Rencontre-débat de 16h00 à 18h00
La formation dans le monde francophone : enjeux, expériences et projets
Intervenants :
Monsieur Denis LOPEZ - Directeur de la Formation à Distance à lEcole Internationale de la Francophonie à Bordeaux
Monsieur Jacques WALLET - RESAFAD Réseau Africain de la Formation à Distance
Monsieur Alexandre WOLFF du Haut Conseil de la Francophonie
Par visioconférence :
Jocelyn NADAU - Directeur Général du Centre International pour le Développement de lInforoute en Français à MONCTON, Campus dEdmundston dans le New Brunswick - Canada
Monsieur René MORIN - Chargé de Mission CIDIF Centre International pour le Développement de lInforoute en Français
Monsieur Roger DOUCET - Directeur intermédiaire de Télé-Education Nouveau-Brunswick
Animatrice : Sally OFARRELL - Vice-présidente du forum français pour la formation Ouverte et à Distance
La francophonie représente un marché potentiel de 500 millions de personnes. 10% de la production mondiale se situe dans lespace francophone pour un PNB de 14 000 milliards de Francs. Limportance de lenjeu économique nest plus à prouver. Le maintien et surtout le renforcement de cet espace économique mais aussi social et culturel a incité les gouvernements à se défendre contre les effets secondaires de la mondialisation qui impose fortement lutilisation de la langue anglo-saxonne, notamment sur le Web.
Lobjectif de cette rencontre a donc été douvrir un débat sur les enjeux de la formation et de linformation en langue française, sur les acteurs qui sont impliqués dans cette action, les moyens quils se donnent et quon leur donne pour mener à bien cette tâche.
M. LOPEZ précise que lEcole de la Francophonie quil représente dépend dun organisme international et intergouvernemental, lAgence de la Francophonie. LEtat français, contrairement aux idées reçues, ny règne pas en maître absolu. 52 pays très précisément, composent une sorte dEtat virtuel de la Francophonie. Cest cette instance virtuelle qui préside lAgence et décide des actions à mener. Le sommet des chefs dEtats francophones vote le budget et définit les programmes, puis un certain nombre dAgences ou opérateurs sont désignés pour mener à bien les actions prévues : lAgence de la Francophonie et lAgence Francophone pour lEnseignement Supérieur (AUPELF-UREF) en font partie.
LAgence soccupe plutôt de la formation continue des enseignants du primaire comme du secondaire, de léducation de base à lhygiène, lenvironnement et la santé (primo éducation), au travail de la terre, et bien entendu cela passe par lalphabétisation ... Il sagit de dynamiser les dispositifs déducation et de formation déjà mis en place par les instances nationales. LAgence compte au passage faire progresser chez les pays partenaires qui ne les ont pas encore mis en pratiques, les idées de droit et de démocratie, et les aider à lancer léconomie nationale si besoin est. On forme les gens à créer leur propre emploi, à fonder une entreprise, avec laide solidaire dautres agents économiques de la communauté francophone.
De fait, la solidarité ne va pas de soi dans lespace francophone : du nord au sud le déséquilibre est important et complexe, puisque les politiques économiques nationales sont interdépendantes entre elles. Les institutions francophones ont tardé dailleurs à envisager lespace francophone comme une communauté économique et commerciale déchange. Ce qui a conduit à développer la francophonie, cétait essentiellement la volonté de favoriser au sein dun espace très composite la circulation didées culturelles, philosophiques, fraternelles... Depuis 25 ans quexiste la Francophonie au niveau institutionnel, elle a fait bien du chemin. Le sommet de Hanoi en novembre 1997 a été une nouvelle étape dans la construction politique de la Francophonie. Un Secrétariat Général y a été mis en place présidé actuellement par M. Boutros Boutros-Gahli qui est le porte-parole en quelque sorte de la Francophonie au niveau culturel et politique. Reste à constituer lespace économique : physiquement il existe, potentiellement il est déjà constitué mais il faut quil devienne une réalité active et non pas virtuelle ...
Par rapport à lUnion Européenne, la démarche a été effectuée dans le sens contraire. Il fallait rassembler un maximum dacteurs autour de ce quils avaient en commun, à savoir la langue française, puis créer un espace qui soit représentatif à léchelle mondiale, vis à vis des autres grands organismes internationaux comme par exemple lONU. Et enfin, avec le prochain sommet à MONCTON en 1999, on entend mettre laccent sur léconomie : pour créer un espace de collaboration francophone, il faudra convaincre chacun de lintérêt économique de cette démarche, très pragmatiquement, ce qui pose problème. Cest pour beaucoup de communautés francophones un espoir, fortement fondé sur la force quapporte le partage culturel.
Car la francophonie ne vise pas lhomogénéisation des cultures francophones ou la mise en place dune culture francophone unique. La langue française est envisagée ici comme vecteur, un élément de partage et déchanges, avec ses spécificités canadiennes, parisiennes, africaines ... Cette langue est alors porteuse déchanges avec les autres langues partenaires de lAfrique, du Bassin Méditerranéen, mais aussi de lEurope de lEst, où lon favorise lenseignement et la mise en valeur par de nombreux programmes.
Dans cette perspective,
les nouvelles technologies de linformation et de la
communication sont un atout décisif qui permet
daccélérer le développement des échanges francophones
et de générer une communauté virtuelle. Si toutefois la
collectivité de ressources informatiques se met en place
efficacement ... Cest un problème de taille, mais en
principe, chacun doit avoir accès aux mêmes ressources :
fonds dimages ou sonores, bibliothèques, bref à tout ce
qui est numérisé.
Les nouvelles technologies permettraient donc de combler un
retard qui pénalise une partie du monde francophone, au moins au
niveau de laccès à la communication et à
linformation, à tout ce qui permet en fin de compte de
fonder un savoir. Cest une formidable chance car on entre
actuellement dans une société de communication qui sera fondée
sur le savoir et léchange de savoirs. Disposer de ces
moyens modernes de communication va nous permettre dappuyer
toutes les actions qui visent au développement économique des
peuples qui sont rassemblés dans cet espace francophone.
M. WOLF présente ensuite le point de vue du Haut Conseil de la Francophonie. Cet organisme français dirigé par le Président de la République, est composé de membres, de personnalités (écrivains, juristes, universitaires, scientifiques ...) du monde francophone mais pour la plupart non-français. Le Haut Conseil a deux tâches essentielles : il est chargé premièrement de rédiger tous les 18 mois un rapport dont le prochain sortira en janvier 1999, sur létat de la Francophonie dans le monde à partir dinnombrables questionnaires denquête, afin de faire le point sur des questions du type : quel est le niveau denseignement de la langue française dans le monde ? Quelle est la présence de la langue française et de la culture francophone dans les pays du monde à travers les médias, la littérature, les nouveaux réseaux (qui sont une nouvelle donnée pour la francophonie, un espoir mais aussi un risque) ? Ce rapport fait une sorte de photographie de la puissance francophone à léchelle planétaire, avec une partie dactualités qui relatent les derniers événements qui ont marqué la francophonie, comme le dernier sommet des chefs dEtat de la Francophonie précédemment évoqué. Il comprend également quelques études thématiques qui sappliquent à décortiquer, expliquer, analyser et faire des propositions sur des objets plus précis.
La deuxième tâche concrète du Haut Conseil est de faire des propositions très précises au Président de la République et au-delà, à lensemble des institutions et des pays francophones, sur un sujet que le Président a choisi. Cette année la problématique portait sur loffre de formation francophone dans le monde. Il sest tenu un grand nombre de séances publiques de réflexion au Conseil Régional dIle de France, réunissant tous les membres du Haut Conseil, et au cours desquelles sont entendus les experts francophones du sujet. Schématiquement, trois grands thèmes sont ressortis de cette problématique : la première des missions pour les francophones et pour la France qui est bien entendu le leader de laction francophone, est daccueillir : pour que les systèmes de formation francophones soient ouverts au monde, il faut quils puissent accueillir léventail le plus large possible dapprenants, étudiants, chercheurs ou professeurs ... et cela passe par une réelle liberté de circulation des personnes. Cest une condition toute simple mais qui est loin dêtre remplie. Car à la fin du 20è siècle, la politique des visas, la façon de réguler lentrée et le séjour des francophones, en France notamment, posent problème ; la circulation entre pays du sud nest pas réglée non plus ... Il existe ici un nud à délier, sans quoi louverture des formations francophones au monde naboutira pas. Accueillir signifie également ouvrir nos universités, nos écoles, qui ne savent pas le faire de façon structurée et conviviale parce que trop rigides, en France comme ailleurs. Cest aux universitaires de régler ce problème là entre eux. LAUPELF-UREF est une institution qui permet de les mettre en contact, elle est en mesure de les aider dans cette réorientation. Létape suivante sera délargir ce réseau aux pays non francophones qui sont désireux de travailler et de conduire leurs recherches en France, même si le français nest pas leur langue.
Le deuxième grand axe à suivre est lattrait. Il faut aller chercher les étudiants et les professeurs, les séduire, leur prouver quune formation francophone peut leur servir dans leur métier, leur vie culturelle. Il faut apprendre à répondre à une demande de formation solvable, et en particulier pour de futurs cadres. Certains pays comme les USA, lAngleterre, lAustralie, les pays dAsie, sont déjà habitués à ce genre de pratique : ils vont dans les pays et proposent des formations clé en main. Dans le monde francophone cela demandera par contre une véritable mutation des esprits, et les financements devront suivre car ce type de formation demande des moyens importants. Cela exige aussi de mettre au point une formation francophone cohérente, unifiée, où les diplômes délivrés ne soient pas opaques pour les étudiants francophones étrangers. Pour les attirer, il faudra aussi renoncer à faire de la langue française un critère de sélection. Pourquoi ne pas envisager langlais comme langue daccompagnement vers lapprentissage du français, un compromis intéressant lorsquon veut faire la promotion de la langue française ...
Le troisième grand axe est le suivi des étudiants. Même sil y a en France une tradition daccueil, on constate que les étudiants qui sont passés par les systèmes de formation français sont ensuite plus ou moins délaissés alors quils constituent un réseau intéressant pour la promotion et pour lactivité économique. Cela permettrait dentretenir des enclaves de francophonie qui sont disséminées un peu partout dans le monde et le plus souvent oubliées du reste du monde francophone ...
Comment réaliser cette mutation ? La solution passe par des programmes communs entre pays francophones, par des actions emblématiques denvergures comme lUniversité virtuelle qui est un des grands programmes mobilisateurs de lAgence de la Francophonie.
Sadresser au monde francophone en suivant ces divers axes et avec les moyens de communication modernes, fera apparaître la Francophonie comme étant dans les enjeux de la mondialisation, tout en mettant en place une structure qui résiste aux effets néfastes de cette mondialisation.
En réponse aux questions du public, M. WOLF annonce la création prochaine par la France dune Agence de coordination de loffre de formation dans le monde pour mettre en pratique les recommandations du Haut Conseil.
M. WALLET souhaite présenter un des programmes du Ministère de la Coopération et de la Francophonie, un programme de coopération francophone actif et qui sappelle RESAFAD Réseau Africain de Formation à Distance. RESAFAD a été lancé en 1996 par la coopération française avec quatre pays partenaires (Burkina Faso, Guinéé, Maki et Togo) pour promouvoir les NTIC pour la formation à distance, qui est aujourdhui une réalité. Il entend établir via Internet un réseau pour partager les formations, entre cinq capitales africaines, et dans leurs chefs-lieux provinciaux à partir de lannée prochaine. Une première expérimentation concerne la formation à distance des directeurs décole. Quand on travaille avec les pays du sud, on doit faire face à plusieurs questions délicates : est-il légitime dintroduire Internet dans des pays qui sont considérés comme parmi les plus pauvres et aux antipodes de toute technique ? De plus, le coût dinstallation, proportionnellement aux coûts déquipements de base, reste très élevé. Pourtant la réponse est oui, ne serait-ce que parce que les Africains eux-mêmes en font la demande et expriment leur désir de ne pas être coupés de cette révolution et des possibilités quelle apporte. Est-ce quil ny a pas un risque de transfert trop rapide du savoir qui casserait alors lélan des universités africaines qui sont en train de se constituer un creuset de chercheurs ? Dans ces conditions, RESAFAD a pour objectif de créer une expertise africaine, pour quil y ait enfin un répondant au sud ... Le serveur RESAFAD est accessible à ladresse http://www.lid.jussieu.fr/resafad/
Par visioconférence depuis luniversité de Moncton au Canada, M. NADAU, M. MORIN et M. DOUCET expliquent comment est perçu lespace francophone depuis la province du Nouveau-Brunswick. Le Centre International pour le Développement de lInforoute Française (CIDIF) est muni dun mandat international. Il a été créé en 1996 par le Gouvernement du Canada avec le soutien de diverses entreprises. Le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue au Canada, avec 30% de population francophone, et cest la seule province qui ait fait légalement admettre depuis 1988 que les droits des francophones du Nouveau-Brunswick fassent lobjet dune protection particulière. Dans ce cadre, il fallait par exemple développer des logiciels de navigation en français, des répertoires de sites Internet de recherches francophones. Et avec lappui de lAgence de la Francophonie, le Centre a pu développer une base de données sur linforoute dans lespace francophone, qui dresse un portrait de la situation, tant pour linfrastructure que le contenu en français des inforoutes dans 54 pays de la francophonie. La présence du français dans ce domaine était en effet en constante diminution. Il sagissait de créer un modèle qui soit exportable.
Au Viêtnam, le Centre a eu lopportunité dimplanter un modèle relativement peu coûteux et très prometteur, de formation à distance en bureautique dans le domaine des nouvelles technologies, en deux ans et en français, bien entendu. En partenariat avec le Ministère de lEducation du Viêt-nam, et dans 6 centres de formation continue, 72 apprenants déjà initiés au français ont eu la possibilité de mettre en pratique leurs connaissances linguistiques dans un secteur de pointe qui leur donne de nouvelles ouvertures professionnelles. Ce projet concernera dans un avenir proche lAfrique francophone, avec une formation ciblant davantage les inforoutes pour permettre à la population africaine daugmenter sa capacité dintervenir en français dans un cadre professionnel plus ou moins spécifique.
Ainsi donc, notent les intervenants, laction francophone peut très bien se passer sans la médiation de la France, cest une dynamique qui se nourrit delle même : il suffit de lui donner les bonnes impulsions ...
Pour terminer, voici quelques sites Internet traitant de la formation francophone dans le monde :
http://www.tv5.org : chaîne de télévision internationale en langue française qui se tourne vers les enseignants des cinq continents. On y trouve le programme détaillé des émissions du jour ainsi que des deux semaines à venir. Les enseignants trouveront sur le site les fiches descriptives des émissions avec les exploitations pédagogiques figurant dans la brochure " Apprendre et enseigner avec TV5 " (Cette brochure est distribuée sur demande par TV5). La rubrique " enseignement du français " se veut un carrefour déchanges entre professeurs.
http://www.espace-francophone.org : depuis le 21 mars, dix émissions du magazine Espace francophone sont en ligne sur le site de la Banque @udiovisuelle francophone : cest une banque dimages francophones rassemblées par le magazine Espace francophone depuis 1982. Lobjectif de la B@f est de mettre à disposition de tout internaute à travers le monde ce patrimoine dimages vivantes, à des fins de recherche, denseignement, de documentation ... La préfiguration de Banque audiovisuelle francophone a été réalisée en collaboration avec France Télécom / CENT -DIH et avec le soutien de lAgence de la Francophonie.
http://www.ciffad.francophonie.org : consortium international francophone de la formation à distance
Rédaction : FFFOD