Rencontre-débat de 16h00 à 18h00

Les centres de ressources en réseau

 

Intervenants :

Jean-Marie EINHART - Service Information de la Formation Professionnelle

Didier VALDES - Rectorat CAFOC de Bordeaux

Animation : Nicolas RICOUR - PRAXISA

Cette rencontre a été retransmise par visioconférence en Martinique.

Les centres de ressources en réseaux veulent répondre aux nouveaux enjeux de la formation en utilisant rationnellement les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Internet, Intranet, la visioconférence, etc. sont autant de techniques nouvelles permettant d’inclure dans un processus de formation un public plus nombreux et plus diversifié, tout en favorisant chez celui-ci l’apprentissage de l’autonomie.

L’avantage d’un centre de ressources en réseau est alors de mettre en commun des produits pédagogiques entre les différents sites connectés, tout en personnalisant les cursus de formation pour chaque individu. Le revers de la médaille : cela demande un investissement financier conséquent et une redéfinition du rôle et de la tâche du formateur, qui lui aussi se trouve face à de nouveaux outils pédagogiques.

M. VALDES insiste sur le rôle déterminant des centres de ressources pour rompre l’isolement de l’apprenant et en même temps lui apprendre à gérer une autonomie nouvelle. C’est la structure idéale pour à la fois accompagner l’individu dans une démarche positive de l’apprentissage et lui permettre de faire son chemin librement : la nuit en pleine insomnie grâce par exemple aux logiciels prêtés, de chez lui en synchronie avec un formateur grâce au télé-tutorat, quand il s’agit de se perfectionner sur un sujet plus pointu ...

Car le centre de ressources n’est pas un centre de documentation. C’est pour le stagiaire le lieu de production des savoirs. Les responsables ont mis en place les ressources didactiques, technologiques et humaines qui stimulent, alimentent et accompagnent l’apprenant dans sa démarche. Ces ressources en elles-mêmes ne sont pas centrales, ce qui est important est plutôt la manière dont elles vont être utilisées. Elles doivent servir d’input au stagiaire.

Un autre point, simple mais crucial pour le bon déroulement de la formation, est la mise en place de points de repère pour les personnes qui viennent se former : on déplore 75% d’abandon au bout du 15ème mois de formation. Il faut lutter contre cette " évaporation " comme disent les Canadiens.

Le stagiaire doit avoir un projet, s’il n’en a pas ou s’il est trop flou, il faudra le conseiller, l’encadrer. Cette tâche d’accueil est primordiale car elle aide l’apprenant à se positionner par rapport à la formation et lui permet de voir quelles sont les ressources dont il dispose. Et pourtant elle est très souvent négligée car on surestime parfois le degré d’autonomie des personnes. Or, quel que soit le niveau d’instruction, l’apprenant ne saura pas se repérer parmi les outils de formation si on ne lui donne pas les bonnes informations et indications dès le départ. Son autonomie dépend pour commencer en grande partie du classement des ressources pédagogiques que le centre aura accompli. Malgré tout, il faudra baliser le parcours afin que son autonomie devienne quasi totale.

M. EINHART et M. VALDES s’accordent tous deux à souligner l’importance de la présence permanente au centre de ressources d’un généraliste ou accompagnateur, pour assurer la maintenance du matériel mais surtout pour servir d’interface entre le stagiaire et le formateur qui n’est pas disponible tout le temps. Cet accompagnateur pourra notamment aider le stagiaire à formuler clairement sa question et obtenir une aide adéquate.

Il est également important pour limiter le taux d’abandon et d’échec de ne pas laisser le stagiaire face à lui même. M. VALDES insiste sur la nécessité de rejeter les systèmes de libre-service au profit d’une organisation avec planning négocié qui tienne compte de l’emploi du temps des stagiaires tout en leur assurant le sérieux et un suivi. La formation, plus souple, attire alors une nouvelle catégorie d’apprenants, les " exclus-malgré-eux ", comme les handicapés, les salariés aux horaires de travail particulièrement contraignants, les hospitalisés, les non-motorisés... Le véritable enjeu des centres de ressources est la réorganisation, bien davantage que les nouvelles technologies.

M. EINHART présente le travail du CARIF, qui regroupe plusieurs centres de ressources pour la formation professionnelle en Franche-Comté, dont un spécialisé en multimédia. Les centres de ressources fonctionnent grâce aux subventions de l’Etat et de la Commission Européenne. Ils entendent mener à bien en Franche-Comté l’expérience d’un enseignement à distance pour un public en voie d’insertion professionnelle, dans des zones de moyennes montagnes isolées jusque là des processus de formation classiques.

Une expérience pilote a été lancée en 1995-96 sur une durée de 40 semaines. Les organisateurs ont choisi de limiter les difficultés en se restreignant dans un premier temps à un public de plus de 25 ans, avec un projet professionnel et de niveau bac. Deux groupes ont été constitués, de six personnes chacun, et à 100 km de distance. C’était en majorité des femmes qui avaient pour objectif de créer et/ou gérer une petite entreprise en milieu rural.

Un des groupes était en présentiel avec un contact quotidien par visioconférence avec le second groupe qui, lui, n’avait pas de formateur, hormis la réunion hebdomadaire de débrieffing.

Les formateurs étaient des assistants de production choisi au départ pour leur professionnalisme. Mais le centre a dû enrichir son équipe de formateurs plus atypiques et charismatiques, tant la visioconférence a un effet grossissant sur les menus défauts d’élocution ou de présentation. Le formateur doit " percer " l’écran, sans être trop volubile ou trop énergique dans ses mouvements, deux qualités d’un bon formateur " traditionnel ". Dans l’absolu, il faudrait qu’il ait suivi une formation à la gestion de son image.

Les apprenants ont eu eux-mêmes beaucoup de mal à gérer leur image et leur voix en visioconférence et il s’est avéré nécessaire de travailler la médiation de leur personne : sur les 1200 heures de formation, il y en avait 500 en visioconférence.

Les formateurs ont été surpris par la vitesse avec laquelle les apprenants ont réussi à maîtriser les nouvelles technologies mises à leur disposition, et ce, en l’espace d’une semaine. Et surpris également par le fait que sur les six stagiaires ayant réussi à s’insérer dans le monde du travail dans les mois suivants (50% de réussite), aucun n’ait mentionné son expérience et sa maîtrise des nouvelles technologies. Peut-être était-ce devenu naturel pour eux ? Pourtant c’est très valorisant dans un parcours professionnel.

Au début, trois heures de visioconférence par jour et d’une seule traite étaient prévues. Mais le rythme était trop lourd à tenir et les apprenants relâchaient leur attention au bout de 20 minutes. Une formule plus aérée a donc été retenue, avec des séances de visioconférence entrecoupées d’exercices et de moments de contact libres pour les apprenants. Le prinicpal problème de ce type de formation à distance est le coût des communications : 500 heures de visioconférence par réseau numéris ont donné une facture de 140 000 F, sans compter la location du matériel qui a coûté 150 000 F. Cela équivaut à un coût de 60 F l’heure : cela reste trop cher pour être rentable à long terme.

Le coût total de la formation n’a pas encore été calculé, il reste de nombreux éléments à prendre en compte comme l’ingénierie, la production pédagogique de préparation ...

Force est de constater que l’embauche d’un second formateur est peut-être plus rentable. Cette technologie est donc à utiliser avec modération, d’autant que lorsqu’il y a des défaillances techniques, on reste la plupart du temps démuni ...

Pour la seconde expérience en cours, il a été décidé de mettre en place pour le cours de droit un système de fichiers et transparents pour la partie théorique, seule la partie travaux pratiques est réalisée en visioconférence.

M. VALDES souhaite attirer l’attention sur l’implication de cette dernière assertion et nos correspondants en Martinique approuvent également avec vigueur l’idée d’un emploi raisonné et surtout justifié des nouvelles technologies et tout particulièrement la visioconférence dans l’enseignement à distance. Car la tendance actuelle est de vouloir à tout prix intégrer ces éléments de " high technology ", au détriment de l’efficacité pédagogique. La visioconférence ne génère pas forcément plus de liens affectifs entre le stagiaire et le formateur que le papier et courrier traditionnellement employés jusqu'à présent dans l’enseignement à distance.

C’est plus que jamais au formateur de développer le contact, de gérer au mieux les interactions. Les nouveaux outils ne facilitent pas sa tâche, ils demandent au contraire un travail supplémentaire d’adaptation et la mise en place d’une pédagogie spécifique. Maintenant que la technique a fait un bon qualitatif, c’est au pédagogue de s’y adapter en déployant d’autres ressources.

Il faut envisager l’utilisation de tous les moyens techniques et de communication à notre portée, mais en choisissant pour chaque tâche ce qui est le plus adapté, voir le plus pratique : la poste et le fax ont fait leurs preuves. En sera-t-il de même pour les NTIC ? Télécharger un ouvrage peut sembler une idée intéressante, mais prend, pour l’instant, avec Internet, encore trop de temps : le consulter au centre de ressources sera plus rapide et coûtera moins cher !

Il faut toujours bien réfléchir à ce que l’on va mettre en consultation sur réseau : le téléchargement de transparents par exemple est particulièrement traître : cela prendra du temps au stagiaire et risque de le décourager.

L’efficacité réside dans l’assemblage d’outils et de pratiques pédagogiques, pas dans l’accumulation de gadgets technologiques qui sont parfois inadaptés, souvent onéreux et peu accessibles. Pour qu’un système fonctionne , il est nécessaire de réfléchir et d’atteindre une économie de moyens, non pas au sens économique mais au sens pratique et rationnel. Parfois, on se laisse éblouir par les nouvelles technologies jusqu'à en oublier l’objectif unique qui est de former.

Comme le résume de manière imagée un responsable du CARIF de Martinique de la GESMA " Il ne faut pas tuer une mouche avec une bombe atomique ! ". Il ne s’agit pas non plus de faire obstruction à la technologie, mais au contraire d’en faire une gestion réfléchie qui optimise ses avancées.

Rédaction : FFFOD

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