Conférence-débat du 28/01/99

L’Internet et la formation en alternance

 

Intervenants :

- Mme DUPUY, CFA Stephenson

- Mme Natacha GENDRON, CFA Stephenson

- M. Marc TANGUY, CFA Communication et Multimédia

- M. GOURIO, Directeur d’hôtel et ancien stagiaire en formation à distance du CFA (formation au marketing hôtelier)

Rencontre-débat animée par :

- Mme Sally O’FARRELL, Vice Présidente du Forum Français pour la Formation Ouverte et à Distance (FFFOD)

Les jeunes – élèves ou stagiaires - en formation en alternance ont besoin d’être soutenus par leurs professeurs lors de leurs périodes de stage en entreprise. L’Internet, en maintenant le lien entre l’enseignant et l’élève permet un suivi pédagogique moins fractionné.

La formation en alternance vise le changement de statut du jeune, de celui d’élève à celui de salarié de l’entreprise. Cette spécificité ne risque-t-elle pas d’être perdue ? L’intégration du jeune n’est-elle pas freinée ?

M. FERRO présente, en introduction au débat, le " rapport Schwartz " du colloque du 24 novembre 1998 sur " l’insertion et les jeunes " (la totalité du rapport est disponible sur Internet http://www.ena.fr rubrique " texte intégral des colloques "), dans lequel il est également question de l’alternance. Pendant très longtemps, l’alternance a été perçue comme un mode de formation en deux parties distinctes, sans liaison " pédagogique " entre les deux : la théorie, dispensée dans un centre de formation, et la pratique, en entreprise. Or, pour M. Schwartz, ce n’est pas cela, l’alternance. Et M. FERRO d’ajouter que l’insertion des jeunes est vide de sens, s’il n’y a pas de partenariat étroit entre l’entreprise et la formation.

Grâce aux outils de communication multimédias, peut-on envisager de renforcer et de simplifier le partenariat entre le tuteur en entreprise et les formateurs en centre ?

Cette question s’adresse en priorité aux intervenants présents, mais concerne tous les organismes de formation proposant des formations en alternance qui s'interrogent sur l’efficacité du suivi des apprenants.

M. TANGUY présente le CFA dont il est le directeur : à l’origine CFA d'Arts Graphiques, il a évolué et assure actuellement une formation dans les domaines de la communication et du multimédia. M. TANGUY présente trois projets de formation, éloquents, sur l’individualisation, l’orientation et la fonction tutorale.

Le premier projet a pour objectif la réalisation d’un produit destiné aux formations en art graphique, et réalisé dans le cadre du contrat de qualité du CFA avec le Conseil régional. Cet outil permet de préparer des travaux pédagogiques, plus individualisés, en intégrant des exemples sonores ou vidéo. Le produit est en cours de réalisation et sera prêt pour la prochaine rentrée scolaire.

Le second projet, ORNICAR, entreprend de mettre en place un site d’orientation des jeunes vers les métiers des nouvelles technologies, en association avec l’ANPE, les PAIO, les Missions locales... Ce site aura pour vocation d’aider les jeunes à faire un choix d’orientation, en pleine connaissance du milieu professionnel du multimédia. Il proposera également un questionnaire, sous forme de quizz, servant de test de pré-recrutement aux centres d'accueil équipés.

Le troisième projet - et M. TANGUY s’exprime au titre de l’AFEM (Association Française Multimédia) - consisterait à former à distance des maîtres d’apprentissage à leur fonction de tuteur. Jacques NAYMARK, de Savoirs Interactifs, créera ce site à partir d'un cédérom déjà existant.

La convention signée entre l'AFEM et le CAPARIF souligne la difficulté de tenir compte, au niveau législatif, du temps de formation à distance en centre comme dans l'entreprise. Un chômeur ne verra en effet sa formation rémunérée que s'il peut justifier d'un certain nombre d'heures de formation en présentiel. On ne reconnaît pas véritablement le temps passé, par le tuteur comme par l'apprenant, devant son écran, pour apprendre et échanger.

Le cédérom aura deux vocations, à savoir : servir d'outil pédagogique en face à face et, en deuxième lieu, de ressource pédagogique, en libre service, dans le cadre d'un centre de formation et en dehors des heures de cours. Le concepteur aura donc prévu des fichiers facilement accessibles, pour illustrer un cours et, d'autre part, des documents plus ludiques pour approfondir un thème ou apprendre par soi-même. Ce cédérom n'est pas exportable en entreprise, lors de la période de stage. Un prestataire de service a conçu ce cédérom à partir d'un cahier des charges élaboré par le CFA avec les maîtres d'apprentissage, les chefs de projet et les apprentis.

Le site d'orientation à distance est plus directement concerné par la problématique de notre rencontre-débat. Ce site agit même en amont de l'alternance, dans la phase de pré-recrutement, pour répondre aux questions des futurs apprentis (et de leurs parents...) et les informer sur leurs capacités à suivre, pendant deux ans, un cycle de formation alternée.

Mme DUPUY expose à présent, au nom du CFA-Stevenson, les enjeux de l’Intranet et de l'alternance. A travers deux exemples concrets, on verra à quel point l'expérience a été bénéfique, offrant à la formation et à l'entreprise plus d'interactivité et plus de contacts : ALICE, un dispositif de formation à distance expérimenté depuis février 1998, et un dispositif Intranet lancé en mai 1998 dans le cadre d'une formation en alternance.

Les deux dispositifs se recoupent parce que les besoins se rejoignent... Formation en alternance ou formation continue, les contenus sont souvent les mêmes, et les méthodes tout autant centrées sur l'apprenant. A la LYONNAISE-câble, soixante jeunes, en alternance sur les formations BTS, doivent approfondir les aspects juridiques de la vente. Sur ce sujet, il existe un cédérom, conçu en collaboration avec le syndicat professionnel. Ce cédérom a été expérimenté par des salariés d'entreprises titulaires (80 pour le moment) et, parallèlement, par les jeunes qui suivent une formation en alternance au CFA.

Finalement, explique Mme DUPUY, l'interactivité repose bien davantage sur les méthodes pédagogiques, leur développement laborieux au fil des années, que sur l'utilisation de l'Intranet. Le réseau permet surtout de faire circuler plus vite l'information, de la rendre plus souple et plus accessible. L'intranet renforce donc l'interactivité, mais ne la crée pas ex nihilo.

Mme GENDRON présente le CFA Stephenson, un organisme de formation aux métiers de l'accueil, du tourisme, du commerce et de la vente-négociation. Environ mille jeunes s'y forment en alternance chaque année. Les diplômes délivrés vont du CAP au BTS, avec des titres homologués, des mentions complémentaires, et aussi des préparations en alternance des CPA et des CLIPA (Classe d’initiation pré-professionnelle en alternance). Plus de cinq cents entreprises travaillent en collaboration avec les cent vingt formateurs et membres de l'administration au service de l'alternance au CFA.

Le contexte de création de l'outil est intéressant : la région Ile de France a signé un partenariat avec France Télécom et a lancé un appel d'offre à différents CFA pour utiliser les NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). Quatre projets ont été retenus, dont ALICE. CEMAGROUPE se charge de la réalisation technique. Le CFA Stephenson est, quant à lui, responsable du cahier des charges pédagogique, de l'expérimentation et du suivi. Il s'est appuyé sur tout son savoir-faire pédagogique (outils et dispositifs déjà existants). L’Internet et l’Intranet sont mobilisés pour renforcer leur interactivité et convivialité. L'enjeu principal, pour le CFA, est d'aider le jeune à construire ses compétences et à évoluer, tout au long de sa carrière, à quelque poste que ce soit. C'est pourquoi mettre le jeune en situation, au cœur même de l'entreprise, s'avère essentiel. Cela seul permet d'évaluer la compétence acquise au cours de la formation. Le formateur élabore ses cours en fonction des compétences évaluées et reconnues par les entreprises. Il existe donc un échange permanent entre elles et le CFA, une symbiose. Des fiches de liaison entre eux deux, confidentielles, facilitent la circulation de l'information. Un mot de passe est délivré au jeune, à l'entreprise et au formateur concerné, afin qu'ils accèdent via Internet au réseau de formation Intranet du CFA. L'ensemble des modules nécessaires à la formation du jeune est présenté sur le réseau. Chaque module a deux versants, à droite la partie réservée au CFA, où le formateur explique sa progression pédagogique, comment traiter un thème ou une situation, les objectifs qu'il se donne etc., et à gauche la partie réservée à l'entreprise, qui offre des conseils et des propositions d'action pour le stagiaire à son poste de travail. Les formateurs ont créé, en fonction du plan de formation de l'apprenant, des fiches de travail qui sont en libre consultation. Les résultats des actions menées par le jeune en entreprise sont par la suite exposés en cours, en présence du formateur et servent de point de départ à un débat pour l'ensemble de la classe.

Synthétiquement, reprend Mme DUPUY, un référentiel-Formation (ce qui se fait en entreprise, et ce qui se fait en CFA), des fiches de travail (guide méthodologique entre le CFA et l'entreprise), et les référentiels d'évaluation sont mis à la disposition de tous durant ces deux années de formation. Deux outils permettent à l'entreprise et au CFA de communiquer : les fiches de fin de séquence de formation (tous les huit ou quinze jours) et les fiches d'évaluation plus globales (quatre à cinq fois au cours de la formation). L'important est qu'il existe, durant ces deux années, un référent (qui reste le même pour tous les acteurs de la formation), et des fiches de mouvement (qui enregistrent le déroulement de la formation, les progrès et les manques). Le dispositif tire son succès de cet équilibre entre structure fixe et évolution, rigueur et articulation.

L'articulation est en effet essentielle, continue Mme GENDRON, elle assure le dynamisme de la formation et les progrès du groupe d'apprenants. Donnons-en un exemple : le jeune indique les fiches de travail qu'il a traitées ; le formateur, quand il prépare une séance de cours en présentiel, consulte l’Intranet et recueille les noms des apprenants qui ont déjà traité ce point et pourront le seconder auprès des autres.

Cet outil exige une grande organisation, aussi bien en interne, au niveau des équipes pédagogiques (prendre l'habitude de rentrer les évaluations et de tenir à jour les cahiers de textes informatisés), et en externe, au niveau de l'entreprise (rôle du tuteur, positionnement par rapport à l'apprenant) comme du jeune en formation (pour qui le système est plus contraignant).

Il est testé depuis le mois de mai sur une soixantaine de jeunes. Le BTS-Action Co est lui à l’essai depuis le mois d'octobre. Quant à la formation en alternance au BTS-Tourisme, elle sera lancée très prochainement.

Un des effets intéressants de cette nouvelle organisation est qu'elle a fait redécouvrir aux formateurs des plans de formation et autres ressources pédagogiques du CFA. Devoir les mettre sous une autre forme a réactivé chez eux la mémoire de ces contenus.

La grande difficulté du dispositif de formation en alternance, souligne Mme DUPUY, est de bâtir les plans de travail, en partant des attentes de l'entreprise et conformément au diplôme à préparer. Cela implique un partage des responsabilités et des tâches. Cela s'avère plus facile à mettre en place avec les grandes entreprises qu'avec les PME. Dans le tourisme, il est pour le moment impossible d'adopter ce dispositif de formation sur réseau Intranet, tant les référentiels de ce milieu professionnel sont éloignés des préoccupations de l'entreprise.

Dans l'assemblée, un formateur de l'AFDAS voudrait comprendre ce qui a amené le CFA Stephenson à utiliser l’Intranet : les moyens plus traditionnels de communication avaient-ils fait la preuve de leur insuffisance ? Dans les expériences en cours, sait-on le pourcentage d'utilisation de cet outil, aussi bien par les jeunes que par les tuteurs ? Quelles étaient les motivations de l'entreprise qui accepte de se lancer dans cette expérience avec le CFA ?

Mme DUPUY expose la motivation principale du CFA dans cette expérience : l'alternance exige beaucoup de transparence et de rigueur, lesquelles faisaient effectivement défaut dans un schéma plus classique de communication avec l'entreprise partenaire. L'intranet permet de stipuler, au fur et à mesure, ce qui a été appris, discuté, débattu, en toute transparence et sans ambiguïté. Cela permet de dire ce que l'on fait et de faire ce que l'on dit...

Quant au degré d'utilisation, il est en général faible au départ, puisqu'il faut changer ses habitudes, s'approprier techniquement l'outil et apprendre à communiquer davantage, mais il croit rapidement tant les résultats sont appréciables.

En réponse à la dernière question : l'entreprise s'engage dans cette expérience quand elle est déjà toute acquises aux NTIC. Dans le cas contraire, le CFA s'adapte à elle et lui propose une formation adaptée à son degré de développement technologique. Généralement les maîtres d'apprentissage se sont montrés enthousiastes. Mme DUPUY exprime, pour finir, toute sa confiance dans les PME qui seront rapidement capables d'utiliser de façon optimale les nouvelles technologies de l'information et de la communication.

La rencontre se clôt sur une présentation d'ALICE, un dispositif de formation et de suivi destiné aux adultes qui ne peuvent pas se rendre dans un centre de ressources. Un film a été projeté, qui montre la pertinence de ce produit. Des responsables de PME y exposent leur propre expérience de ce service clef-en-main. ALICE permet de concilier formation et maintien de la productivité, puisque les salariés n'ont plus besoin de quitter leur poste de travail. L'apprenant est évalué en permanence, il maîtrise son itinéraire de formation tout en bénéficiant d'un accompagnement personnalisé. Les bilans et synthèses ont lieu par visioconférence avec le formateur. Des lieux virtuels de contact et d'échange (messagerie et forum de discussion) ont été instaurés pour rompre l'isolement de l'apprenant. Le salarié est encouragé dans son entreprise, il s'engage et devient acteur de sa formation. ALICE assure un grand nombre de formations : marketing des PME, nouvelles technologies et informatique, langues étrangères, législation de la vente directe, passage à l'Euro, accueil et service-clientèle, techniques de vente. Sa pédagogie s'appuie sur les technologies les plus avancées (PC multimédia, visio, vidéo, salles de simulation etc.), et, pour ceux qui ne sont pas équipés, le CFA propose une location mensuelle (600 F environ). Le coût de la formation, par personne, varie de 3000 F à 10 000 F. Pour plus de précision, on peut correspondre par e-mail, à l'adresse : alice@cfa-stephenson.tm.fr

Rédaction : Juliette FOUILLAND - FFFOD

| retour programme |