qu'on sache s'ils sont réellement compatibles. Chez Servant Soft, Loïc Donbreval, conseiller du président, explique que les principales difficultés résident dans le manque d'informaticiens. " Et pourtant, nous embauchons à tour de bras. " Jean-François Lavergne, directeur de projet dans la même société, se retranche plutôt derrière les difficultés techniques. Au passage, il explique que loger un simple convertisseur dans un logiciel existant n'est pas une méthode sûre. " C'est comme une greffe, ça ne prend pas toujours. " A la Solution Douce, on s'apprête à travailler dur pendant l'été pour mettre au point la totalité de la gamme à la rentrée. Et on se plaint aussi des imprécisions de l'administration fiscale, qu'il s'agisse du bulletin de paie ou des déclarations sociales en euros.

Quoi qu'il en soit, les PME françaises ne seront pas désavantagées par rapport à leurs concurrentes étrangères : les progiciels euro ne seront pas prêts plus tôt chez nos voisins. Mais les fabricants implantés dans plusieurs pays, comme Sage, ne peuvent pas non plus uniformiser leurs produits pour tout l'Euroland puisque les règles comptables ne sont pas les mêmes dans tous les pays.

Des systèmes très complexes

 LE CAS DE SAGE

Le groupe britannique Sage , qui édite des logiciels de gestion et de comptabilité, avoue sans réticence que ses produits 100 % compatibles euro ne sortiront qu'au mois de septembre. Car la complexité de ces logiciels est telle, plaide Romain Hugot, en charge de l'euro dans le groupe, qu'ils sont très longs à mettre au point. Il fallait introduire dans les logiciels classiques au moins 4 modifications, explique-t-il. La première concerne les nouvelles règles comptables applicables au 1er janvier 1999 et qui concernent principalement la gestion de devises. Par exemple, sur la nécessité de passer par l'euro pour convertir des marks en francs, sans compter les règles d'arrondis. Deuxièmement, les modifications pédagogiques ou de confort qui permettent à l'utilisateur de lire à tout moment la même somme en euros ou en francs. La troisième porte sur le traitement des cas complexes. En effet, l'euro est une nouvelle devise qui va cohabiter pendant trois ans avec les expressions monétaires (francs, lires ou florins) qu'elle remplace. " Il est rare, remarque Romain Hugot, qu'on facture un client en dollars et qu'il vous règle en yens. " Or, à partir de l'an prochain, ce genre d'opérations sera monnaie courante dans l'entreprise, ce qui alourdit considérablement son travail comptable. Sage essaie donc de pousser au maximum l'automatisation de ces cas complexes pour l'alléger. " Sinon, on lui fait faire un retour en arrière de dix ans ", note " monsieur Euro ". La quatrième modification concerne la gestion des opérations de passage à l'euro : la conversion des encours et des historiques, les différences de change entre monnaies " in " (dans la zone euro) et monnaies " out " (hors zone euro), le basculement des comptes bancaires du franc à l'euro dès que clients et fournisseurs l'exigent. Outre l'étape ultime qui est l'adoption de l'euro dans la comptabilité interne de l'entreprise, l'établissement des bulletins de salaires en euros, etc., Sage affirme avoir tout prévu.

L'harmonisation est inéluctable

L'AVIS D'UN EXPERT

AGNÈS BRICARD présidente du Comité informatique des experts-comptables de Paris-Ile-de-France

Si les logiciels euro ne sont toujours pas disponibles, c'est d'abord parce que l'administration a mis un certain temps à fixer les règles d'utilisation de la monnaie unique. Néanmoins, il ne faut pas dramatiser. Sur les 2 ou 2,1 millions de PME françaises, un quart seulement sont sous-traitantes de grands groupes qui vont basculer à l'euro dès 1999 et demander à leurs fournisseurs-PME d'en faire autant. En outre, il n'est pas exclu que les donneurs d'ordre les aident à s'équiper en logiciels compatibles avec le leur. Je suis plutôt optimiste. De toute façon, nous allons annoncer la création d'un observatoire donnant l'état d'avancement des travaux des SSII. Il faudra aussi édicter une norme sur la compatibilité à l'euro de tous ces logiciels. L'harmonisation des systèmes informatiques des entreprises entre clients et fournisseurs est devenue inéluctable : l'Etat communique déjà avec les entreprises par ordinateur pour les liasses fiscales et se propose de communiquer demain de la même façon pour les déclarations de TVA, puis on passera sans doute au télépaiement.

Webmaster@lesechos.fr

© 1997 Les Echos

Rédaction : FFFOD

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