L’organisation de cette journée a été prise en charge par l’Administration Pénitentiaire du Ministère de la Justice. Nous remercions tout particulièrement Madame Anne BAVEREY pour avoir pris les choses en main, afin d’organiser ces manifestations.

Rencontre-débat de 16 h à 18 h

Utilisation des nouvelles technologies éducatives pour la formation et la réinsertion des détenus :
enjeux, difficultés et attentes

 

Intervenants (par ordre d’intervention)

Dominique TOURMENTINE: Responsable du Centre de Ressources Multimédia de Marseille " les Baumettes "

Rita QUENEUTTE: Responsable du Centre de Ressources Multimédia du Centre de Détention de LOOS

Armand CAPUTO: Responsable de la formation des détenus au Centre de détention de Loos

Jean-Christophe PAREZ: Ingénieur Informaticien Multimédia au Centre de ressources multimédia de Loos

Sophie GUIMIOT: du Centre de ressources multimédia de Loos

Joëlle DEHAYNIN: du Centre de ressources multimédia de Loos

Madame CARRIERE: Directrice du Centre de Détention de Loos

Gérard BAILLET: ILEP

Jean-Marc GAILLET: :AFPA Roubaix

Chantal CRUGNOLA: Chargée de formation à l’AFPA

Carole MASSELIN: Formateur AFPA

Catherine POLLEZ: UFCM Cannes

François DUFOUR: UFCM Cannes

Michel TETART: IOTA+ Réseau APP (Atelier de Pédagogie Personnalisées)

Animatrice :

Anne BAVEREY - Responsable nationale de la formation professionnelle des détenus - Direction de l’Administration Pénitentiaire du Ministère de la Justice

Nous remercions pour leur présence

Jean-Jacques LAGRENE: Responsable régional de la formation des détenus pour la direction des services pénitentiaires de Lille

Annie PEGHON Responsable régionale de la formation des détenus pour la direction régionale des services pénitentiaires de Marseille

Philippe POPIEL

 

La rencontre a permis de présenter les activités dans le domaine de la formation en milieu carcéral, plus précisément l’activité de 2 Centres de Ressources Multimédia : celui de Marseille Les Baumettes et celui de Loos, près de Lille. Parallèlement, des formations à distance se développent dans le milieu pénitentiaire :  les centres AFPA de Rouen et l’UFCM de Cannes en sont la preuve. A été abordée également la logique de réseaux, avec la présence du responsable de IOTA+, structure qui coordonne le réseau APP en France.

Madame Anne Baverey, responsable de la formation des Détenus à l’Administration Pénitentiaire du Ministère de la Justice, apporte en introduction quelques éléments de référence sur la formation en milieu carcéral : il y a huit ans, le Ministère du Travail et l’Administration Pénitentiaire ont initié le développement des Centres de Ressources Multimédia et soutenu le lancement de projets dans 8 établissements pénitentiaires. Aujourd’hui on constate que la réussite des projets est différente en fonction des centres et "les choses ne se passent pas de la même manière selon que l’on se trouve en Maison d’Arrêt ou en Centre de Détention...

Mme Dominique TOURMENTINE est depuis 1991, responsable du Centre de Ressources Multimédia aux Baumettes.

Il s’agit d’un Centre de Détention pour femmes et une Maison d’Arrêt pour hommes, accueillant 2000 hommes (dans les moins bonnes périodes) et 50 femmes. Une Maison d’Arrêt, cela signifie 5000 entrées et sorties par an. Le Centre de Ressources quant à lui, est l’ancien quartier des condamnés à mort - un lieu lourd d’histoires de souffrance - puis quartier disciplinaire - QD. Suite à une mutinerie en 1987, le quartier a été désaffecté. A l’arrivée de Mme Tourmentine, il n’y avait que des rats et de l’eau qui suintait - bref un quartier tout à fait sordide.

Les travaux de rénovation ont été effectués par les détenus eux-mêmes. Puis ont été installés des PC, magnétoscopes, téléviseurs, magnétophones et ... des intervenants. Ceux-ci assurent au Centre de Ressources quelques heures par semaines. Certains formateurs sont payés par le GRETA, d’autres viennent des centres de Formation de Toulon ou Marseille. Mme Tourmentine est la seule personne avec le Responsable Surveillant à être permanente et à y passer - volontairement - jusqu’à 9 h par jour. Le pari était de faire bouger quelque chose dans une Maison d’Arrêt. C’était un pari fou parce qu’une Maison d’Arrêt est un endroit où tout s’arrête et ce pari a pu être tenu grâce à la mise en place d’un Centre de Ressources Multimédia. Jusqu’alors, le terme de " multimédia " n’interpellait personne et surtout pas Mme Tourmentine elle-même, comme elle le précise lors de la conférence. L’idée était d’avoir des outils modernes et en 1991 cela signifiait avoir des stylos et des cahiers de brouillon. Les outils informatiques mis en place étaient un peu plus performants puisqu’il s’agissait de PC 486. Ensuite il a fallu trouver des personnes motivées pour apporter leur savoir-faire et leurs pratiques de ces nouveaux outils. Depuis, 400 détenus par semaines passent au Centres de Ressources Multimédia. En 1993, 3500 détenus sont venus travailler, tous volontairement, après avoir obtenu l’autorisation du chef de détention.

Chaque détenu est accueilli en entretien, découvre les lieux et l’équipe d’encadrement composée d’une dizaine de personnes dont certaines sont des étudiants du GENEPI. Tout détenu souhaitant fréquenter le Centre de Ressources Multimédia doit souscrire à une Charte de respect mutuel. Il s’agit d’une co-signature d’une règle de savoir vivre à l’intérieur des lieux (propres, neufs......)

Le détenu peut lui-même organiser son emploi du temps et choisir les formations qu’il souhaite entreprendre. Il peut par exemple entamer une formation de tous niveaux en langue (Anglais, Espagnol, Russe, Italien, Allemand), des modules d’informatique sont proposés, ainsi qu’une série de modules d’autoformation et d’autodocumentation.

Ce qui importe avant tout, c’est que l’on tienne compte des désirs des détenus, chose plutôt rare en milieu carcéral, d’après Mme Tourmentine. Il y a 15 demandes par semestre, ce qui est énorme. Ces personnes ont envie de quelque chose, mais ne savent pas forcément de quoi . Certains détenus ont un projet en tête. Cela peut être une simple envie de sortir de cellule. Dans tous les cas, leur souhait est de faire quelque chose de ce temps d’arrêt. C’est une manière d’essayer quelque chose dans une période " d’échec " : c’est l’image d’eux-mêmes qui peut changer..

La possibilité de travailler en autoformation ou autodocumentation, où un tuteur est à la disposition des personnes, permet aux détenus de concrétiser un " déclic ", le désir de faire quelque chose d’autre que de se promener dans la cour de la prison. Ce déclic représente en quelque sorte un but en soi.

Madame TOURMENTINE ne croit pas elle, à la réinsertion car la sortie signifie dans la plupart des cas " la galère " ou une autre prison s’ils attendent un transfert. Aux Baumettes, aucun bilan n’est effectué. Une attestation est établie pour les Commissions d’application des peines, l’accent est mis sur le travail de suivi avec les détenus, mais ils n’auront pas de diplôme, ils ne sont pas payés , ils n’auront pas de remise de peine automatique et à contrario tout cela fonctionne. Les juges d’application des peines se rendent compte, lorsqu’ils se rendent en Centre de Détention, que c’est la motivation qui dirige ces gens et que cela fait bouger les choses.

Peut importe que la personne sache travailler sur un CD-Rom ou un clavier d’ordinateur. Peut importe qu’elle ait quitté l’école au CM2 ou au CPPN. Ce qu’il serait souhaitable de mettre en place est un travail en réseau avec les autres partenaires de la prison (services socio-éducatif / SMRP / Antenne toxicomanie /Instituteur / Professeur) et que la demande du détenu soit bien entendue quelle qu’elle soit. Avec les outils technologiques à l’appui, c’est plus valorisant.

Le Centre de Ressources Multimédia de Loos :

Madame Rita QUENOTTE, responsable du Centre Multimédia de Loos.

Ce centre a ouvert ses portes en octobre 1989, après plus d’une année d’étude de faisabilité menée par l’AFPA. Ce qui semblait important, c’était de pouvoir l’intégrer dans l’ensemble du dispositif de l’établissement. Le Centre de Ressources Multimédia est fait pour accueillir des gens de tous niveaux quels que soient leurs objectifs ou projets.

Les nouvelles technologies sont par exemple pour un public d’illettrés un élément primordial, motivant et permettant de redonner confiance .

M. Armand Caputo  nous explique ce qu’est un centre de détention : au Centre de Loos, il y a 360 détenus par an avec une peine maximale de 5 ans.

Le Centre de Ressources Multimédia constitue une plaque tournante, comme par exemple pour un suivi de formation dans le cadre d’une pré-qualification qui s’arrête au bout de 4-5 mois. A ce stade, ils accèdent au Centre de Ressources Multimédia.

Autre cas : certaines personnes ne souhaitent pas accéder à une formation " traditionnelle " ou classique. Dans ce cas, la formation est individualisée, adaptée au rythme de la personne. Le Centre Ressources Multimédia peut se définir ainsi : une formation, des professeurs pour un suivi, un complément ou un démarrage.

En visioconférence avec le Centre Multimédia de Loos :

Jean-Christophe PAREZ est la personne " ressources " pour les détenus, aussi bien pour les problème liés au multimédia que pour des questions plus " théoriques ". L’audiovisuel et la vidéo sont utilisés lors de l’apprentissage de l’anglais, l’allemand, l’italien, l’arabe, le néerlandais ou l’espagnol, complétés par des cours à l’Unité d’Enseignement avec l’Education Nationale ou avec un ensemble d’étudiants dispensant des cours personnalisés directement au Centre de Ressources Multimédia, soit pour accompagner les détenus en fonction du contrat passé avec le Centre de Ressources Multimédia, soit pour les aider et résoudre les problèmes techniques.

Le Centre de Ressources Multimédia est complémentaire aux formations proposées mais peut aussi être envisagé comme solution pour une remise à niveau ou après une formation.

Sophie DUNIO, psychologue de Formation. Elle accueille les arrivants au Centre de Détention en entretien individuel. A cette occasion leur sont expliquées toutes les possibilités de formation professionnelle au sein du Centre de Ressources. Cet entretien donne lieu à la signature d’un contrat d’objectifs ( personnalisés, réalistes et révisables dans le temps ).

Le Centre de Ressources Multimédia permet aux détenus de reprendre confiance en eux, d’être motivés pour un projet défini, et les nouvelles technologies de l’information et de la communication y contribuent largement.

Madame CARRIERE, Directrice du Centre :

Question : Que pensez-vous d’un Centre de Ressources Multimédia ?

N’ayant pris ses fonctions au Centre de Détention de Loos que depuis peu, Mme Carrière ne pense pas avoir le recule nécessaire pour porter un jugement objectif sur les avantages d’un CRM. Cependant, il est clair que cela représente un atout pour les personnes ayant la possibilité de l’exploiter. Cela permet sans aucun doute de limiter le processus de désocialisation, auquel sont encore trop souvent confrontés les détenus, même pour des périodes d’incarcération courtes.

Question : Comment allier les impératifs de garde et de sécurité à un espace d’ouverture, de " respiration " inhérentes à la vie d’un Centre de Ressources Multimédia ?

La sécurité passe avant tout par une bonne organisation et repose sur la confiance des différents partenaires impliqués dans le bon fonctionnement du Centre de Ressources Multimédia.

Question : L’utilisation de la visioconférence par les détenus et l’accès à Internet sont-ils autorisés pour des activités de formation ?

Le problème n’a pas encore été véritablement abordé et la décision relève plutôt de l’administration centrale. Pour l’instant, c’est abordé avec la plus grande réserve, en tout cas en ce qui concerne l’utilisation de l’Internet puisque certains intervenants sont joignables par visioconférence.

A son entrée sont pointés les besoins du détenu en matière de formation avec la participation de tous les acteurs pénitentiaires ( services sociaux, formateurs Education Nationale, surveillants......)

Joëlle DEHAYNIN : formatrice, intervient pour l’Institut Lillois d’éducation permanente (ILEP), et au centre de Détention de Loos où elle intervient dans des ateliers d’alphabétisation. Elle nous expose une des méthodes utilisées : " Méthode dialogue " : alphabétisation et lutte contre l’illettrisme basée sur la prise en compte globale de la personne, sur l’expression, la mise en confiance et la valorisation de la personne. Elle se charge également de l’animation d’ateliers d’expression écrite et orale destinés à des personnes en situation d’illettrisme.

Ces ateliers ont lieu 2 fois par semaine et se déroulent en 2 temps :

Les personnes en situation d’illettrisme peuvent avoir accès au Centre de détention de Loos, à l’informatique. L’outil valorise les personnes et leur permet de reprendre confiance en elles et en leurs capacités.

A noter l’articulation entre l’atelier d’expression écrite et orale, et les autres services de l’Unité d’Enseignement du Centre de Détention de Loos où les personnes sont dans un premier temps repérées à l’accueil et sont envoyées à Joëlle DEHAYNIN où, en dehors de l’apprentissage des savoirs de base, ces personnes seront mises en contact avec le Centre de Ressources Multimédia ainsi qu’avec les autres dispositifs de formation du Centre de Détention, notamment pour préparer le Certificat de Formation Générale ou pour d’autres formations professionnelles. C’est donc un lieu où l’on ose apporter ses difficultés à vivre, où l’on s’exprime et où l’on reprend confiance en soi.

Depuis octobre 1997, 70 personnes ont été accueillies et une quarantaine de personnes sont suivies régulièrement.

Danièle effectue chaque mois une semaine à l’école et 3 semaines au Centre de Détention, et ce dans le cadre d’une formation sur une durée de 3 ans. Elle propose aux détenus un soutien soit individuel, soit collectif.

Sont proposés aux détenus une aide en bureautique, des cours sur ACCESS et WORD ainsi que pour effectuer certaines démarches administratives.

Question : Avec combien de personnes à temps plein fonctionne le Centre ?

Le Centre fonctionne avec deux psychologues et deux formateurs.

Rita QUENEUTTE : La responsabilité du Centre de Ressources Multimédia correspond à un temps plein, partagé entre 2 personnes, Sophie DUMIOH et Rita QUENEUTTE. Une quinzaine de personnes interviennent pour le Centre avec des statuts différents. Quelques étudiants interviennent dans le cadre d’un module de " responsabilisation ".

Pendant quelques années, Mme Queneutte a fait fonctionner le Centre avec les détenus eux-mêmes, avec les problèmes que cela peut engendrer par rapport au personnel et aux autres détenus. C’est évidemment en raison des difficultés rencontrées qu’il a été décidé de mettre en place un personnel qualifié pour faire tourner le Centre, même si certains détenus étaient tout à fait capables de gérer une partie des tâches et conscients des responsabilités qui leur incombaient.

La formation peut également prendre la forme d’un partage d’un savoir comme nous l’explique Mme Queneutte en citant l’exemple de ce détenu d’origine russe qui dispensait des cours de langue. Mais ceci nécessite également une préparation que le détenu devenu formateur effectue avec la personne ressource, afin de définir les documents, voir les méthodes pédagogiques, que l’on peut utiliser. Cela donne des résultats très intéressants et permet d’assurer des cours qui ne pourraient être assurés par le personnel faute de moyens humains.

D’autres ateliers sont proposés comme par exemple un atelier d’écriture, de comptabilité, de secouriste, pris en charge par un détenu.

Question de Joëlle PEXOTO, chargée de Mission / Formation des détenus à Strasbourg : Par rapport à la diversification, les offres et les possibilités entraînent certainement des démarches individuelles ayant des répercussions sur le travail des surveillants. Comment sont-ils associés, participent-ils à aller chercher l’ensemble des personnes susceptibles de venir au Centre de Ressources Multimédia ?

Armand CAPUTO se propose de répondre à la question sur le personnel de surveillance, dans quelles mesures il est associé aux activités de formation et si l’utilisation du Centre de Ressources Multimédia ne pose pas de problèmes particuliers.

Cela se passe très bien dans la mesure où le personnel de surveillance est associé du début jusqu'à la fin au parcours professionnel. Lors de l’accueil des détenus, le personnel de surveillance est présent ainsi qu’à toutes les instances de formation professionnelle où il donne son avis (commission de classement, commission de suivi, conseil de discipline ...).

Il y a certes contrat d’objectif au départ mais c’est un choix des créneaux horaires par le détenu, contrat d’engagement réciproque : il y a donc une espèce de paradoxe entre la rigidité de l’incarcération et la flexibilité du Centre de Ressources Multimédia. L’autre atout du Centre étant de démystifier l’outil informatique.

Pour toutes ces raisons il a semblé important d’associer le personnel de surveillance, d’autant plus que c’est lui qui a, dans un premier temps, bénéficié du Centre de Ressources Multimédia. Puis des créneaux ont été aménagés, pour les surveillants et pour les détenus. Par la suite le manque de personnel de surveillance a obligé les surveillants à renoncer à l’utilisation du Centre de Ressource. Depuis 1997, le Centre de Ressources Multimédia est en phase d’expérimentation : en effet le Centre de Détention de Loos est un des 20 sites - et le seul établissement pénitentiaire - à avoir signé en décembre 1997 des plans de formation individualisés.

Présentation du projet ILEP-AFPA

Gérard BAILLET

Le projet est né d’une volonté de mettre à disposition, en service de proximité, des moyens et des ressources pour permettre à un public souvent éloigné des processus de formation, d’accéder à un enseignement de base. Le choix s’est porté sur le multimédia pour différentes raisons : l’équipement visio permet du travail coopératif c'est-à-dire les stagiaires avec les formateurs ou les stagiaires entre eux, en partageant les applications, en l’occurrence des didacticiels. Le binôme stagiaire-formateur peut travailler sur le logiciel avec une seule souris et à distance. Il y a une vingtaine de sites, répartis dans des lieux aussi diversifiés que les médiathèques, des entreprises, un centre de détention en l’occurrence celui de Loos, des clubs sportifs ...

La première réaction de Rita QUENEUUTE et Armand CAPUTO lorsqu’on leur a proposé l’installation de matériel informatique a été la surprise : comment imaginer la communication, de plus par visioconférence dans un centre de détention ?

Les stagiaires du Centre de Détention sont suivis par les formateurs à distance c'est-à-dire que les formateurs en français ou en math restent à l’APP (Atelier de Pédagogie Personnalisée) ou au Centre AFPA de Roubaix, autres organismes de formation participant au projet.

Tous les PC sont équipés des mêmes didacticiels et les mêmes matières sont travaillées sur tous les sites.

Question  cela représente une heure stagiaire de quel montant ?

Réponse de Gérard BAILLET : Le prix où elle devrait être pour que les organismes de formation travaillent normalement c'est-à-dire environ 40 F/ heure stagiaire.

En fonction des stages de formation, pour un plan de formation comportant entre 300 et 400 heures de formation, les stagiaires suivent à peu près 2/3 de l’enseignement par correspondance - enseignement traditionnel avec travaux écrits à renvoyer - et 1/3 en EAD et travail coopératif.

Question : Est-ce qu’une étude statistique a été effectuée sur le niveau des personnes utilisant ce type de dispositif ?

Le public bénéficiant de ce type de formation est un public de niveau V c'est-à-dire celui suivi généralement par les APP.

Jean-Marc GAILLET : L’idée de départ étant de proposer un service de proximité, le public utilisateur est celui qui se trouve à proximité des points d’accès. Si la plus grande partie est constituée de personnes ayant un niveau V, il y a également quelques personnes préparant leur entrée en formation qualifiante, d’autres se préparant aux concours.

En phase d’expérimentation, la formation est centrée sur la remise à niveau : enseignement du français, des maths et connaissance du monde contemporain.

Il est tout à fait envisageable par la suite de proposer des formations professionnelles en comptabilité, informatique ou bureautique ...

L’utilisation des NTIC est un plus et elle ne nécessite pas un module à part entière : l’utilisation des outils permet aux stagiaires peu à peu de maîtriser l’outil. Ces savoir-faire et compétences sont une plus-value de la formation.

Question Les formateurs intervenant par visioconférence ont-ils un profil spécifique ?

Gérard BAILLET : Pour enseigner des matières d’ordre général il n’était pas nécessaire de faire appel à des spécialistes en informatique, chaque formateur appréhende l’outil informatique à sa manière mais dans ce cas précis " tout le monde a été mis dans le bain " un mois avant. Personne ne s’est formé de manière spécifique, la formation s’est faite sur le tas. Quant aux stagiaires, quel que soit leur niveau ils ont très vite appris à manipuler les outils.

La relation entre stagiaire et formateur est du fait de la distance, plus directe mais aussi plus fragile : le stagiaire peut à tout moment interrompre la communication. Pour motiver le stagiaire il faut que le formateur soit également motivé. Si le stagiaire pose une question précise, il souhaite que la réponse soit, elle aussi, précise.

L’organisme de formation UFCM de Cannes témoigne par visioconférence de son expérience en matière de formation à distance avec la Maison d’Arrêt de Grasse.

Catherine POLLEZ est la Directrice des Ressources Humaines à l’UFCM, organisme de formation implanté à Cannes depuis 20 ans. L’organisme est impliqué dans le projet FAIR Formation Accompagnée Individualisée vers la Réinsertion, qui a débuté en janvier 1996. A cette époque, l’UFCM accompagnait déjà - et ce depuis 10 ans - l’établissement pénitentiaire de Grasse dans la lutte contre l’illettrisme. La problématique de la formation des détenus ne lui était donc pas inconnue.

A partir de 1994, l’UFCM s’est intéressé aux NT et a fait le choix de les introduire dans les formations par le biais de la formation à distance. Il semblait tout à fait indiqué d’en faire bénéficier un public exclu de la formation, à savoir celui de la Maison d’Arrêt. L’organisme a bénéficié du soutien des services régionaux de l’Administration Pénitentiaire pour la mise en place du programme, qui nécessite des moyens financiers et humains.

Depuis trois ans chaque année, 50 à 60 détenus réalisent à peu près 7000 heures de formation. Les parcours de formation ont des durées variables, en fonction des objectifs de formation.

Les domaines couvrent les TRE Techniques de Recherche d’Emploi, la finalité du programme FAIR étant de préparer à la sortie ; un accompagnement personnalisé a été mis au point, à l’aide des NT vers la recherche d’emploi et la recherche de solution à la réinsertion.

Voici quelques exemples de modules de formation proposés :

Cinq postes multimédia sont disponibles au centre - l’établissement a une capacité de 600 places - Les détenus peuvent travailler en autonomie mais aussi communiquer à distance par visio avec les formateurs intervenants eux-mêmes depuis Cannes.

François DUFOUR : Pour lui, la formation en Maison d’Arrêt est d’abord une belle expérience. Cela a permis d’observer 2 évolutions par rapport aux détenus :

la socialisation : certains détenus avaient par exemple quelques appréhensions à se servir du téléphone pour communiquer vers l’extérieur.

L’autonomie : après un apprentissage de l’utilisation du matériel informatique, l’apprenant acquière peu à peu son propre rythme de travail. Il fera appel au formateur uniquement lorsque lui-même ne pourra plus aller plus loin dans sa progression.

Chantal GRUGNOLA, responsable de formation de l’AFPA de Rouen :

L’expérience de l’AFPA de Rouen dans la formation à distance a commencé il y a 7 ans. Une des formatrices était visiteur en prison et au cours de ses visites au Val-de-Reuil, a constaté le souhait de certains détenus d’acquérir une formation qualifiante.

L’AFPA a soumis un projet au Centre de Détention proposant des formations qualifiantes de niveau IV et V en comptabilité. Ce projet a été accepté et en 3 ans l’expérience a été renouvelée. Certains détenus sortis de prison ont eu la possibilité de poursuivre leur formation à l’AFPA : c’est une forme de réinsertion réussie.

15 personnes suivent la formation et 2 formateurs présents 4 heures par semaine suivent la progression et contrôlent le travail effectué, car les détenus, comme les autres stagiaires, sont rémunérés.

Question : Est-ce que les parcours de formation des détenus sont validés par les psychologues de l’AFPA ?

Chantal CRUGNOLA : Absolument. Les détenus passent des tests au même titre que tous les autres stagiaires AFPA. Les dossiers sont ensuite présentés aux psychologues avant l’entrée en formation. A terme, lorsqu’un dossier est retenu le candidat a un entretien avec Mme Crugnola et les formateurs.

Aucune différence n’est faite au centre AFPA entre un détenu et les autres stagiaires. C’est une personne à part entière qui suit une formation diplômante, tout simplement.

Si la question a été posée, c’est pour la raison simple que les psychologues de l’AFPA de la région de Marseille refusent de venir en établissement pénitentiaire. Mme CRUGNOLA pense que c’est une question de ressenti de chaque individu : certains formateurs refusent de passer la porte d’un centre de détention ou d’une maison d’arrêt. On peut le comprendre, en tout cas, c’est un barrage psychologique difficile à franchir, même pour un psychologue. Quant à obliger les formateurs à faire des interventions en milieu carcéral, cela conduirait tout droit à la catastrophe.

Mme CRUGNOLA travaille exclusivement sur le volontariat car quelle que soit la qualité des dispositifs, si l’équipe pédagogique ne suit pas, il n’y a aucun résultat.

Question : Quels sont les systèmes de communication des formateurs avec les détenus, les regroupements, les séances, les séquences pédagogiques en face à face et, s’il y a lieu, en différé ?

Chantal CRUGNOLA : Dans la convention de départ, il existe un téléphone vert mais il y a une certaine réticence de la part des détenus à l’utiliser. Pour ce qui est des regroupements, 1 à 2 formateurs se rendent chaque semaine sur le site et y passent 4 heures avec les détenus.

Caroline MASSELIN, professeur de comptabilité intervient sur le terrain. La progression se fait sur un an pour un niveau V voir IV. Le support papier reste encore le moyen le plus utilisé. Une planification de la progression dans le temps est définie avec le détenu. A chaque regroupement a lieu une évaluation pour tester les acquis. Souvent il en ressort beaucoup de questions car les personnes ont effectué un travail individuel. Les stagiaires étant rémunérés, si au bout d’un mois la progression n’est pas suffisante, le contrat de formation est revu avec révision du rythme de travail car 30 heures voir même 25 heures peuvent être difficiles à gérer. Si pour quelque raison que ce soit, le détenu n’est pas présent à la session de regroupement, celle-ci n’est pas validée.

François DUFOUR de l’UFCM de Cannes : Il y a quelques différences entre une formation à distance et une formation en directe c'est-à-dire en présentiel avec les détenus. L’expérience du téléphone s’est également révélée angoissante pour les détenus mais seulement au tout début. Si le contact se passe bien avec le formateur à distance, il n’y aura plus d’appréhension de la part du détenu. Par rapport aux séquences de formation, à l’aide d’un logiciel fonctionnant sur une base de données est établie une interface permettant de répartir le travail du détenu. A son arrivée, il y a évaluation, puis celle-ci retourne aux formateurs qui définissent le programme de formation. Le centre assure le suivi tant pédagogique qu’administratif grâce à des bases de données permettant de rapatrier toutes les informations concernant le détenu. S’il a effectué le travail demandé en temps et en heures, il peut le renvoyer au Centre de formation par voie informatique.

Michel TETART, responsable de IOTA+, témoigne de l’expérience des APP en milieu carcéral, expérience vieille de 12 ans déjà, puisque le réseau c’est développé à partir de 1986. Les APP, en 1998, représentent 460 sites de formation répartis sur tout le territoire offrant des prestation de formation dans le domaine de la culture générale. A ces centres s’ajoutent 300 antennes géographiques au départ des centres existant, ce qui porte le nombre de sites de formation à 760 en France et dans les DOM. Une quarantaine de ces antennes interviennent en milieu carcéral.

Le réseau lui-même représente 150.000 personnes en formation sur un an, avec un public très varié : jeunes, adultes, demandeurs d’emploi, salariés, personnes proches de l’illettrisme ou titulaires d’un bac +2, voir 3. Les APP n’ont pas d’existence juridique mais reposent sur des organismes de formation préexistants. C’est une équipe pédagogique qui met en œuvre et gère un projet pédagogique. Le réseau a pu se développé à partir d’un cahier des charge national, avec un financement vient du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité en partie, car régions et entreprises sont elles aussi acquéreurs de prestations de formation.

En 1996, 3 800 détenus répartis sur 37 antennes APP ont bénéficié d’une formation, ce qui représente 215.000 heures stagiaires, et 400 de ces détenus étaient par ailleurs inscrits au CNED. Ceci reflète bien l’esprit général des APP, à savoir de rechercher les complémentarités et partenariats avec les structures existantes.

Des expérimentations avaient été effectuées qui utilisaient le Minitel : il a fallu sécuriser au maximum les communications entre les détenus et les formateurs. Cela se limitait à du tutorat à distance (échange d’information, apport de documentation, aide méthodologique).

Aujourd’hui les formateurs se rendent 2 journées ½ ou 3 journées ½ en Maison d’Arrêt exclusivement, où ils proposent une activité de type APP. Pour l’instant l’outil de travail est l’outil papier : le formateur fournit les documents aux apprenants à chaque session.

La question que soulève Michel TETART est la suivante : pourquoi ne peut-il y avoir un centre de ressources dans tous les établissements, aussi bien centres de détention que maisons d’arrêt ? Les nouvelles technologies ne pourraient-elles pas être la clé du problème et accélérer le processus ? Pour cela il faudrait commencer par régler le problème de la communication des détenus à travers les réseaux : peut-on les autoriser à avoir un contact avec l’extérieur ?

Mme BAVEREY pense qu’il faut être optimiste : au regard de l’évolution de la formation en milieu carcéral et des expériences déjà menées dans ce domaine, le développement des centres de ressources, voir l’utilisation des moyens de communication multimédia devraient se généraliser.

Rédaction : FFFOD

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