Rencontre-débat de 16h00 à 18h00

L’évolution du rôle et des métiers de la formation

Intervenant :

M. Alexandre GINOYER - Président de la Chambre Syndicale des Professionnels de la Formation

M. PELLETIER - apfa-EAD

M. Jean-Denis MORSEAU - Ingénieur de formation apfa INOIP de Lille

M. SERRIER - AFT-IFTIM

par visioconférence du CNED de Poitiers

M. COUTRET - Directeur de l’Ecole de Formation du CNED

Mme VIDAL - Directrice des Nouvelles Technologies

M. MAILLOU - Responsable pédagogique

M. MAYNIER - Responsable Formation continue

Animation : M. Didier LEFEBVRE - afpa-inmf d'Istres

Nombre d’organismes sont amenés à introduire les Nouvelles Technologies d’Information et de Communication dans leurs formations. Comment sont-elles acceptées, par les apprenants, par les formateurs ? Qu’apportent-elles dans un cycles de formation ? Seront-elles à l’avenir un outil de formation indispensable ? Autant de questions auxquels tentent de répondre les professionnels de la formation.

M. SERRIER présente l’AFT-IFTIM, organisme de formation aux métiers des transports et de la logistique. La simulation de conduite de véhicules poids-lourds permet à un futur conducteur de s’exercer à conduire sans pour autant prendre les risques qu’entraîne la pratique réelle de la conduite. Les élèves apprennent et progressent rapidement grâce au simulateur. Comme la formation est prise en charge par le simulateur et que celui-ci évalue les stagiaires, les formateurs se sentent souvent dépossédés de leur rôle. Ils doivent réorganiser leur façon de travailler.

Les réactions que suscite un dispositif comme le simulateur sont très variées. Autant le simulateur est très vite adopté par des stagiaires jeunes, autant les professionnels n’acceptent pas toujours d’être " jugés " par une machine : le simulateur fait apparaître les erreurs qu’ils commettent en formation continue. Or les professionnels ne se remettent pas en cause mais critiquent le simulateur. Il est nécessaire dans ce cas de mettre en place une pédagogie adaptée. Mais le simulateur est un outil de formation irremplaçable. Ce que le stagiaire apprécie avant tout, c’est d’éviter les risques qu’il pouvait y avoir dans la conduite.

M. Alexandre GINOYER précise que le processus d’apprentissage et les difficultés de l’apprenant sont au cœur de la démarche d’accompagnement. Avec la formation à distance, la dynamique de groupe est cassée, il faut donc apprendre à gérer ce problème.

Un des autres problèmes de la formation à distance est celui de la validation des connaissances : quand est comment le formateur intervient-il ?

Pour M. PELLETIER, le multimédia ne couvre pas tout le temps de la formation. Comment gérer alors le télé-tutorat et le reste du temps de formation ?

M. MORSEAU intervient pour souligner que c’est justement là que les centres de ressources prennent tout leur sens : ils répondent aux nécessités de l’individualisation des formations à distance. Il faut beaucoup plus de flexibilité et de réactivité de la part des apprenants et des formateurs. Ceux-ci doivent rester formateur avant tout et doivent pouvoir travailler en équipe : compétences, polycompétences et complémentarité des compétences restent à l’ordre du jour.

M. LEFEBVRE précise qu’en effet l’utilisation des technologies du multimédia ne signifie pas forcément travail solitaire. Le stagiaire peut avoir besoin du formateur dans une situation de difficultés face au logiciel. Le formateur doit pouvoir travailler avec des individus comme avec des groupes et non pas avec les NTIC. Il reste avant tout un animateur.

Ces témoignages prouvent qu’il y a bien une mutation de métier dans le domaine de la formation, résultant de l’introduction des nouvelles technologies. La distance entre le formateur et le formé n’est plus la même, ce qui induit une relation différente entre le binôme.

M. SERRIER considère ce changement comme un progrès pour le formateur qui est débarrassé de toutes les contraintes de sécurité. Il n’est plus formateur, il est conseillé pédagogique. Il peut réfléchir et prendre de la distance. Les élèves ne subissent plus la présence du formateur, ils la demandent. Les fonctions de conseil et d’évaluation prennent le pas sur la fonction de formation. Un tel changement demande un certain temps d’adaptation et au départ les formateurs étaient tentés de faire un double travail avec le simulateur.

M. GINOYER intervient pour nuancer : selon lui le moment d’utilisation des nouvelles technologies doit être replacé dans le processus formatif. Il doit y avoir des moments de face à face pédagogique, de dynamique de groupe. Il faut surtout éviter que l’apprenant se sente isoler, voir seul. La pédagogie se situe dans l’accompagnement de la personne en train d’apprendre, par elle-même, en train de se responsabiliser.

Il n’est pas juste de dire que le formateur et l’apprenant se co-développent car les rôles ne sont pas les mêmes et doivent rester différents. Les nouvelles technologies doivent être utilisées, quand elles répondent à une demande pédagogique, comme un outil normal. Il s’agit d’un outil qui nous déstabilise encore, mais nous apprenons à l’intégrer.

M.COUTRET évoque la fonction du CNED, école de formation à distance particulièrement touchée par l’impact des nouvelles technologies de communication sur cette branche d’activités. Celles-ci remettent en question la façon d’apprendre et la façon d’enseigner. C’est pourquoi pour maîtriser cet impact dans le bon sens, le CNED a créé récemment une école de formation au métier de l’enseignement à distance. Il s’agit de former des équipes pour fabriquer, communiquer, suivre les nouvelles formations. L’axe de travail de l’école est centré sur la production de l’apprenant, ainsi que la formation des personnels au multimédia.

Pour Mme VIDAL, il importe surtout de rappeler que le multimédia représente pour le formateur des sources méthodologiques de connaissances, d’informations, à partir desquelles il peut construire ou alimenter des parcours de formation. Pour le formé, l’intérêt réside dans l’interactivité (entraînement, simulation virtuelle). C’est pour lui un moyen de s’auto-contrôler, de maîtriser son autonomie. Pour les deux, formateurs et apprenant, il s’agit d’un support de communication, d’échanges.

M. MAILLOU insiste sur l’importance de tout ce qui vise une réelle autonomie, une appropriation des apprentissages. On peut distinguer deux niveaux dans un parcours de formation : les supports de formation et les services d’accompagnement. Avec les nouvelles technologies, il y a interaction permanente entre les deux et ce sont plutôt les supports qui provoquent une réflexion pédagogique, alors qu’auparavant après un choix pédagogique on se demandait quel support on allait adopter.

Pour M. MAYNIER, les nouvelles technologies sont des outils facilitateurs d’accès à la formation, ils permettent également une résolution des contraintes de temps, de lieux et de déplacement, notamment grâce à la visioconférence et la vidéo-réunion, pour créer une synergie dans le groupe d’apprenants. L’utilisation de la visioconférence a entraîné une évolution du rôle de l’intervenant puisqu’il a fallu réorganiser les visioconférences avec un temps plus important d’interactivité et associer davantage les stagiaires au contenu pédagogique.

Les stagiaires ont cherché à optimiser et améliorer l’utilisation de l’outil en cours de formation. L’intégration de ces nouvelles technologies a permis au stagiaire de devenir acteur de son dispositif à un haut niveau d’exigence, ce qui a modifié en retour la formation initiale telle qu’on avait coutume de la concevoir.

Effectivement, insiste M. COUTRET, l’impact des nouvelles technologies sur les formateurs du CNED a provoqué des bouleversements dans le domaine de la détention du savoir. Les formés ont accès à l’auto-formation et le formateur a l’obligation de mettre à disposition du stagiaire d’autres formes de savoir. On peut aussi souligner l’impact sur l’organisation des connaissances. Le rôle d’accompagnateur devient beaucoup plus important que celui de formateur. La séparation entre les phases d’élaboration théorique, pratique et évaluative devient moins nette.

M. BLANDIN (intervenant dans la salle) précise que le formateur voit toujours dans les nouvelles technologies un risque d’accroître l’isolement de l’apprenant, d’être lui-même coupé du groupe, d’être frustré de toutes ses capacités et savoir-faire en matière d’animation de groupe. Pourtant, tous les efforts du CNED vont vers la reconstitution de groupes à distance, le regroupement virtuel, le rôle du formateur étant de réguler le fonctionnement de la formation. Est-ce une contradiction ?

Pour Mme VIDAL, ce n’est pas contradictoire. Il y a là deux modes d’enseignement. Dans le premier, l’instrumentalisation de la communication est primordiale. Il est évident que dans l’enseignement à distance, plus il y a d’outils de communication mis en œuvre, plus la relation entre formateur et apprenant sera aisée, de même que la relation entre apprenants et entre formateurs. Mais bien évidemment, l’outil seul ne fait pas la communication.

Pour M. MAILLOU il y a réellement une frustration de la part des formés et des formateurs car à travers ce genre d’outil, le " feed-back " ne passe pas. Mais quand un formateur a pris l’habitude de donner un certain nombre de cours à distance, il a réfléchi aux services d’accompagnement qu’il propose à l’apprenant, notamment avec des moments différents pour savoir si la séquence est validable pour l’apprenant ...

Mme VIDAL : Dans le cadre de l’enseignement à distance il y a un certain nombre de contraintes. Ce qui est important c’est de voir l’économie des supports utilisés. Il s’agit plutôt d’une économie pédagogique. On est amené à être plus pertinent plus rapidement.

M. COUTRET conseille aussi d’éviter une inflation de nouvelles technologies, c'est-à-dire de vouloir à tout prix introduire et utiliser ces outils. Il faut adopter les nouvelles technologies aux formations et non l’inverse. Mais l’avancée vers des formes de personnalisation extrêmement forte peut très vite poser la question de savoir comment traiter ce nombre de cas différents les uns des autres. Les nouvelles technologies sont extrêmement consommatrices de ressources humaines et par conséquent ce secteur-là relativise l’optimisme fondamental mis dans ces outils.

Ces nouvelles technologies sont aussi, souvent, des palliatifs. On essaie de recréer des atmosphères de socialisation, d’échanges, de partage. Mais cela restera à un niveau relativement faible puisqu’il y aura l’obligation de faire passer avant un message de formation pure. Et indiscutablement, nous sommes confrontés à des demandes de cette nature de la part de nos formés : recherche de contact avec les formateurs et entre eux. Il ne s’agit pas d’aller vers un préceptorat, ni vers un apprentissage éducatif. L’enseignement à distance ne permet pas le contact humain dans ce type de relation pédagogique.

Pour conclure, M. COUTRET se risque à quelques projections : nous sommes dans une situation où l’on dose assez mal l’impact de l’une ou l’autre de ces nouvelles technologies. Nous sommes encore en phase d’expérimentation et nous n’avons pas un panorama de ce qu’il faudra sauvegarder et de ce qu’il faudra, pour des raisons économiques, abandonner.

Il faudra dans une deuxième période sélectionner le bon outil pour le bon acte pédagogique et ne pas vouloir activer partout et toujours les possibilités qui sont les nôtres actuellement ...

Rédaction : FFFOD

| retour au programme |