Reportage
A Toulouse, un entrepreneur, patron et seul salarié
de son entreprise s'est lancé dans la communication
numérique.
Venant du secteur du bâtiment, Jean-Luc Delebois
crée et vend aujourd'hui des CD-ROM d'information et de
marketing, des sites web, vitrines d'entreprises tout
autant qu'outils de prospection et de transmissions de
données, des bornes d'information interactives à
destination par exemple des usagers de l'administration
et des annuaires électroniques. Les clients des
éditions Techniques et Découverte sont des TPE, des
sociétés de service telle que l'agence de photos Sygma,
des PME comme les Forges de Laguiole, des universités et
des administrations. Mais Jean-Luc Delebois ne se
contente pas de créer et vendre ses produits, il offre
également des conseils et de la formation à
l'utilisation de ces nouveaux outils de communication.
T&D travaille en réseau de compétence et à
distance avec une série de partenaires : une
société de communication internationale, un
photographe, un studio son et un éditeur de sons, un
photograveur, une société de prise de vues vidéo et de
montage numérique, etc
Olivier Las Vergnas : Nous avons parmi
nous un témoin qui a créé, il y trois ans, une
société. Dites-nous comment vous avez fait et où vous
en êtes aujourd'hui.
Didier Glemarec : Avec trois autres
associés, j'ai crée une société qui s'appelle
Aspasia. Nous sommes spécialisés dans les technologies
Internet-Intranet et nous proposons des services sur
quatre pôles qui sont l'éditorial, le design,
l'ingénierie et la formation. Notre particularité,
c'est d'avoir créé cette société directement après
nos études. Nous faisions une école d'ingénieurs dans
le domaine de l'informatique et nous avons directement,
et pendant nos cours, préparé la formation de cette
société que nous avons donc montée juste après la fin
de notre session. Il est vrai qu'aujourd'hui le marché
des nouvelles technologies est un marché porteur, il y a
beaucoup d'opportunités. Aspasia est une société qui
s'est fortement développée. Nous sommes passé de 4 à
23 collaborateurs, nous avons doublé notre chiffre
d'affaires tous les ans. Nous travaillons pour Schneider,
France Telecom ou pour des entreprises comme Business
Object, Dégrif'Tour, nous travaillons également pour
des administrations, nous avons par exemple créé le
site du Sénat. Ce qui ne nous a pas empêché ces trois
dernières années de rencontrer des difficultés, tout
d'abord pour trouver les financements nécessaires au
démarrage de notre société en 1996.
Quatre jeunes qui demandent des financements pour monter
une activité tournée vers Internet alors que c'était
considéré à l'époque comme un phénomène de mode,
cela a été assez difficile. Nous avons réussi à
obtenir des financements en gagnant des concours
«création d'entreprise», en essayant d'obtenir des
commandes, en rassurant les financiers. Nous avons aussi
obtenu un prêt d'un organisme qui aide à la création
d'entreprises.
La deuxième difficulté, c'est le recrutement. Les
métiers liés aux nouvelles technologies, à l'Internet,
sont des métiers nouveaux. On a beaucoup de mal à
trouver des collaborateurs qui ont de l'expérience. Il y
en a une partie que nous avons formés mais aujourd'hui
il nous faut des personnes qualifiées surtout pour
proposer des services à des grands comptes qui sont
très exigeants. Troisième écueil : se positionner
sur de très grands projets Notre structure est encore
petite, aussi on nous a répondu parfois que nous
n'étions pas encore assez importants pour gérer un
projet qui pesait très lourd et qui durait plusieurs
mois. Même si nous avons réussi à en obtenir
quelques-uns uns, nous nous sommes fait écarter pour ce
genre de raisons.
Enfin le marché Internet a attiré beaucoup de
créateurs d'entreprises qui se sont développées de
tous côtés. Je crois qu'on compte aujourd'hui dans le
domaine des services, de la création de sites Internet,
1.000 sociétés en France ce qui me paraît beaucoup.
C'est un marché qui est en train de se restructurer, qui
devient mature. Il y a fusion et acquisition de
sociétés. Aujourd'hui, nous sommes à une étape où
nous sommes très sollicités par des grands groupes qui
veulent prendre pied, qui n'ont pas compris au début
l'importance de ce marché, qui veulent nous racheter, ce
que nous ne voulons pas faire. Il faut donc aujourd'hui
développer la structure de manière importante pour
continuer à se développer, même s'il faut trouver de
nouveaux financements, mais c'est une chose valorisante.
Olivier Las Vergnas : Vous dites avoir eu
beaucoup de difficultés à recruter des collaborateurs,
est-ce que vous recrutez par Internet ?
Didier Glemarec : C'est notre moyen
essentiel de recrutement. Ensuite, nous avons monté une
formation en collaboration avec un organisme. Il y a donc
des gens que nous formons et d'autres que nous recrutons.
Pendant trois ou quatre mois nous avons réussi à leur
apporter la culture nécessaire et nous essayons de
récupérer les profils les plus intéressants.
Olivier Las Vergnas : Nous venons de
parler d'un premier aspect de la possibilité de créer
son activité dans le champ même des nouvelles
technologies, aussi bien dans cet exemple de la société
Aspasia que dans Mais nous allons voir qu'il est aussi
possible de créer son activité avec les nouvelles
technologies dans des secteurs classiques.
Reportage
A Angers, dans le secteur de l'artisanat, des femmes
formées aux NTIC et équipées d'ordinateurs portables,
démarchent elles-mêmes les entrepreneurs avec qui elles
travaillent comme assistantes en temps partagé.
L'évolution du marché de l'Artisanat se caractérise
par une diminution du couple tandem Homme/Femme mariés
et une complexité croissante de l'environnement
économique dans lequel l'entreprise évolue. Pour faire
face à cette évolution, des femmes tentent de donner le
jour à un nouveau métier reposant sur le temps
partagé et la prise en compte des nouvelles technologie
du traitement de l'information et de la communication :
assistante de dirigeant. Cette nouvelle fonction repose
sur trois bases : la communication de l'entreprise,
le contrôle de la rentabilité, les ressources humaines.
L'exercice effectif de cette fonction est rendu possible
par un système de temps partagé entre plusieurs
dirigeants et l'utilisation des NTIC comme outil de
gestion et de communication (télé-formation,
télétravail mobile, utilisation intensive de
l'informatique portable et des réseaux). Ainsi le
dirigeant peut se consacrer totalement à son métier
sans négliger pour autant des éléments cruciaux tels
que la communication et les ressources humaines.
Olivier Las Vergnas : Alain Lebaube, vous
qui êtes journaliste au Monde en particulier, je suppose
que vous avez vu passer toute une série de situations
identiques. Est-ce que les créations et le soutien pour
l'utilisation de hautes technologies dans les secteurs
d'activité classiques sont des phénomènes qui
s'amplifient ou est-ce encore marginal ?
Alain Lebaube : Avant de répondre à la
question, il y a une indication que je dois donner. Le
Ministre des Communications l'a dit récemment :
« la création d'emploi du côté des nouvelles
technologies est tout à fait considérable » et il
prenait un chiffre par rapport aux Etats Unis en
disant : « cela représente 2/3 de la
croissance de l'emploi des Etats-Unis ». Ce qui est
intéressant, c'est qu'on cherche à vérifier ce chiffre
et à savoir d'où il sort et personne ne le trouve. Il
n'empêche qu'il y a sans doute une réalité autour de
cela et qu'il y a bien une capacité à produire de
l'emploi autour des nouvelles technologies. De ce point
de vue, il y a un retard français évident qui offre une
opportunité forte. Si le phénomène américain se
produisait en France, il serait à l'origine d'une
création d'emplois.
Maintenant, par rapport à la question telle que vous la
posez, on voit des choses poindre, depuis longtemps, qui
font de l'effervescence autour de ce sujet mais en même
temps je pense qu'il ne faut pas non plus exagérer
l'importance du phénomène. On l'a bien vu par rapport
au télétravail, on a beaucoup misé et fantasmé autour
de ce phénomène mais manifestement cela ne prend pas
exactement les formes qu'on imaginait. C'est beaucoup
plus compliqué, plus diffus que ce que l'on pouvait
imaginer. Il y a du potentiel mais il ne correspond pas
nécessairement à tout cela.
Cela étant, je pense qu'il se produit des choses
importantes. Dans le 1er sujet, ce qui est intéressant,
c'est le développement du travail indépendant dans les
nouvelles technologies (mais en même temps on ne dispose
pas de statistiques pour le vérifier de façon
convenable), c'est tout à fait considérable. Nous
n'avons que des éléments parcellaires pour répondre à
ce type de question. Je ne prendrai qu'un exemple. On
sait par exemple au travers d'une Caisse de retraite de
travailleurs indépendants issus des nouvelles
technologies, que leur nombre s'est multiplié par trois
en cinq ans. Donc il se produit quelque chose, on n'est
pas dans l'ordre du visible. Ca fait plus que frémir
mais en même temps on n'a pas les outils et les moyens
de connaissance pour le savoir. Ca me permet d'aller vers
autre chose qui me semble important, par rapport aux deux
sujets en fait.
Pourquoi ne peut-on repérer ce qui est en train de se
produire et pourquoi ce potentiel ne se développe pas
autant qu'on pourrait l'espérer ? On tombe très
vite sur des éléments à la fois favorables et
défavorables. Il est clair que ce type d'activité peut
se développer pour cause d'externalisation d'un ensemble
d'activités, çà se juge en positif comme en négatif.
Il est vrai aussi que cela crée des problèmes de
précarité qui sont liés à cela et qui rendent plus
difficile la lecture de ce type d'activité. Deuxième
élément, on tombe très rapidement sur des problèmes
de statuts, de situation sociale. Dès lors que nous
sortons d'une société salariale très typée, admettre
ce genre d'activité n'est pas si évident que ça, on ne
sait pas dans quelle catégorie on va la faire
apparaître et çà va poser problème. A un moment où
un autre, on doit imaginer que les réponses sont de ce
côté. Par rapport à l'autre activité, celle qui est
plus traditionnelle, de travail en temps partagé sur des
activités de secrétariat, d'une certaine façon on peut
se demander si on n'est pas dans une situation
préindustrielle d'activités émergentes. Est-ce qu'on
ne revient pas à des activités à domicile telles
qu'elles existaient autrefois avant même qu'arrive
l'épisode industriel, c'est-à-dire de structuration
d'un marché ?
Cela pose tout de suite un problème de statut et de
rapport à ce type d'activités. On va devoir clarifier
très vite ces problèmes. Dans le temps partagé il faut
parler de pluri-employeurs, pluri-activités et il faut
parler sans doute de groupement d'employeurs et
d'organisation en réseaux. Voilà ce qu'il va falloir
dégager pour que tout cela émerge réellement.
Michel Danvaux - Directeur de l'antenne de
l'Université catholique d'Angers : J'aimerais
savoir, quand vous travaillez pour plusieurs entreprises,
comment les patrons évaluent le temps de travail passé
pour chaque entreprise. Est-ce que c'est une évaluation
par rencontre ou est-ce que les nouvelles technologies
permettent de faire une évaluation sur le temps passé
pour chaque entreprise ? Est-ce que çà ne pose pas
un problème lorsque les activités des entreprises sont
parallèles voire concurrentes ?
Vincent Merle : Je pense qu'on rejoint
bien le problème du statut dans ces nouvelles pistes de
travail parce que le statut salarié traditionnel a deux
contraintes : un lien de subordination qu'on
retrouve dans l'activité et une mesure du travail qui
passe essentiellement par la mesure du temps. Il est
évident que cette mesure du travail qui passe par la
mesure du temps et qui était valable dans la société
industrielle où les gens étaient dans le même lieu
tout le temps et qu'ils faisaient un travail productif
pour le même patron, n'est plus valable dans la nouvelle
société.
Pour ces nouveaux emplois, il faut donc inventer d'autres
manières de mesurer le travail. L'une des difficultés
culturelles que nous avons c'est qu'il existe une autre
manière qui est de payer le travail à la tâche et
comme nous avons tout le 19e siècle derrière nous qui
nous a montré que c'était une manière extrêmement
négative et qu'en fait l'ensemble des conquêtes
sociales ont consister à passer du travail à la tâche
au travail à l'heure, il faut que pour le 21e siècle
nous trouvions d'autres unités de mesure pour le
salariat. On les a déjà inventées pour les professions
libérales où l'on paie à l'intervention, qu'elle dure
2, 3 ou 4 heures. Pour le salariat en effet il nous faut
inventer de nouvelles unités de mesure.
Maxime Vack - Maître de conférence à
l'Université de Technologies de Belfort, spécialiste
des réseaux informatiques : Dans le cadre de
notre Université, nous formons des ingénieurs, nous
faisons de la recherche sur ces nouvelles technologies et
nous avons mis en place une entreprise virtuelle à
travers un serveur Internet et Intranet. Nous avons vu se
développer de nouveaux métiers dans une entreprise
comme Alsthom par exemple, parce qu'ils font une gestion
de sites sur la qualité, c'est-à-dire que toutes les
équipes qualité d'une entreprise qui avant
fonctionnaient de manière informelle avec du papier sont
maintenant regroupées dans un Intranet. On se rend
compte qu'il fallait mettre en place un modérateur,
c'est-à-dire quelqu'un qui a les coordonnées
d'ensemble. On se rend compte également sur les sites de
formation continue, quand on veut mettre en place un
Intranet pour gérer une formation continue virtuelle
pour que les gens puissent être en contact, qu'il ne
faut des gens qui ne soient pas forcément des formateurs
mais des nouveaux métiers. Je voudrais donc savoir si
vous connaissez des nouveaux métiers du type modérateur
et si vous pouvez nous brosser un catalogue autour des
sites et CD-ROM ?
Yves Lasfargue : Je pense qu'il ne faut
pas se laisser prendre au mythe des nouveaux métiers. Il
y a beaucoup de nouveaux noms de métiers mais la plupart
des métiers que l'on rencontre aujourd'hui existaient
sous une forme ou sous une autre avant. Je reprends
l'exemple que vous développiez. Quand on fait un groupe
en Intranet, il faut un modérateur, ce qu'on appelait
avant un animateur de groupe. Qu'il soit un animateur de
groupe physique ou un animateur de groupe virtuel, ce
n'est pas tout à fait le même métier mais c'est très
proche. Quand on fabrique un site Internet, on va avoir
un Webmaster, celui qu'on appelait un peu le chef de
projet ou le «directeur x» avant. On va avoir dans
toute la partie audiovisuelle un certain nombre de
nouveaux métiers. Mais en gros on va prendre l'ancien et
on va ajouter «cyber» devant alors qu'il y a trois ans
on aurait mis «télé». Une fois qu'on a dit ça, cela
ressemble beaucoup aux anciens. Le vrai problème est
plus d'adapter les anciens métiers que d'être obnubilé
par les nouveaux mots, évidemment plus médiatiques, que
les nouvelles fonctions réellement. Il y a de nouvelles
techniques mais globalement les nouvelles fonctions
consistent à utiliser autrement les nouvelles
techniques.
Vincent Merle : Je partage tout à fait le
point de vue de Monsieur Lasfargue. Je voudrais
simplement ajouter qu'il vaudrait peut être mieux parler
de recomposition permanente des métiers que de nouveaux
métiers en tant que tels. C'est bien le désarroi du
formateur qui s'est exprimé tout à l'heure parce qu'il
y a quelques années encore on formait par rapport à un
métier dont le profil et les contours étaient connus.
Aujourd'hui il faut dispenser des savoirs qui sont
mobilisés dans des situations répondant à des logiques
d'actions souvent très différentes les unes des autres.
Ca change aussi je crois le métier du formateur.
Question : Quel est le rôle de
l'orientation face à la rapidité de transformation de
la formation professionnelle ?
Vincent Merle : Il me semble que le
travail d'information et d'orientation sur les métiers
change radicalement avec l'émergence de ce que l'on a
appelé les nouveaux métiers ou qu'il vaut mieux peut
être appeler reconfiguration des métiers.
Schématiquement je dirais que le travail d'orientation
passe moins par la délivrance d'une sorte de carte des
métiers que par un apprentissage à bien savoir
naviguer, se repérer dans un univers qui est un univers
complexe. Les trajectoires professionnelles seront de
moins en moins linéaires. Les individus vont, petit à
petit, si ce n'est changer de métier au moins changer le
contexte dans lequel ils utilisent leurs connaissances et
leur savoir. C'est à eux petit à petit de piloter leur
parcours et de piloter leur carrière. Qu'est ce qui
importe le plus aujourd'hui ? Leur apprendre à
faire ce pilotage dans de bonnes conditions ou leur
donner une cartographie qui se voudrait exacte mais qui
le sera de toute façon de moins en moins compte tenu de
la rapidité des évolutions. Je crois que c'est cela la
vraie question à propos de l'orientation et de la
formation.
Olivier Las Vergnas : Vincent Merle, aider
des demandeurs d'emploi à se mettre sur le marché du
travail dans une situation de multi-salariat comme on l'a
vu avec les secrétaires en temps partagé à Angers,
apparaît un peu comme une solution relativement
transposable. Faut-il multiplier ce genre d'initiatives
et comment à ce moment là s'en donner les moyens ou, au
contraire, comme le signalait tout à l'heure Alain
Lebaube, est-ce que ce ne sont pas des choses qui vont de
toute façon rester au niveau d'un frissonnement et qui
sont finalement des solutions très limitées ?
Vincent Merle : J'ai trouvé ce
témoignage tout à fait intéressant parce que nous
avons hérité de la période de forte croissance une
sorte de modèle des relations de travail qui ressemble
un peu à la tragédie classique, c'est-à-dire il y a
unité de lieu, unité de temps et unité d'action. En
d'autres termes, on commence tous le boulot plus ou moins
à la même heure, on termine tous plus ou moins à la
même heure, tous à peu près dans les mêmes bureaux,
les mêmes ateliers et selon une forme d'organisation du
travail où chacun est à sa place. « The right man
at the right place » disaient les gens qui
faisaient l'organisation scientifique du travail. Alors,
ce modèle là, par tous les bouts, éclate.
Le témoignage qui nous a été donné là est d'une
certaine manière un des signes de cet éclatement, mais
il y en aurait bien d'autres. Cet éclatement est
inéluctable et il est vrai aussi que les nouvelles
technologies favorisent cet éclatement à bien des
égards. Le fait de pouvoir travailler chez soi, de
pouvoir travailler dans sa voiture, le fait que les
documents soient devenus transportables, qu'on puisse
communiquer à longue distance à des coûts très
faibles,
tout cela encourage cet éclatement de
l'unité de lieu, de l'unité de temps et de l'unité
d'action. Et on voit bien le risque que cela comporte et
en particulier on voit bien comment, petit à petit,
pourrait se produire une sorte de désagrégation des
liens sociaux et des relations de travail et comment on
pourrait évoluer petit à petit vers un travail dans
lequel il n'y a plus de lien de subordination, il n'y a
plus de liens forts au sein d'un collectif de travail
mais une relation qui devient de nature purement
commerciale entre un prestataire de service et quelqu'un
qui achète ce service.
Pourquoi pas me direz-vous ? On voit bien que cette
solution là peut être dans un certain nombre de cas
choisie, voulue, convenir à la personne. Dans d'autres
cas cela peut correspondre à une dégradation très
forte de cette condition de travail au sens très large
du travail. En général, on voit très bien comment une
généralisation de ce type de modèle pourrait petit à
petit conduire à ce que les aléas d'une production, les
à-coups dans un marché
soit supportés non pas
par l'entreprise en tant que telle mais par l'individu
qui est prestataire de service. Donc la généralisation,
la systématisation de ce type d'exemple peut, à terme,
poser problèmes.
Du point de vue de l'emploi et des solutions apportées
au chômage, évidemment, on a tendance à être un peu
plus nuancé car on voit bien que des initiatives du type
des secrétaires à temps partagé à Angers permettent
de remettre des gens dans le circuit du travail. Et
comment dire non, comment maîtriser ce type
d'initiative ? Au contraire, on a tendance à les
encourager. Donc, ponctuellement, il y a certainement des
solutions individuelles qui peuvent être trouvées à
travers ce genre de solutions, mais en même temps il
faut se méfier d'une généralisation, d'une
systématisation qui, je crois, ne résoudrait pas la
question de l'emploi et du chômage.
Imaginez simplement que, se fondant sur ce modèle qui
s'est développé à Angers, tous les artisans ou toutes
les petites entreprises du secteur disent «on va faire
pareil». Brusquement, vous auriez une tendance à
retrouver un modèle bien classique et qui fonctionne
bien en marché libéral qui est de se dire « on va
essayer d'obtenir la productivité par la réduction des
coûts salariaux » alors que nous sommes peut être
aussi face à une autre question qui est celle de se dire
qu'une entreprise a une équipe, a un potentiel humain,
comment peut-elle se développer, comment ce collectif
peut-il faire face aux aléas d'une situation économique
et à des marchés de plus en plus tendus.
Juste un mot pour terminer et signaler qu'il y a des
exemples parallèles à celui là qui sont un peu des
contre-exemples. On vient de développer, la CGPE et
l'Education Nationale, un VTF d'assistant de gestion qui
permet à des femmes d'artisans d'acquérir les
compétences dont elles ont besoin pour continuer à
exercer cette fonction qu'elles ont de plus en plus de
mal à exercer compte tenu du degré d'exigences qui
pèse sur ce type de tâches. C'est une autre forme de
réponse à ce genre de défi.
Olivier Las Vergnas : Yves Lasfargue,
a-t-on déjà des éléments sur les problèmes qui sont
liés par exemple à la solitude du travailleur qui
exerce son activité principalement par Internet,
Intranet, donc dans une entreprise complètement
virtualisée ?
Yves Lasfargue : Je pense que les
mots-clés que l'on vient d'entendre sont importants
c'est-à-dire que tout dépend si ce type de travail est
choisi ou est subi. Pourquoi je dis çà, parce que les
nouvelles compétences sont liées à cet éclatement des
lieux et des temps.
La première compétence de ce type de travail c'est de
savoir gérer son temps. Le travail traditionnel n'oblige
pas à savoir gérer son temps parce que nous avons des
horaires qui sont fixés par quelqu'un d'autre qui est
l'entreprise. Mais toutes les expériences que nous avons
faites ont montré que c'était la première compétence.
Il y a parmi nous des gens qui ont une certaine autonomie
dans la gestion de leur temps et d'autres qui n'ont pas
d'autonomie. Par exemple, dans le télétravail largement
diffusé, obligatoire pour un certain nombre d'employés
chez IBM, on s'est aperçu que tous les salariés à
formation commerciale savaient gérer leur temps parce
qu'il avait une autonomie depuis longtemps. Par contre,
les salariés de type comptabilité ou administratif ne
savaient pas bien gérer leur temps. En un mot, le matin,
ils ne savaient pas à quelle heure commencer quand ils
travaillaient chez eux. Parce que commencer c'était
prendre le RER et partir, ce n'était pas commencer à 8h
chez soi.
Deuxième compétence : savoir gérer l'espace. Ca
veut dire pouvoir travailler à distance. Tout le monde
ne sait pas travailler à distance. D'abord tout le monde
ne sait pas travailler en groupe physique mais dès qu'on
travaille à distance on travaille en groupe virtuel, on
rajoute donc des difficultés. Alors certains d'entre
nous, spontanément, savent travailler en groupe virtuel.
D'autres auront beaucoup plus de difficultés et la
formation ne sait pas faire passer ce type de chose. En
particulier, on l'a dit tout à l'heure, dès qu'on
travaille en groupe à plusieurs à distance, on retrouve
les phénomènes d'un groupe physique, il faut donc avoir
une certaine discipline d'horaire, il faut avoir un
animateur ou un modérateur de groupe et ceci n'est pas
spontané. Ce qui fait que pour la partie de la
population autonome, ayant des capacités de gestion de
temps et d'espace, c'est extrêmement intéressant. Mais
il est vrai que c'est un facteur d'exclusion et notamment
un facteur de solitude parce que l'une des tendances de
ces techniques c'est qu'au fond on est très près du
prochain et plus lointain et souvent très loin de son
propre voisin.
Olivier Las Vergnas : Milan, je crois que
vous avez dans la salle une dame qui a justement fait une
étude sur le télétravail en Italie. Alain Lebaube
disait tout à l'heure que nous sommes un peu revenus du
mythe du télétravail, pouvez-vous nous donner des
éléments de cette étude sur le télétravail ?
Intervention à Milan : Depuis 1993 on a
enregistré une expansion très importante de la
quantité de personnes impliquées dans des activités de
télétravail. Actuellement, nous estimons entre 300.000
et 400.000 personnes qui télétravaillent en Italie. Il
y a plusieurs professions qui sont impliquées bien sûr.
Cette donnée n'est pas très importante par rapport à
d'autres pays mais du point de vue qualitatif elle est
très importante. En effet, cette donnée nous a permis
de redéfinir des catégories sociales, je pense aux
femmes et je pense aussi à d'autres personnes qui par
exemple ne pouvaient pas travailler non plus facilement
que les autres, aux personnes handicapées, à celles qui
sont très éloignées de leur poste de travail.
De ce point de vue, le télétravail est une très bonne
opportunité. Ca a donné lieu a quelques projets très
importants en Italie dans des secteurs très divers comme
par exemple la formation, le télé-secours et
actuellement, notamment depuis 1997, depuis que le
télétravail a été réglé du point de vue juridique
grâce à l'application de nouvelles lois. A partir de
1997, le télétravail est devenu un instrument
d'innovation, une stratégie pour reprendre en
considération les espaces, le temps. Ceci nous a permis
de réorganiser les systèmes de communication à
l'intérieur des entreprises italiennes.
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Olivier Las Vergnas : Comment les organisations
des entreprises, qu'il s'agisse de PME ou de grosses
entreprises se modifient-elles aujourd'hui avec les
technologies de l'information et de la
communication Reportage
Miser sur l'heureuse rencontre entre commerce
électronique et porcelaine de Limoges, c'est ce qu'a
fait Pascal Guynot en proposant à des artisans de la
région de faire vitrine commune sur le Net.
De la concurrence à la cohabitation électronique,
certains ont franchi le pas. Entièrement réalisé en
anglais, le site est dédié à l'exportation, notamment
vers les Etats-Unis. Et ça a l'air de fonctionner. En un
an les ventes ont quadruplé. Les débuts sont donc
prometteurs bien que difficiles, la concurrence arrive.
Après une première tentative démarrée il y a deux
ans, Pascal Guynot a mis les bouchées doubles (et les
moyens) pour faire évoluer le site. Créé par la
société Reflect, il est plus élaboré, plus rapide. Il
a même été labellisé dans le cadre du concours
« Les exportateurs sur la toile » par le
Commerce Extérieur. L'initiative intéresse aussi
alentour, d'autres porcelainiers comme Pascal Parlon
(Haviland § Parlon) songent sérieusement à
rejoindre leurs collègues qui sont déjà sept à avoir
pignon sur Net. Pascal Guynot envisage désormais de
recruter quelqu'un pour gérer le site. Internet semble
donc être un nouveau levier pour les savoir-faire
régionaux, il inaugure en même temps une nouvelle
façon de vendre, sur d'autres marchés certes mais aussi
dans un nouvel état d'esprit.
Olivier Las Vergnas : Alain Lebaube,
toujours de son point de vue d'observateur et journaliste
au Monde, on dit que le commerce électronique va
exploser. Quel est l'état réel de la situation ?
Alain Lebaube : Il est clair que cela a
explosé, on ne voit pas pourquoi ça n'exploserait pas.
Tous les champs d'application sont possibles. Je crois
aussi qu'il faut penser que le commerce électronique ne
va pas remplacer le commerce traditionnel. De la même
façon on dit «nous sommes en train de sortir de l'ère
industrielle », ce n'est pas pour autant qu'il n'y
a plus d'industries. C'est la même chose, le commerce
traditionnel va demeurer. En revanche, les points
d'application du commerce électronique vont correspondre
aux âges différents des différents commerces que nous
avons pu connaître.
On peut imaginer qu'il y ait la situation de la relation
directe du producteur au consommateur et cela va
permettre à des artisans ou des petits fabricants de
toucher le monde entier et l'ensemble des consommateurs
qu'ils peuvent espérer sur un marché donné. On va
pouvoir trouver une deuxième solution mais qui
correspond à un âge du commerce traditionnel c'est la
relation entre un producteur, un distributeur (le
magasin) et le consommateur. On connaît déjà cette
situation avec la librairie électronique par exemple. Et
puis on va trouver le 3e âge de la même façon et sans
que cela soit exclusif les uns par rapport aux autres,
où l'on a le producteur, l'équivalent de
l'hypermarché, et le consommateur. Et ces trois
éléments là vont à mon sens se succéder les uns par
rapport aux autres sans pour autant que le commerce
traditionnel ne soit condamné.
Olivier Las Vergnas : On observe
parallèlement une transformation complète des systèmes
de distribution avec la multiplication des livraisons
rapides
Alain Lebaube : Tout à fait mais cela
dit, on voit en même temps que ce type d'outil est
parfois avantageux. On s'aperçoit que les modes
d'organisation, je pense à des grandes entreprises comme
Levis, qui essaie de faire de la vente par Web, a un mode
de production et on sait par ailleurs les
difficultés que peut avoir Levis actuellement qui
ne lui permet pas de répondre à la demande
individuelle. En fait, le caractère mastodonte
l'empêche d'avoir cette relation directe avec son
client. La société Tell est construite directement dans
cette hypothèse là. Ce n'est pas une structure ancienne
qui d'un seul coup découvre le commerce électronique,
elle est née avec le commerce électronique. Une
entreprise traditionnelle type Levis découvrant ce type
de commerce peut très bien éprouver des difficultés.
Olivier Las Vergnas : Deuxième aspect de
la transformation des métiers, de la production, de
l'organisation : le lien entre les entreprises et
leurs sous-traitants. C'est ce que nous allons voir à
travers l'installation d'un extranet entre un l'OPAC
(office public d'aménagement et de construction) gérant
un parc HLM et les PME du BTP chargé de l'entretien du
parc.
Cette initiative a été menée dans le cadre du
programme européen ADAPT. La société EDIFRANCE, qui
s'occupe du développement des échanges de données
informatisées (EDI), a soutenu la mise en place du
dispositif et a formé, avec le cofinancement du Fonds
social européen, les entreprises du BTP et les gardiens
d'immeubles.
Reportage
En Seine-Maritime, un extranet a été mis en place
pour assurer une gestion plus efficace des HLM du
département.
Transitant auparavant par courrier, les bons de
commande et les bons de travaux réalisés (BTR)
circulent maintenant par voie électronique à travers un
réseau à trois têtes : l'OPAC (office public
d'aménagement et de construction) qui gère 27 000
logements sociaux répartis sur les 163 communes du
département, 90 correspondants de l'établissement
intervenant sur place et les PME du BTP chargées de
réaliser les travaux d'entretien.
Avantages attendus et testés depuis mai 98 sur
trois entreprises et quatre correspondants : une
circulation plus rapide des documents administratifs et
une meilleure information des tous les acteurs au fur et
à mesure du déroulement des opérations. Et surtout une
baisse sensible de la masse de papier à gérer
quotidiennement de part et d'autre : chaque
intervention, qu'elle se résume à remplacer une d'une
poignée de porte ou consiste à refaire un appartement
exige à chaque fois un bon de commande et un bon de
travaux réalisés qui doivent être tous deux validés.
Une procédure lourde parce que répétée qu'il fallait
clarifier et simplifier. Mais au bénéfice d'un
fonctionnement finalement plus rigoureux voire
contraignant.
Chaque bon de commande est en effet assorti d'un délai
de principe de quinze jours à l'issue duquel les travaux
demandés doivent être réalisés sous peine de
sanctions financières. La négociation reste toujours
possible. L'artisan téléphone au correspondant et
demande une prolongation du délai. Ce qui requiert
malgré tout une plus grande vigilance dans la gestion
des bons de commande et implique une moins grande marge
de manuvre dans la détermination des calendriers
d'intervention. En instaurant ce type de fonctionnement
avec l'extranet, c'est plus de 30 000 interventions par
an générant un chiffre d'affaires de 40 millions de
francs que l'OPAC entend ainsi gérer. A partir d'avril
1999, le système sera progressivement étendu à
l'ensemble du parc de logements et des 70 artisans qui en
assurent l'entretien, ceux-ci gardant cependant le choix
d'y adhérer ou pas.
Christian Celini : Qu'en est-il de ceux
qui ne peuvent pas bénéficier d'une formation ?
Qu'en est-il des emplois peu qualifiés ? Parce
qu'on s'aperçoit que si on n'a pas un certain niveau on
ne peut accéder à ces formations. Est-ce qu'il va
rester des emplois pour des gens qui n'ont pas un niveau
du BAC ou un niveau de qualification élevé ?
Yves Lasfargue : La réponse est oui,
même si le technologiquement correct consiste à dire
non. D'abord dans le reportage nous avons bien vu, le
seul qui faisait un travail réellement et socialement
utile, c'est celui qui posait le volet. Ensuite, tout ce
que nous avons vu autour c'était le traitement de
l'information pour faire poser le volet. Donc il reste
des métiers pour lesquels la maîtrise de ces
technologies n'est pas indispensable. Deuxièmement, je
crois que nous devons organiser la société de manière
à ce qu'il reste des métiers pour travailler
réellement sur la réalité et pas sur la
représentation de la réalité.
Une fois qu'on a dit cela, en terme administratif, on a
vu qu'un certain nombre de papiers étaient remplacés
par l'utilisation de nouvelles technologies et là je
crois que la notion d'être BAC ou BAC+2 est très
secondaire parce que l'utilisation de ces technologies
dites multimédia c'est d'abord l'utilisation de choses
écrites. Ce que l'on voit arriver, c'est la
généralisation de choses écrites. La compétence de
base, c'est donc savoir lire. Or, jusqu'à maintenant on
n'a pas attendu le BAC pour savoir écrire.
Deuxième compétence de base : savoir lire vite. Ca
non plus ce n'est pas une notion de niveau scolaire,
c'est une notion d'apprentissage régulier parce qu'il
est évident que sur Internet, si on ne sait pas bien
lire vite, on va rester 20 minutes à l'écran, donc on
va surfer à petite vitesse. Je crois que la lecture
devient le point de base et c'est cela qu'il faut se
dire : le vrai critère d'exclusion, c'est
l'illettrisme. Il y a cinq millions d'illettrés en
France, il y a probablement cinq millions que l'on peut
rajouter qui sont des gens qui lisent doucement, trop
doucement pour surfer sur Internet. Cinquante millions
d'illettrés en Europe, çà c'est une vraie source
d'exclusion. Le problème ce n'est pas d'essayer de
dire : « il n'y a pas de métiers pour les
gens qui sont en dessous de BAC ou de BAC+2 »,
c'est de faire en sorte que ceux qui sont en dessous de
BAC ou BAC+2 maîtrisent complètement la lecture parce
que çà devient un point important.
Autre point important qu'on voie en permanence c'est la
maîtrise de la rapidité puisque sur un ordinateur on
voit bien que c'est l'interactivité et donc le «ping
pong » de cette interactivité qu'il faut
maîtriser. Et çà ce n'est pas lié au niveau de
formation puisque aussi bien un certain nombre de gens à
BAC+8 détestent ce ping-pong et n'y arrivent pas et que
d'autres à BAC - 4 y arrivent très bien. Je crois qu'il
faut distinguer les problèmes de formation qu'on
abordera tout à l'heure en termes de formation
permanente, de maîtrise de ces techniques et de niveau
de formation initiale. Evidemment, plus on a un niveau
élevé de formation initiale plus on est à l'aise mais
il n'y a pas une fatalité «il faut atteindre absolument
le BAC » pour faire un certain nombre de métiers
liés aux nouvelles technologies.
Témoignage : Je suis chef d'entreprise et
je travaille dans le secteur de l'électroménager. La
société date de 1906, c'est donc la 3e génération
d'entrepreneurs qui gèrent l'entreprise. Il y a dix ans,
j'ai décidé de transformer l'entreprise grâce à
l'application des nouvelles technologies informatiques.
Nous avons changé quatre fois tous les systèmes
informatisés. Dans notre cas spécifique, notre
entreprise continue d'embaucher et nous avons parfois des
difficultés pour trouver des gens. Il y a une réduction
du travail manuel mais les activités de contrôle vont
augmenter, il faut donc développer le marché et former
régulièrement les personnes qui travaillent avec nous.
Ceci nous permet de changer les compétences, de les
renouveler. A notre avis, la production de ces systèmes
est positive à condition qu'il y ait un support de
formation et un renforcement du taux de connaissance ou
de formation des personnes. A notre avis, c'est la seule
forme possible pour recompter la compétitivité du
travail.
Témoignage : Nous sommes une entreprise
de mécanique et d'électromécanique. Nous, nous avons
fait le contraire. Le nombre des ouvriers se réduit.
Mais aujourd'hui un de nos ouvriers a de nouvelles
compétences, il a de très bonnes compétences
informatiques et donc son travail n'est plus l'assemblage
simple. A présent il a un rôle de contrôle, de
gestion. ?
Olivier Las Vergnas : Une question à Yves
Lasfargue : la multiplication des Intranet, des
systèmes de gestion de l'information permet à tout
moment de tracer les activités des salariés. Est-ce que
ça n'est pas inquiétant ?
Yves Lasfargue : Internet et Intranet ont
comme caractéristique d'être des outils de
transparence. Par rapport à cela je crois qu'il y a deux
attitudes. Premièrement il faut être très lucide, dès
qu'on est sur un Internet ou sur un Intranet tout ce
qu'on fait est transparent. Deuxièmement il ne faut pas
tomber dans la paranoïa. Depuis des années dans la
banque, tout ce que fait un employé, ce qui se passe sur
son écran est enregistré pour des raisons de sécurité
aussi bien par des caméras que par des magnétophones et
des systèmes informatiques. Pourquoi n'est ce pas
dramatique ? Parce que dans la plupart des banques
on a négocié des accords disant que cet enregistrement
de données était nécessaire pour la technique mais ne
serait jamais utilisé contre les individus sur le plan
social.
Je crois que la diffusion des Intranet et Internet va
nous pousser dans toutes les entreprises à négocier ce
type de chose. Je serais beaucoup plus inquiet sur
Internet où il est difficile de négocier de société
à société que sur Intranet où, dès qu'on est lucide,
je crois qu'on arrive très rapidement à négocier.
Pourquoi la négociation est-elle obligatoire ?
Parce qu'à ce moment là par grève du zèle on peut
arrêter le système donc il y a forcément un équilibre
des rapports de force qui fait qu'on ne peut contrôler,
maintenant que tout le monde en est conscient, que s'il y
a un minimum de confiance des deux côtés.
Olivier Las Vergnas : Troisième volet de
cette transformation de l'organisation des entreprises et
de la production du côté des grandes entreprises. Nous
avons vu de petits artisans à Limoges et la mise en
place commune d'un site Web ensuite nous avons vu les
relations entre une entreprise et ses sous-traitants.
Maintenant je vous propose d'aller au cur d'une
grosse entreprise, chez Air France, pour voir comment
s'est transformé le système de vente et le système de
gestion des places d'avion.
Reportage
Depuis 1994-95, Air France a décidé de développer
le Yield Management pour la gestion du transport des
passagers.
Importé des Etats-Unis, le Yield management est un
ensemble de techniques permettant de maximiser les ventes
d'une entreprise lorsque son offre est limitée et
périssable. Appliqué au transport aérien, ce système
implique une nouvelle définition des prix des billets
prenant en compte la diversité des besoins et des
contraintes des passagers sur un même vol. Le Yield
Management consiste alors notamment à privilégier les
ventes aux clientèles les plus rémunératrices lorsque
la demande est supérieure à l'offre sur un vol. A la
base de cette politique tarifaire : l'introduction
de systèmes informatiques complexes permettant par
statistiques de retracer l'historique des demandes et
d'établir des modèles de comportements clients.
Destinée à optimiser le taux de remplissage des avions,
la mise en place du Yield management fut aussi l'occasion
d'engager un grand projet de formation et de
réorganisation du travail d'une partie des salariés
d'Air France : redéfinition des domaines
d'interventions et des responsabilités, nouvelles
compétences exigées. On parle même au sein de
l'entreprise de changement de métier : de
commerciaux, les salariés sont devenus techniciens.
Dorénavant rivés à leur écran, ils déterminent les
prix des billets en fonction d'un entrelacs de données
qui n'a plus rien à voir avec les desiderata des agences
de voyages. Moins de relations commerciales donc mais
plus d'analyse prospective. Les tarifs sont entièrement
décidés en interne puis proposés aux clients. C'est
face à une plus grande responsabilité et à une gestion
plus stricte en terme de rentabilité que se trouvent
alors confrontés ces analystes. Un recentrage sur le
métier en somme. Ou une reconversion. Si parmi les
collaborateurs de cette équipe, un tiers a connu le
changement et un autre a été recruté en externe, le
dernier tiers vient d'autres services de l'entreprise.
Olivier Las Vergnas : Va-t-on réellement
vers une recomposition de tous les métiers même si
effectivement le cur des métiers reste l'acte
essentiel. Y a-t-il une transformation d'ensemble de la
vie professionnelle ou est-ce que çà ne touche que
certains domaines ?
Vincent Merle : D'abord une remarque en
forme de boutade. Les entreprises de restauration rapide
essayent depuis déjà plusieurs années de mettre
également en place une sorte de « yield
management », c'est-à-dire qu'on prévoyait le
nombre de clients qui passaient la porte de Mac Donald à
11h48 et en fonction de çà on programmait la production
de frites par exemple.
Ce qu'on sait c'est que cela a conduit à une
parcellisation des tâches encore plus forte pour une
partie des salariés. Il y a ceux qui effectivement
observent les mouvements, les calculs et régulent, pour
ceux-là leur métier se complexifie ou s'enrichit comme
on veut. A l'autre bout, il y a des formes de
déqualification. Je crois qu'il faut se méfier, à
partir de cet exemple boutade, de croire que les choses
sont mono-linéaires, elles sont nécessairement
complexes à tout moment.
Essayons de généraliser un tout petit peu. Je crois que
ce qu'il est important de voir c'est que les nouvelles
technologies de l'information et de la communication
changent naturellement le contenu et les contours des
emplois et des métiers mais pas de la même façon que
lors de la précédente révolution technologique.
Schématiquement, la précédente révolution
technologique est celle de l'automatisation. L'opérateur
devient tout à coup surveillant, régulateur de son
processus de production, il intervient indirectement sur
l'objet à transformer. Ce qui est caractéristique des
nouvelles technologies de l'information et de la
communication, c'est que les transformations sont d'abord
des transformations dans la circulation de l'information.
Ces transformations génèrent du même coup des formes
d'autonomie, des latitudes d'intervention pour les
salariés quels qu'ils soient qui sont plus importantes.
Je crois que la transformation fondamentale elle est là.
Avant même de parler de connaissances hyper
sophistiquées, je crois qu'il faut prendre conscience
que c'est d'abord l'organisation qui bouge parce que la
circulation de l'information dans l'entreprise elle-même
change. L'opérateur, fut-il d'un niveau peu qualifié
comme on dit, a à maîtriser un certain nombre
d'informations qui l'amène à prendre des décisions
micro stratégiques qui peuvent être décisives pour
l'entreprise.
Imaginez un exemple simple, un opérateur qui est devant
une chaîne d'embouteillage de bière ou de jus de
fruits, il y a un incident qui se produit sur la machine,
le problème pour lui n'est pas simplement de savoir
comment techniquement il va réparer la machine mais
est-ce qu'il va accepter les petits défauts des
bouteilles et est-ce que ce petit défaut va générer
des problèmes de coûts induits pour l'entreprise qui
sont plus chers que s'il bloque la machine pour faire la
réparation et donc s'il y a non-production alors que
nous sommes en flux tendus.
Autrefois, l'opérateur n'avait pas les informations pour
résoudre ce type de problème. Petit à petit il est
doté de moyens qui vont lui permettre, à son petit
niveau, de prendre ce type de décision stratégique. Il
devra les prendre dans des interfaces permanentes avec
d'autres. Donc il y a des formes de transmission et de
communication dans l'entreprise qui sont une petite
révolution dans la manière dont on assume son métier.
Pour conclure sur ce point, ce qui est au cur de
tout cela, ce ne sont pas les nouvelles technologies en
tant que telles, mais l'incidence des nouvelles
technologies sur les formes organisationnelles. Au fond,
c'est un peu la mort de l'ingénieur des méthodes, du
spécialiste de l'organisation scientifique du travail
parce que dans l'air taylorienne, l'ingénieur concevait
le modèle d'organisation idéal, le déclinait sur
papier et découpait les tâches en fonction de ce
modèle d'organisation. Aujourd'hui, avec les nouvelles
technologies, il faut penser en même temps la nouvelle
organisation et les compétences qui vont avec et il faut
penser des organisations qui reposent sur une hypothèse
simple c'est à dire un degré d'autonomie plus important
des salariés. Si on ne fait pas comme çà, il y aura
toujours des ingénieurs de génie pour penser des
systèmes qui fonctionneront merveilleusement bien.
Souvenez-vous de la grève de production au moment où la
SNCF a essayé de lancer son système de réservation
parce qu'on avait pensé le système comme un système
d'ingénieurs et pas comme un système de compétences
des salariés, cela a foutu une sacrée pagaille à la
SNCF.
Intervention à Belfort : La question pour
moi n'est pas celle de la nouveauté des technologies
mais celle de leur efficience. On peut prendre l'exemple
du fil à couper le beurre, il n'est pas nouveau mais
efficace, la vidéo transmission par satellite par contre
est nouvelle et pas encore tout à fait efficace. Ma
question serait celle de l'instantanéité ou plutôt de
la technologie des limites, c'est-à-dire qu'on cherche
toujours au niveau technologique à aller au-delà des
limites que ces technologies peuvent permettre. Comment
généraliser un accès public et gratuit, de qualité,
à l'Internet depuis la province, comment faire pour que
la décentralisation arrive dans nos régions et qu'on
puisse arriver à ces nouvelles technologies autrement
que par des technologies pas encore suffisamment
efficaces.
Yves Lasfargue : Première réaction,
l'accès généralisé passera par des lieux collectifs.
On a aujourd'hui de l'ordre de 20% à 25% des foyers
français qui sont équipés en micro-informatique, un
petit 1/3 est équipé en télécommunication. Ca veut
dire que dans les prochaines années, il faut d'abord
réfléchir aux moyens de permettre à chacun de trouver
près de chez lui un accès collectif à Internet, ce qui
n'existe pas aujourd'hui. Un demandeur d'emploi qui veut
avoir accès à Internet pour trouver un emploi à l'ANPE
ou l'APEC ne trouve pas ce lieu collectif.
Deuxièmement, par rapport à l'accès gratuit, je
réagis toujours parce que c'est la secte Internet qui
considère que tout doit être payant sauf Internet. Or,
il n'y a pas de raisons que l'accès à Internet soit
gratuit pas plus que l'accès au métro ou au TGV n'est
gratuit. Donc à la fois il faut traiter le problème de
diminuer cette exclusion par des accès collectifs, à la
fois il n'est pas question de diffuser dans les familles
de l'Internet gratuit parce que cela voudrait dire tout
simplement que ce sont les non-utilisateurs qui payent
pour les utilisateurs.
Vincent Merle : Une réaction par rapport
à l'intervention de Belfort. Je suis frappé du fait
qu'il utilise le mot « instantanéité ». Il
y a une sorte d'obsession de l'instantanéité qui vient
en quelque sorte de l'aspect miracle technologique :
« je clique et dans les 12 secondes qui suivent
j'ai l'information que je veux ». Il me semble que
petit à petit on devrait moins mettre l'accent sur
l'immédiat, l'instantanéité et beaucoup plus sur la
capacité de transporter des données en quantité.
D'ailleurs, quand on voyait tout à l'heure les artisans
à qui on demandait une réparation, le reportage disait
« regardez, çà va vite ». En réalité, la
personne qui s'exprime après nous dit quelque chose
comme « on transmettrait un bon vieux fax et cela
irait presque aussi vite ». Mais par contre, ce qui
compte c'est qu'on a un bordereau qui est tout prêt et
un bordereau tout prêt en termes de quantité
d'informations transmises, c'est beaucoup plus important.
Je crois qu'il faut être beaucoup plus sensible à cet
aspect quantité d'informations qui est susceptible de
passer dans les « tuyaux » qu'à l'aspect
instantanéité qui nous a tant frappé en raison des
progrès considérables faits depuis quelques années.
Olivier Las Vergnas : Peut-être un autre
axe d'inquiétude autour de ces nouvelles technologies,
c'est finalement le risque de retour au Taylorisme. On
parlait tout à l'heure de la volonté de restauration
rapide d'installer du yield management, du just in time,
etc. On comprend bien le problème mais on observe aussi
des choses du type généralisation des call centers où
là on est revenu à un taylorisme sous prétexte
d'instantanéité de la réponse, de banque à domicile,
d'assurance à domicile, de services d'informations et
même de santé publique, etc. On est arrivé à des
systèmes qui sont un retour au Taylorisme le plus dur.
Alain Lebaube : Effectivement, le
problème des centres d'appels, et d'ailleurs cela
regroupe le problème des cadres, c'est de découvrir que
des gens qui sont à BAC+3, BAC+4 et qui interviennent
sur les centres d'appels pour des interventions
intelligentes, se trouvent dans des situations de mode de
fonctionnement taylorien, de réponses à des flux de
questions et d'immédiateté de la réponse. De ce point
de vue, on assiste à l'émergence de ce que l'on appelle
aujourd'hui les OS intellectuels (ouvrier spécialisé
intellectuel), c'est-à-dire que parmi la catégorie des
cadres on peut distinguer une catégorie qui progresse
d'OS intellectuels. Ce sont des travailleurs du savoir
qui sont dans des situations d'OS à la chaîne comme on
l'est sur une chaîne chez Renault ou ailleurs. Selon
l'APEC, de l'ordre de 20 à 25% des cadres actuellement
en France sont dans ce type de situation.
Ce qui revient à dire aussi que, d'une certaine façon,
la capacité de résistance des modes d'organisation
taylorienne est extraordinairement forte. C'est une
façon de répondre à ce que disait Vincent Merle tout
à l'heure, les organisations, telles qu'elles sont,
résistent fortement à l'arrivée des nouvelles
technologies et imposent une forme de rationalité qui
est la rationalité ancienne dans l'apport des nouvelles
technologies. Vincent Merle avait raison de parler de
l'intervention de l'intelligence, de l'autonomie, de
l'initiative, c'est vrai, en même temps on invente
progressivement des procédures. Précisément parce que
plus il y a d'autonomie et d'intelligence qui s'exercent
dans l'activité, plus on va inventer des procédures.
D'une certaine façon, et ce sera la version noire, il
arrive parfois où l'appel aux normes ISO par exemple est
une volonté de ramener de la procédure et de ramener au
travers de l'exigence de qualité à des modes de
fonctionnement taylorien sur les nouvelles technologies.
Cela dit, on peut imaginer là c'est qu'à un moment
donné, ces nouvelles technologies vont bousculer ces
lignes de résistance.
Réaction à Paris : En effet, ce qui nous
a été présenté dans le second reportage, c'est
quelque chose d'assez rose, d'assez positif, avec une
jolie musique, une dame qui se balade d'un employeur à
un autre.
Ce qui est très important, dans le cas des secrétaires
en temps partagé à Angers qui nous a été présenté,
c'est que le dispositif est encadré. C'est-à-dire qu'il
y a quelqu'un, une organisation qui s'est occupée de
former, de motiver les chefs d'entreprises et donc de
faire le lien et de voir un petit peu comment cela se
passe. Mais sans cet encadrement, on peut aussi avoir de
nouveaux esclaves qui ouvrent leur petit portable, qui
ont des contrats, puisqu'ils sont obligés d'avoir des
marchés, qu'ils vont négocier pied à pied, pour lequel
on leur payera un certain nombre d'heures qui peut-être
en fait sont mal évaluées. Ils ont besoin en fait de
faire beaucoup plus d'heures pour faire la même mission
et puis peut-être qu'ils font beaucoup de missions et
puis avec leur portable ils peuvent même travailler la
nuit chez eux. On peut avoir des gens qui travaillent
pour des tous petits salaires. Alors effectivement ils
sont indépendants, ils ont un boulot ce qui est
évidemment quelque chose mais dans quelles conditions de
travail ils vont l'effectuer, en faisant peut être des
transports parce que le patron suivant est à 40 ou 50
km. L'autre version c'est que cela peut aussi créer des
métiers générant de la responsabilité mais de façon
très esclavagiste.
Témoignage à Ploufragan de Monsieur Hervé
Gaillat - Chargé de mission au Crédit Agricole et
chargé d'un site vitrine pour les entreprises de la
région : Nous faisons du commerce électronique
depuis mi-1998. Notre cobaye est une biscuiterie qui fait
des produits bretons également. Aujourd'hui, plus
personne n'ignore les enjeux du commerce électronique à
mon avis. Pour un commerçant, il s'agit d'agrandir sa
zone de chalandise et puis de gagner des clients et
surtout d'augmenter son chiffre d'affaires. Donc les
enjeux sont parfaitement clairs. Plusieurs questions se
posent quand même à un commerçant qui veut démarrer
dans le commerce électronique. La première c'est
d'abord bien sûr à quel coût ? Alors j'aurais
bien du mal à répondre à cette question. Je dirais, en
ouvrant largement la fourchette, que cela va de quelques
dizaines de milliers de francs à quelques centaines de
milliers de francs selon l'ambition du commerçant. Le
principal poste de coûts étant la confection des images
pour valoriser les produits qui sont à vendre.
La deuxième question que peut se poser un
commerçant : quelle est la compétence dois-je
avoir pour faire du commerce électronique ? Là
encore, il ne faut pas se tromper. Ce n'est pas une
compétence technique qu'il va falloir au commerçant
mais plutôt une compétence dans la valorisation de ses
produits ou des services qu'il souhaite vendre sur le
réseau. Bien cerner ce qu'il veut faire, bien cerner ses
objectifs et à partir de là plutôt que de chercher à
gagner en compétences, s'adresser à un professionnel
capable de lui faire quelque chose de bien qui soit une
vitrine, qui soit efficace et regardé.
La troisième question que peut se poser un
commerçant : comment attirer les visiteurs ?
Et c'est une question fondamentale parce que bien entendu
on ne fait du chiffre d'affaires que si on a des clients.
Pour cela, il faut soigner particulièrement la
présentation du commerce et choisir l'endroit où l'on
va faire héberger.
Enfin, la quatrième question à se poser est la
rentabilité, c'est-à-dire suivre un peu l'évolution
des flux des visiteurs sachant qu'aujourd'hui pour 10
paniers commandés il y a 100 visiteurs.
Voilà un peu les grandes questions qui se posent pour le
commerçant. Mais nous avons également d'autres types
d'interrogations autour de l'activité de commerce
électronique. La première interrogation bien sûr c'est
l'équipement des particuliers et bien que des grandes
surfaces proposent encore la semaine dernière du
matériel à 2.990 Fr., on constate que la pénétration
des micro-ordinateurs dans les foyers reste encore
hypothétique aujourd'hui, donc tant que les foyers ne
seront pas équipés, on n'avancera pas plus vite
qu'aujourd'hui.
Enfin, la deuxième interrogation que l'on a lorsqu'on
fait du commerce électronique c'est la sécurité de
paiement. Mais là on peut être un peu plus optimiste.
Tous les banquiers et tous les opérateurs de réseaux se
penchent sur ce problème tant du point du vue du
cryptage que du point de vue des solutions de contrôle
des outils de paiement bancaire, on pense qu'à la
mi-1999 on aura des solutions stables et des solutions un
peu meilleures que celles d'aujourd'hui.
Enfin, quelle évolution ? Et là les données des
dernières enquêtes des USA sont un peu inquiétantes,
disons surprenantes. Surprenantes parce que quand on dit
« commerce électronique » tout le monde
pense à la mondialisation, c'est-à-dire toucher des
clients qui sont au Japon, à New York
Or, il se
trouve que la dernière enquête faite aux USA montre que
la plupart des achats sont faits par des clients qui sont
dans un périmètre de 35 km autour des magasins qui font
de la vente par correspondance. C'est surprenant et c'est
probablement un deuxième stade d'évolution.
Une autre interrogation qu'on peut avoir, c'est la
maniabilité des outils, comment je peux, par exemple,
faire une promotion, mettre en avant un article pour
quelques jours. Là on fait également beaucoup de
progrès techniques dans les outils pour donner des
réponses à ce genre de questions.
En conclusion, c'est une activité qui est en pleine
évolution, les progrès sont très rapides et il nous
manque peut-être quelques outils de formation et de
sensibilisation. Peut-être que dans ce domaine là les
chambres des métiers ont une ouverture et une piste à
suivre pour mettre en place des formations, pour aider
les jeunes commerçants et les jeunes artisans à
accéder au commerce électronique plus facilement.
Christian Celini : La plupart des gens que
nous voyons à la Cité des métiers, ceux qui sont
demandeurs d'emploi et même ceux qui sont demandeurs de
formation, n'ont peut-être pas compris que les nouvelles
technologies de l'information vont bouleverser le monde
de tous les jours et surtout le monde professionnel parce
qu'ils ne sont pas dans le circuit. Ils n'ont pas cette
capacité d'auto-réaction et autoformation, ils n'ont
pas la capacité de voir quels sont les changements ou
les micro-changements qui peuvent arriver demain dans le
travail. Alors, que fait-on pour ces gens ?
Vincent Merle : D'abord je pense que de
plus en plus de gens, même des demandeurs d'emplois, des
gens privés de travail, ont conscience qu'il y a une
mutation de fond dans les activités de travail et qu'ils
devront progressivement s'y adapter. En tous cas, s'il
n'en ont pas pris conscience, très vite, quand ils se
présentent à un employeur, cette conscience vient à
l'esprit parce qu'on commence par leur demander :
« est-ce que vous savez manipuler tel ou tel
logiciel ? ». S'ils ignorent y compris ce qu'est un
logiciel, ils mesurent vite à quel point ils risquent de
rester sur les franges du marché du travail.
Quant au type de réponse que l'on peut apporter, il n'y
en a pas de toute faite bien évidemment. On voit en tous
cas que les réponses classiques, qui consiste à dire
« on n'a qu'à former les chômeurs en les mettant
dans des stages informatiques » est une réponse
qui est totalement à côté de la plaque. Je ne dis pas
qu'il ne faut pas le faire de temps en temps. Je trouve
anormal qu'on ne fasse pas systématiquement au niveau
des régions, au niveau des territoires des efforts pour
développer un accès simple de tous, à travers des
ateliers pédagogiques, à un minimum de capacité à
manier un outil informatique. Ca c'est tout à fait
anormal.
Au-delà de çà, je pense que les réponses sont des
réponses de type « apprentissage en situation de
travail ». Les types de comportements, les types de
réflexes qu'il faut avoir pour être à l'aise dans ces
nouveaux environnements de travail sont des choses qui
s'acquièrent parce qu'on est en situation et pas
forcément parce qu'on est dans une situation
pédagogique. Là encore, çà change la manière de
former et çà change la nature des programmes, des
dispositifs que peuvent être amenés à imaginer les
pouvoirs publics pour répondre à ce type de questions.
Je crois qu'il ne faut surtout pas relâcher l'effort. Il
ne faut pas cesser de former bien entendu mais il faut
former autrement et peut-être accepter de jouer un
partenariat plus fort entre organismes de formation et
entreprises pour mettre des gens dans des situations de
travail. Ceci afin qu'ils puissent mesurer eux-mêmes et
avoir une conscience plus aiguë de leur déficit en la
matière, retrouver le goût d'apprendre ces choses là
et puis trouver petit à petit par des biais divers les
éléments d'information dont ils ont besoin.
Je terminerai par cet exemple connu de tous. Combien de
stages de secrétaires en informatique ont été mis en
place alors que le matériel n'était pas encore là. On
les forme pendant 4 ou 5 jours à je ne sais quelle
version d'un logiciel de traitement de texte puis on leur
dit « revenez à votre travail et puis dans 2 ou 3
mois, quand le matériel sera là, vous utiliserez vos
connaissances ». Résultat : nul. En revanche,
les secrétaires qui travaillent ou mangent ensemble à
la cantine, s'échangent des savoirs entre elles, se
passent des tuyaux et acquièrent de l'agilité quant au
maniement de l'outil informatique. Ce sont donc de tout
autres manières de former et je dirais presque un tout
autre rapport au savoir qu'il faut avoir.
Intervention à Milan : Je suis
institutrice et je ne partage pas cette vision de l'outil
informatique. L'informatique est à mon avis un moyen
pour renforcer la créativité, l'autonomie, le
caractère professionnel de chacun d'entre nous et la
caractérisation des relations individuelles et du
travail d'équipe.
Encore un point que je voulais soulever, le Ministère de
l'Education publique italienne s'est engagé, à partir
de l'école maternelle, à donner un micro ordinateur à
chaque élève. C'est donc ici que nous avons le plus de
possibilités de substitution à l'obsolescence qui
représente un peu le grand problème de l'école
d'aujourd'hui.
Vincent Merle : Sur la formation initiale,
je crois qu'il y a une forme de familiarisation avec
l'outil informatique qui est le fait des générations
qui montent. Donc un certain nombre d'inaptitudes,
d'incapacité face à l'outil informatique semblent plus
le fait d'adultes que des jeunes.
Ce qui me frappe dans votre intervention, c'est ce que
vous dites sur le caractère contradictoire de
l'incidence des nouvelles technologies sur le taylorisme
et sur l'organisation du travail. Je crois qu'il n'est
pas question de récuser cela, le mouvement est bien
contradictoire, il faut avoir çà en tête. Il entraîne
à la fois un certain nombre de déqualifications et de
parcellisations des tâches et dans le même moment des
formes d'enrichissement et de complexification des
tâches. On ne peut pas nier l'une des ces deux facettes,
elles sont je crois nécessaires en tous cas dans la
phase actuelle de développement des nouvelles
technologies de l'information et de la communication.
Olivier Las Vergnas : Cela plaide-t-il
pour la mise en place d'un énorme appareil
d'accompagnement ?
Vincent Merle : Oui c'est évident à
condition que l'accompagnement ne soit pas quelque chose
que l'on place à côté mais que ce soit bien quelque
chose qui soit placé au cur de la réalité de
l'entreprise. Madame nous évoquait tout à l'heure la
nécessité d'avoir un formateur ou un accompagnateur
mais ce n'est pas quelqu'un qui est dans une sorte
d'entreprise spécialisée, un centre de formation où on
enverrait des gens se former. Il doit suivre la
transformation de l'introduction des nouvelles
technologies, la transformation de l'organisation et
petit à petit y préparer les individus, modifier les
procédures en fonction de l'évolution des technologies
et donc préparer l'entreprise à fonctionner autrement.
|
Reportage
Vouloir se préparer aux métiers de l'électronique
tout en étant loin des centres de formation n'est pas
forcément un problème.
L'AFPA Longwy a mis au point un système permettant
aux stagiaires de se former à domicile. Matériel
indispensable : un ordinateur bien sûr mais aussi
de part et d'autre une caméra pour se voir et s'entendre
et pour être tout à fait complet, une mallette
d'électronicien pour effectuer des montages. Car
accéder au cours ne suffit pas, dans ce type de
formation, il faut valider les savoirs par l'exercice
pratique. Aussi l'ordinateur des stagiaires est-il en
même temps un laboratoire d'électronicien : il
intègre tous les appareils de mesure permettant à
l'apprenti électronicien d'expérimenter ses montages et
d'examiner leur viabilité. Ce système permet ainsi à
des salariés ou des demandeurs d'emploi
géographiquement isolés d'accéder à distance à des
formation techniques exigeant de tester concrètement les
savoirs.
Olivier Las Vergnas : Avec ce reportage,
nous avons vu comment on peut faire entrer la formation
chez soi et pas seulement une formation théorique mais
bien dans des domaines extrêmement techniques.
En fait ces systèmes de formation à distance sont en
train de se développer largement.
Témoignage de Monsieur Le Coz, formateur au
Crédit Mutuel de Bretagne : Nous travaillons
sur le dispositif « Formation continue et à
distance ». Afin de mettre en place cette formation
à distance, le Crédit Mutuel de Bretagne s'est appuyé
sur l'apport du multimédia, des nouvelles technologies
et sur son expérience en termes de formation. Nous avons
utilisé ce savoir-faire pour le transposer au niveau de
la formation à distance en tant que formation
décentralisée. Nous nous appuyons très largement sur
un formateur de terrain qui est amené à répondre aux
besoins d'une dizaine d'agences locales. Le dispositif
fait appel à un poste dédié qui se trouve en agence
donc sur le lieu de travail. On l'appelle
« dédié » parce qu'il est spécialement
réservé à la formation et qu'il sera dans un local
séparé de l'espace clientèle. La personne pourra donc
s'isoler pour entrer dans son parcours de formation. Je
dis « entrer dans son parcours de formation »
parce que la personne dispose sur son ordinateur d'un
parcours individualisé de formation qui est réalisé à
partir d'un positionnement initial. Pour réaliser ce
parcours, elle a à sa disposition toutes nos ressources
formatives et tout un système d'échanges de travaux
avec son formateur : des échanges de documents,
d'exercices mais également des échanges de séquences
numérisées ou de séquences vidéo. Bien sûr, je ne
parle pas de tout ce qui est messagerie, forum, qui sont
à disposition pour une co-construction des séquences.
Nous allons bientôt passer à 200 postes, c'est-à-dire
qu'on va généraliser le système à partir de fin 1999
et nous avons comme partenaire sur ce projet le Fonds
social européen.
Nous avons rencontré quelques difficultés pour mettre
un tel Intranet de formation en place. Tout d'abord des
difficultés stratégiques c'est-à-dire que nous
souhaitions avoir un logiciel qui correspondait
exactement à la stratégie de formation de l'entreprise.
Avec celui-ci nous sommes tout à fait satisfaits car
nous sommes complètement autonomes dans la gestion des
ressources ce qui est très important pour pouvoir faire
appel à différents partenaires ou pour pouvoir rentrer
des données à terme. Nous avons également voulu
régler le problème pédagogique. On s'est aperçu tout
de suite que la base documentaire n'était pas une bonne
base formative, c'est-à-dire qu'il y a eu un gros
travail pour remettre en forme tous les documents pour
qu'ils soient vraiment efficients en termes de formation.
La troisième difficulté que nous avons rencontrée ces
derniers mois est d'ordre opérationnel. C'est-à-dire
que les personnes sont sur le lieu de travail, je
rappelle qu'elles doivent simplement monter un étage
pour aller se former et pour elles c'est tout à fait
nouveau. Autrefois, elles faisaient 200 km pour suivre
des formations centralisées ou 40 km pour des formations
décentralisées. Là, elles vont se trouver dans un
bureau et pour se mettre en contexte de formation, ce
n'est pas toujours simple, il faut également que les
équipes à côté l'acceptent.
A côté de çà, je dirais que les enseignements sont
nombreux et extrêmement enrichissants. Tout d'abord
cette formation à distance nous permet d'avoir une
approche modulaire, c'est-à-dire que la formation
répond exactement aux rythmes de l'agence. On peut
imaginer la première semaine une surcharge d'activité
dans notre agence. Au lieu de passer 2h30 sur son plan de
formation, la personne ne pourra peut être y passer
qu'une heure et demi. En revanche, la 3e ou la 4e semaine
seront peut être un peu moins dense en termes
d'activité, la personne pourra passer 4 heures en
formation puisque son plan l'aura attendue et elle pourra
prendre contact avec un formateur. Il faut bien noter que
le formateur décentralisé va suivre une dizaine
d'apprenants sur les postes à distance. On cherche donc
un peu si on veut le « juste contenu, juste à
temps », on en parle beaucoup actuellement.
C'est une formation diablement efficace. Si je dis
qu'actuellement elle est intégrée sur le lieu de
travail et qu'il y a une petite révolution
comportementale, à côté de çà je crois que cela va
apporter beaucoup de choses. Le fait que cette formation
se fasse sur le lieu de travail implique que nos
salariés vont être beaucoup plus exigeants
c'est-à-dire qu'il faudra que cette formation réponde
exactement à la problématique. On passe plutôt d'une
formation je dirais pyradique à une formation
événementielle qui doit répondre exactement aux
besoins de la personne. Je dirais même que ça va plus
loin. Dans leur parcours pédagogique, les personnes ont
des capacités à travailler mais elles vont tout de
suite les mettre en application en termes de compétences
sur le lieu de travail et ça c'est très intéressant.
Pour ce faire nous avons un troisième acteur qui est le
tuteur qui est présent en ligne afin que tout ceci soit
réalisé et que le contrat soit complet.
Sur le plan cognitif cela peut apporter beaucoup puisque
autrefois nous avions une approche tout à fait
générale de la formation. Là on s'aperçoit que tout
en gardant un parcours structurant pour être sûrs
d'avoir un parcours balisé et faciliter l'apprentissage,
on va, grâce au multimédia satisfaire les personnes qui
ont une approche plus intuitive, c'est-à-dire qui ont
besoin de quelques éléments par-ci par là pour
construire leur savoir. Même si on n'y est pas encore,
à terme le dispositif le permettra.
Olivier Las Vergnas : Je vous propose de
regarder un dernier reportage sur la formation. Nous
allons dans le Gers pour voir comment un groupement
d'employeurs confrontés à des problèmes de formation a
pu utiliser un dispositif monté par l'Académie de
Toulouse et soutenu par l'initiative communautaire ADAPT.
Reportage
Souvent isolées, les coopératives et entreprises
agricoles connaissent de vraies difficultés d'accès à
la formation..
Pourtant, touchées par un environnement technologique
en mutation, elles ont besoin de faire évoluer les
compétences de leurs salariés. La particularité de
leur activité : le travail saisonnier, implique
également une diversification de ces compétences pour
maintenir l'emploi toute l'année. Afin de répondre à
ces exigences et lever l'obstacle, la DAFCO/CAFOC de
Toulouse en coopération avec le réseau des GRETA a
décidé de décentraliser la formation en maillant la
région Midi-Pyrénées de 55 lieux d'accès aux centres
de ressources.
Situées à quelques kilomètres des entreprises, ces
antennes SARAPP (site antenne rurale de l'atelier de
pédagogie personnalisé) offrent aux salariés un
service de formation ouverte tutorée à distance par les
formateurs des GRETA. Elles mettent à leur disposition
un ordinateur assorti d'un système visio : système
qui leur permet à la fois d'accéder aux cours et
d'entrer en contact avec leur tuteur. La présence d'un
médiateur dans chaque antenne SARAPP complète ce lien,
s'assurant du bon déroulement de la séance, il peut
identifier les difficultés rencontrées par le stagiaire
et le signaler au formateur. S'introduisant ainsi en zone
rurale, la formation ouverte et à distance facilite
l'apprentissage et uvre au maintien de l'emploi et
de l'employabilité des salariés. Dans le même temps,
le dispositif technique qu'elle nécessite ainsi que le
maniement des outils qui l'accompagne en favorise
l'appropriation par les stagiaires.
Olivier Las Vergnas : Monsieur Mike Jones
vous venez du Pays de Galles, à côté de Cardiff et
vous êtes aussi impliqué dans des projets de formation
à distance dans votre pays. Pouvez-vous nous dire ce qui
se fait au Pays de Galles dans le domaine de la formation
en milieu rural ?
Mike Jones : Nous avons 5 projets en ce
moment sur ce sujet. Un projet avec un chef de radio qui
aide les femmes des fermiers. Nous avons également un
centre mobile qui va de commune en commune et où on peut
recevoir une formation sur les ordinateurs. Nous aussi
avons réalisé un CD-ROM sur le commerce électronique
pour les PME. Nous avons commencé de la formation par
vidéo conférence pour l'industrie du tourisme afin
d'aider les petits opérateurs du tourisme. Nous avons
également constitué une base de données de plusieurs
matériaux de travail à distance.
Olivier Las Vergnas : Alors en Bretagne,
je crois que vous avez dans la salle un salarié du
Crédit Mutuel de Bretagne qui utilise le système de
formation à distance dont Monsieur Le Coz nous a parlé.
Peut-on cette fois avoir sa réaction en tant
qu'utilisateur, c'est-à-dire personne qui est formée
sur son lieu de travail.
Christine Fourchet : Je suis salariée du
Crédit Mutuel de Bretagne et j'utilise régulièrement
le système de formation Force 10 depuis 6 mois à raison
de 2 à 3 heures par semaine. Le plus difficile pour moi
est de trouver le temps d'aller sur le poste Force 10 et
de suivre mon plan de formation qui est personnel. Ce
plan de formation se décompose selon différents
modules, les premiers modules permettent d'expliquer le
fonctionnement de Force 10 à savoir comment suivre le
plan de formation, où aller chercher les ressources et
comment effectuer les exercices. Je n'ai pas rencontré
de difficultés particulières pour suivre la formation.
Le seul inconvénient pour moi vient du fait que l'on n'a
pas le contact relationnel que l'on a lors d'une
formation traditionnelle.
Olivier Las Vergnas : Mike Jones, les PME
sont-elles intéressées par le développement des
formations à distance ?
Mike Jones : Nous avons fait une recherche
sur les entreprises afin de connaître leurs capacités
à utiliser les nouvelles technologies. C'est vrai que la
capacité n'est pas élevée. Seules 3 %, d'entre elles
ont accès à la vidéo conférence, 25 % ont la
connexion à Internet, 44 % disposent quand même d'un
ordinateur et 8 % ont un accès à l'ISDN
Il y a une déficience de technologies je pense. Au cours
de notre étude, nous avons demandé quels types de
métiers souhaitaient une formation. La plupart (33%)
veulent une formation spécifique à leur travail, 17%
cherchent de la formation sur la sécurité. Pour 13 % il
s'agit de l'informatique, pour 11% de compétences de
management, pour 9% de la relation clientèle. Il est
très important que les matériaux développés
répondent aux besoins des PME.
Olivier Las Vergnas : On parle beaucoup en
ce moment de la formation tout au long de la vie. Il y a
d'ailleurs un livre blanc européen sur cette question.
On sait que l'équipe de Nicole Perry prépare
actuellement la nouvelle loi sur formation
professionnelle autour de cette idée là. Vincent Merle,
vous qui êtes au cur de ce travail, quelle place
ces dispositifs de formation à distance tiennent-ils à
l'intérieur de cette idée de formation tout au long de
la vie ?
Vincent Merle : Une place importante
assurément. Je crois qu'on ne peut pas réfléchir au
devenir de la formation professionnelle et au système de
règles qui aujourd'hui enserrent ces activités de
formation sans y introduire l'hypothèse du
développement des nouvelles technologies. Mais je crois
qu'il faut aussi s'interroger sur ce que l'on cherche à
travers ces nouvelles technologies. Il y avait une
réponse simple qui apparaissait à travers les
témoignages et qui vient spontanément à l'esprit,
c'est d'abord essayer d'abolir la distance. Permettre
quand on est en zone rurale, permettre quand on est une
petite entreprise éloignée des centres de formation de
former malgré tout ses salariés. Derrière cela il y a
évidement les questions de coûts. Là, les nouvelles
technologies sont une commodité. Commodité dont
certains disent, je le constate, qu'il y a quand même
une déperdition. C'est plus commode mais la présence
physique du formateur serait quand même peut-être plus
agréable.
On va sans doute un petit peu plus loin quand on touche
à la question de l'accessibilité, de la souplesse
d'accès à l'information et à la formation. Autrement
dit, on voit bien que ce que permettent les nouvelles
technologies ce n'est pas seulement d'abolir la distance.
C'est aussi que chacun, au moment où il éprouve le
besoin d'avoir une formation décisive, d'avoir une aide,
un appui pour résoudre un problème, peut y accéder.
Alors s'il doit attendre 5 ou 6 mois parce que le
prochain stage est prévu dans 5 ou 6 mois, bien
évidemment çà change la nature des choses. A travers
ce deuxième élément, l'accès à l'information,
l'accès à la formation à tout moment, on voit bien que
c'est petit à petit une représentation même de la
formation qui est en train de changer. C'est çà qu'on
redécouvre, cette chose qui pourtant aurait du rester
évidente dans nos têtes, c'est qu'on se forme d'abord
en agissant. On ne se forme pas d'abord en apprenant des
connaissances qu'ensuite on applique, on agit et donc on
apprend. Mais à un moment donné, l'action par
elle-même ne suffit pas. On bute sur une difficulté et
là il va falloir faire un détour et si on doit attendre
6 mois ou ne serait-ce que 3 semaines pour avoir
l'élément de connaissance théorique qui va vous
permettre d'avancer, il ne se passe rien. Donc là
l'accessibilité petit à petit nous oblige à porter un
regard un peu nouveau sur la façon dont se déroulent
les processus d'apprentissage ou, pour parler dans un
langage peut-être un peu plus moderne, dont s'opère la
production des compétences dans l'entreprise.
Donc, incontestablement, c'est une voie qu'il faut
développer. D'ailleurs, il y a des programmes européens
mais aussi des programmes français qui permettent de
soutenir financièrement des initiatives de ce type
notamment un programme comme le programme FORE. J'ai
envie malgré tout de faire une réserve. Souvenez-vous
il y a encore une vingtaine d'années, pour ceux qui
commencent à être un petit peu âgés, quand on a sorti
les premiers disques en vinyle pour apprendre l'anglais
avec la méthode « x » du type :
« répétez après moi : My taylor is
rich », puis le disque s'arrêtait, il y avait un
blanc. Tout le monde était persuadé qu'on allait
apprendre l'anglais avec une extrême facilité grâce à
cette nouvelle technologie. Je crois qu'on trimbale comme
ça un certain nombre de mythes sur la capacité des
nouvelles technologies de l'information et de la
communication à multiplier les savoirs, à faire
accéder tout le monde au savoir. Soyons prudents et en
particulier parce qu'il y a un principe dont il ne faut
jamais se départir, c'est qu'il n'y a pas
d'apprentissage sans désir d'apprendre. Et quand je dis
désir d'apprendre, je dis désir d'apprendre au double
sens du terme. Désir de celui qui apprend à l'autre de
faire partager son savoir et désir de celui qui est en
train de se former d'acquérir des connaissances
nouvelles pour gagner en autonomie. Et ce désir
d'apprendre, il se passe à travers une relation et le
simple obstacle d'un écran, la voix déformée, le fait
que l'on n'est pas ensemble, déjà çà casse quelque
chose dans ce désir d'apprendre. D'ailleurs l'AFPA nous
l'a bien dit : « on va former à distance mais
d'abord on commence par mettre les gens ensemble ».
On crée du lien social, on crée du désir d'apprendre
et après la nouvelle technologie vient comme un appui.
Je crois qu'il y a là un élément qui est tout à fait
décisif.
Et puis enfin, n'oublions pas non plus que se former, ce
n'est pas seulement acquérir des connaissances
supplémentaires, c'est aussi prendre ses distances par
rapport à l'action, c'est aussi ce moment de recul qui
est souvent essentiel pour qu'on ne soit pas dans une
relation complètement stressée à son travail. Et là
la dimension collective, la dimension du formateur qui
n'est pas simplement un transmetteur d'informations, est
essentielle. Donc, les nouvelles technologies de
l'information et de la communication pour la formation,
oui, mais soyons très attentifs à ce que certaines
formes pédagogiques, qui ont beaucoup progressé ces
dernières années, subsistent voir même se développent
parallèlement à ces nouvelles.
Intervention à Paris : J'ai une petite
remarque. Il y a plein de modes de formation
actuellement, de la formation à distance jusqu'à la
formation en alternance, c'est-à-dire dans une situation
réelle. Mais le problème qui se pose actuellement se
situe au niveau de l'évaluation des compétences. Je
crois qu'il faut discuter dans le sens où il faut bâtir
ou établir plutôt les dispositifs de certification de
compétences plutôt que le mode de formation. C'est ce
qui compte je crois, quel que soit le mode de formation,
il faut définir les compétences, il faut les
normaliser, voire les internationaliser, c'est-à-dire
avoir un aspect normatif puisque nous sommes en
globalisation et en internationalisation des marchés.
Vincent Merle : Je pense que cette
question pose un problème qui est effectivement tout à
fait central. Tant que nous assimilons des actes de
formation, essentiellement l'assimilation de
connaissances, la question de la validation qu'on vient
d'évoquer se pose en des termes relativement simples
parce qu'on peut vérifier que les connaissances sont
là. Or, nous venons de le voir, les formations avec les
nouvelles technologies de l'information et de la
communication et les transformations de l'organisation du
travail consistent à acquérir des compétences. On ne
sait pas très bien ce qu'elles sont d'ailleurs, mais des
choses complexes qui sont du savoir mis en situation par
exemple. Là la validation est beaucoup plus difficile.
Il faut, malgré tout, développer des systèmes qui
permettront que ce que l'on a acquis soi même dans la
situation de travail, parfois parce qu'on se sera
auto-documenté avec les nouvelles technologies de
l'information et de la communication, mais parfois aussi
en centre de formation, il faut que tout cela soit
reconnu, repérable, que cela ait une certaine valeur sur
le marché parce qu'il y a des signes qui fonctionnent
bien. Les signes dont parlait tout à l'heure Yves
Lasfargue qui renvoient au niveau. J'ai BAC-x, j'ai
BAC+x, çà ce sont des signes qui fonctionneront de
moins en moins. Donc, il en faut d'autres à la place.
J'attire cependant l'attention sur une difficulté qui me
paraît très importante. Implicitement dans notre
discours, depuis le début de cette émission, on fait
comme si dès que l'on parle de compétences liées aux
nouvelles technologies, il s'agissait de traits
psychologiques, de choses très personnelles qui touchent
au fond à la façon dont l'individu a construit les
choses. Certes, il y a bien cette dimension là, on voit
bien que ce sont des choses parfois très transversales,
une aptitude à travailler en groupe, une aptitude à
s'organiser. Mais méfions-nous parce que je crois qu'une
compétence s'exerce toujours par rapport à un contenu.
Il n'y a pas de savoir qui flotte dans l'air, détaché
d'un contexte ou détaché d'un objet. Cela se réfère
immédiatement à la question de la validation que vous
avez posée. Parce que si on fait des référentiels de
compétences par exemple pour valider la formation, et
que ces référentiels, consistent à découper les
activités de travail en un certain nombre de traits
psychologiques, à mon avis nous prenons une fausse voie.
Prenez une même situation de travail mise en uvre
par des individus aux profils psychologiques très
différents, ils sont parfois tout aussi performants.
Donc si on réduit la performance dans l'activité de
travail simplement à une somme de traits psychologiques
et si on vide la compétence de son contenu en activité
de travail, je crois que nous empruntons une fausse voie.
C'est un chantier énorme qui soulève des problèmes
méthodologiques considérables surtout si comme
l'appellent vos vux, il faut aboutir à des formes
de validation et de certification internationales Je
crois que nous n'en sommes malheureusement pas encore
tout à fait là.
Intervention : Une remarque un peu
générale et une question. La remarque générale :
à plusieurs reprises dans l'après-midi, il a été
évoqué l'ambivalence de la société de l'information,
le fait qu'elle peut être porteuse à la fois de sources
et de risques. Il me semble que cela renvoie très
directement au sens de la société de l'information et
au sens des pratiques sociales mises en uvre. Je
m'explique très brièvement. Je crois que les divers
témoignages et les divers reportages que l'on a vus sont
assez illustratifs de ca. Quelle place finalement occupe
la personne, la personne pouvant être alternativement,
successivement ou simultanément le salarié, le
consommateur, l'utilisateur, le formé, le formateur,
dans le développement de la société de l'information.
Par rapport à çà ma question est : existe-t-il
aujourd'hui des études sérieuses faites en direction de
la personne elle-même pour essayer d'appréhender la
façon dont, en tant que personne et compte tenu de la
position qu'elle occupe, elle pourrait ou souhaiterait
mettre à profit la société de l'information et les
nouvelles technologies pour, peut-être, intervenir et
agir autrement. Il me semble qu'actuellement, les études
dont modestement je peux avoir connaissance, sont
beaucoup plus centrées autour de l'entreprise et de ses
besoins que de la personne sauf s'il s'agit d'examiner la
personne en réponse aux besoins de l'entreprise déjà
cernée.
Vincent Merle : J'avoue ne pas avoir la
réponse mais j'ai simplement envie de dire à Monsieur
la chose suivante. Si études il doit y avoir, il faut
qu'elles soient répétées très régulièrement parce
que je suis absolument frappé par la vitesse
d'évolution des comportements.
Il y a encore quelques années de cela, les individus
considéraient que les distributeurs de billets à carte
bleue étaient quelque chose de très déroutant. Il y a
quelques mois, un certain nombre de gens considéraient
que l'accès au téléphone mobile était quelque chose
d'assez perturbant. Tout cela rentre dans les murs
à une vitesse très très forte et les études devraient
être au fait des études de panels qui permettent de
voir comment, dans le temps, le comportement de chacun
évolue à une vitesse qui est parfois tout à fait
étonnante.
Olivier Las Vergnas : Cela renvoie à un
élément complémentaire : quel lien entre
formation professionnelle et culture technique ?
Nous sommes ici dans la Cité des Sciences et de
l'Industrie dont la mission n'était pas, à priori à la
naissance, une mission de formation professionnelle.
Simplement, on voit à quel point l'action d'un lieu
culturel, en particulier évidemment dans le domaine
scientifique et technique, doit aiguiller un dispositif
de formation professionnelle. Cette séparation
historique entre des lieux de culture et des lieux de
formation est effectivement nettement dépassée par
l'accélération des rythmes technologiques.
Intervention à Milan : Nous voulions
reprendre ce que Monsieur Merle nous disait il y a
quelques minutes en ce qui concerne la difficulté de
quelques ateliers en termes de formation. Nous avons une
personne qui vient de Lisbonne, de l'Institut pour le
développement de la formation professionnelle. C'est une
structure qui fait de l'assistance technique au projet
ADAPT.
Je voulais soulever une remarque en ce qui concerne la
flexibilité de l'organisation du travail. Par exemple,
tous les nouveaux emplois créés par les nouvelles
technologies de l'information, ces technologies
concernent les salariés mais aussi les travailleurs
indépendants ou autonomes. Vous savez que ces
travailleurs doivent faire face à la mise à jour, à la
formation individuelle. A cause du type de contrat, ces
travailleurs surtout ceux qui ont peu de qualification
par exemple, qui n'ont pas de diplôme, doivent pourvoir
individuellement à leur formation. Donc, il ne faut tout
simplement pas oublier ces personnes qui sont obligées
de faire une auto-formation sans être payées.
Intervention Belfort : Je suis chargée de
missions « Insertion professionnelle » à
l'Université de Franche Comté. Je voulais rebondir sur
l'auto-formation. Je pense que les nouvelles technologies
sont un outil complémentaire à toutes les formations
qui existent dans notre société et c'est un outil
complémentaire et intéressant pour les personnes qui
ont accès de cette manière aux bibliothèques du monde
entier par exemple.
Je voulais également rebondir sur l'aspect faire le lien
entre les nouvelles technologies, l'emploi et le travail
d'aujourd'hui puisqu'en fait c'est vrai que çà
transforme complètement notre manière de travailler.
Nous utilisons quotidiennement les nouvelles technologies
par le biais d'Intranet, d'Internet ou de messageries
électroniques et nous travaillons quotidiennement sur le
niveau local ou international.
Intervention à Belfort : Je voudrais
réagir par rapport aux formations et même par rapport
au 1er film diffusé. Je ne voudrais pas qu'on finisse
notre session sans revenir sur le côté formation aux
nouvelles technologies et connaissances des nouvelles
technologies. J'ai rencontré dernièrement un
responsable d'ANPE qui m'a dit « il faut des
formations dans les nouvelles technologies, donc on a mis
en place un stage de 50 heures pour les chômeurs longue
durée sur l'apprentissage du langage HTML et ils n'ont
pas été engagés, comment çà se fait ? ».
Nous, nous formons des ingénieurs informaticiens en 5
ans, après le BAC et je vous assure que si on en formait
1.000 de plus dans les universités de technologies, on
les placerait aussi puisqu'on n'arrive pas à répondre
à la demande d'ingénieurs en informatique. Ca veut dire
qu'il faut se former et qu'il ne faut pas leurrer les
gens en disant « çà peut se faire en 5 minutes,
on n'a pas besoin de suivre des formations, c'est le
côté psychologique qui compte
». Ce n'est
pas vrai. Nous, quand quelqu'un veut monter un site, il y
a des budgets énormes d'un million un million et demi.
Ce n'est pas avec 10.000 francs qu'on réalise un site
Web ou alors c'est 3 pages de présentation. Il y a de
l'éditorial derrière, une qualité générale qu'il
faut respecter et cette qualité est dans le
professionnel. Ca met un certain nombre de métiers en
uvre : du journalisme, des ingénieurs
informaticiens etc. Je crois qu'il ne faut pas non plus
leurrer les gens là dessus.
Olivier Las Vergnas : Avant de nous
séparer, je vous propose d'écouter deux témoignages
complémentaires.
Témoignage de Michel Laine - DGV de la Commission
européenne, promoteur et patron du programme ADAPT et du
programme EMPLOI : Nous essayons de piloter à
Bruxelles l'ensemble de ces programmes dits d'initiative
communautaire et je me réjouis au travers de cette
journée, de la qualité et de la diversité des projets
et des interventions que chacun puisse prendre conscience
de l'utilité évidente de ce type de programme.
Ma première conclusion au terme de cette journée c'est
qu'il ne faut pas avoir peur de ces nouvelles
technologies de l'information et de la communication.
Elles ne sont ni bonnes ni mauvaises, simplement elles
sont là et elles sont là plus qu'on ne le croit.
Aujourd'hui, dans l'Union Européenne, près de deux
millions de personnes sont déjà des télétravailleurs.
Plus de 80% des foyers danois par exemple disposent et
utilisent activement un ordinateur. Ces nouvelles
technologies sont là comme potentiellement un formidable
accélérateur de tendances qui existent par ailleurs. Je
ne chercherai pas à être exhaustif mais simplement j'en
citerais deux.
Première tendance, c'est l'évolution rapide du contexte
dans lequel les entreprises doivent travailler et
survivre : instabilité des marchés,
raccourcissement du cycle de vie des produits, évolution
des qualifications, recomposition des métiers comme on
l'a fort bien dit.
Autre évolution dont on n'a pas parlé mais qui assez
fondamentale je crois au niveau de l'impact de
l'utilisation des nouvelles technologies, c'est
l'évolution de la démographie des actifs, notamment le
fait que de plus en plus de femmes travaillent et ce
phénomène s'amplifiera encore. Ceci implique une
réconciliation de la vie de travail et de la vie
professionnelle et les nouvelles technologies
représentent certainement un potentiel considérable à
cet égard.
En fait, le principal enjeu c'est de faire des nouvelles
technologies un outil d'égalité des chances pour tous
et non un facteur d'exclusion. Je crois qu'il y a pour
çà au moins trois conditions : une condition de
familiarité, une condition de coopération et une
condition d'écoute du terrain.
Condition de familiarité, ceci vaut surtout au plan des
personnes, il faut absolument susciter des mécanismes de
sensibilisation, de facilitation, donner l'envie à
chacun d'apprendre l'autonomie, d'apprendre à apprendre
avec les nouvelles technologies et à travailler avec
elles.
Condition en matière de coopération : je crois que
cela concerne les rapports entre les différents acteurs
sociaux qu'ils soient publics, privés ou associatifs. Ce
qui fait aujourd'hui choc je dirais c'est la rencontre
entre un formidable outil de communication et
d'accélération quantitative en tous cas des
informations c'est une culture plutôt individualiste et
centraliste donc ce qu'il nous faut absolument c'est
renforcer les partenariats et les coopérations à tout
niveaux. Au niveau local et je crois que les cités
des métiers sont un remarquable exemple de coopération
entre acteurs au service du citoyen, également entre
entreprises et renforcer les coopérations au-delà du
niveau national, ouvrir les fenêtres. Un programme comme
ADAPT est je crois un outil qui a été fort bien
utilisé à cet égard. Il y a certainement, pour un
français, beaucoup à apprendre de ce qui se fait dans
les pays nordiques.
Troisième outil : l'écoute de ce qui se passe sur
le terrain car nous le savons bien, nous qui gérons ce
type de programme, que ce soit au niveau européen ou au
niveau national, notre plus grande difficulté c'est
d'arriver à transférer vers le niveau politique, vers
le niveau de la prise de décisions politiques toute la
richesse des expériences qui sont menées.
Pour conclure et rester sur un message extrêmement
optimiste, je crois qu'il faut que ce soit le message que
nous lancions tous en direction du citoyen, il n'y a pas
à avoir peur, il n'y a pas à se replier face aux
nouvelles technologies et à se comporter à l'exemple
d'un philosophe romain du Ier siècle Senèque qui disait
« ce ne sont pas les difficultés qui nous
empêchent d'agir, c'est notre manque d'audace qui rend
les choses difficiles ».
Olivier Las Vergnas : En préparant cette
émission, nous avons rencontré Rose-Marie Van
Leerberghe qui est Déléguée générale à l'Emploi et
à la Formation professionnelle. Nous avons balayé
l'ensemble des sujets et elle nous a fait remarquer qu'il
y avait sans doute un dernier aspect encore plus
important que celui de la création d'activités, celui
de l'organisation du travail et de la formation qui est
celui des nouvelles technologies dans la vie quotidienne.
Je vous propose de l'écouter sur cette question là,
celle de savoir comment, aujourd'hui, quand on est en
charge de l'emploi et de la formation, on se rend compte
aussi que l'essentiel est sans doute les nouvelles
technologies dans la vie quotidienne.
Rose-Marie Van Leerberghe : L'obsession
que l'on peut avoir quand on est en charge des problèmes
d'emploi et de formation dans ce pays c'est que ces
nouvelles technologies ce sont des opportunités
formidables. Ca peut aussi, si on n'y prend pas garde,
être un élément aggravant de l'exclusion sociale. Ces
nouvelles technologies, c'est notre vie quotidienne
aujourd'hui, ce n'est pas seulement la vie
professionnelle. On ne peut pas dire « bon, si je
suis retraité, moi je ne suis plus concerné par les
nouvelles technologies » parce que je vais à la
gare prendre le TGV, il y a de moins en moins de
personnes aux guichets, j'ai des bornes interactives.
C'est la même chose pour le Minitel, pour les cartes à
puce. Enfin, ca a envahi complètement notre vie
quotidienne et pas seulement notre vie professionnelle.
Donc, je pense que nous devons en tant que pouvoir public
avoir le souci de faire en sorte qu'il n'y ait pas
d'exclus dans cette société de l'information, donc, de
trouver les modalités pertinentes déjà pour éviter la
peur d'un certain nombre de personnes face à ces
nouvelles technologies, leur montrer que ce n'est pas si
compliqué que çà, qu'elles peuvent y arriver, qu'elles
doivent y arriver. Et là aussi je note qu'il y a
beaucoup d'initiatives dont le programme « service
emploi jeunes » qui a pour objectif de familiariser
des populations je dirais « à risques », que
ce soit l'Education nationale, que ce soit dans les
quartiers, que ce soit vis-à-vis d'un certain nombre de
personnes qui spontanément ont éprouvé de la
réticence vis-à-vis de ces nouvelles technologies et
qui donc risqueraient d'être exclues.
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