Présentation du 25 mars 1999

Formation à distance des personnes handicapées visuelles :
exemple d’une base de données de dessins tactiles

Présentation :

- M. Michel BRIS, formateur au CNEFEI (Centre National d'Etudes et de Formation pour l'Enfance Inadaptée) à Suresnes.

"Méthodologie d'une base de données de dessin tactile modulable ; démonstration d'un multimédia audiotactile"

M. BRIS définit le multimédia audio-tactile et décrit les enjeux d'une base de donnée de dessins tactiles modulables.

Quel usage fait-on de l'image dans la communication sociale ? Une étude a conclu que 80 % de l'information passe par un support imagé. Un élève voyant va consulter, pour chacun des niveaux de sa scolarité, environ 4000 images, et sur l'ensemble de sa scolarité 40 000 images. Une récente étude de la FISAF (association d'établissements spécialisés) n'a pu recenser que 2600 documents graphiques en relief disponibles en France. Sur ces 2600 documents, il n'existe en fait que mille originaux différents. Ceci pour situer les deux pôles quantitatifs du débat.

Au niveau qualitatif il existe également un fort déséquilibre. L'information imagée est de plus en plus visuelle. Les opérations et les métaphores sur lesquelles reposent les interfaces des logiciels et systèmes informatiques sont fondées sur la perception visuelle. Cela facilite le travail des voyants, certes majoritaires, mais complique considérablement l'insertion des déficients visuels. De même, dans le domaine de l'édition scolaire, les illustrations des manuels s'acheminent vers un profond renforcement d'images fondées sur la restitution de la perception visuelle. Les handicapés visuels ont un accès à l'information imagée de plus en plus limité. Il nous appartient de corriger cette évolution de la société et de la communication dans la société.

Quels autres obstacles rencontre le déficient visuel dans son accès à l'information ? Outre les obstacles liés à au handicap même, il existe d'importants obstacles économiques. Le marché potentiel que représentent les déficients visuels est peu important et donc peu intéressants pour les entreprises de l'édition. Une publication spécifiquement adaptée aux handicapés visuels ne concernerait que 60 000 personnes. Les obstacles éducatifs sont également importants : l'accès à l'image étant problématique, le système éducatif qui accueille les déficients visuels a tendance à nier la présence de l'image ou à contourner les difficultés qu'elle représente. Il n'existe pas véritablement d'éducation perceptive associée à des représentations graphiques. La difficulté d'accès à l'image est donc liée à toute une éducation qui n'a pas été faite préalablement.

La formation professionnelle fait jouer l'ensemble de ces paramètres. Les situations dans lesquelles on met un apprenant non visuel dans le cadre d'une formation professionnelle sont concrètes. L'apprenant est fortement invité à se représenter les contenus. Cet aspect incitatif de la formation professionnelle est très positif. Les formes de représentations sont de plus assez standardisées : elles se prêtent bien à une traduction dans un graphisme à relief.

En se plaçant du point de vue des producteurs de documents en relief, que peut-on mettre sur le réseau ? La situation de la traduction de document s'assimile souvent à un problème de traduction. Cela nécessite de travailler sur deux plans, celui de l'expression (les mots employés) et celui du contenu (interprétation). Pour traduire une représentation graphique en relief, il faut changer d'univers de références. La représentation graphique est fondée sur la perception visuelle, laquelle est elle-même fondée sur une modalité de représentation particulière, la projection en perspective. Cela n'a pas toujours été le cas. Généralisée vers le XVème siècle, elle ne correspond pas à toutes les formes de représentations graphiques. Les codes qui lui sont associés sont essentiellement fondés sur le visuel, à savoir la conservation des effets de la lumière, la conservation des effets de la profondeur et des effets de masquage liés à la profondeur etc. Ces marqueurs ne sont pas interprétables par le lecteur aveugle, même s'il a pu voir à une époque de sa vie. Le déficient visuel accède à la connaissance du monde physique par des canaux sensoriels, et tout particulièrement le toucher. L'espace construit à partir du toucher ne correspond en rien à l'espace projectif du voyant. L'espace du voyant est à la fois topologique (y sont conservées les relations entre les objets), et euclidien (y sont conservées les propriétés métriques des choses). Il faut donc transférer le code visuel en code métrique, avec conservation des propriétés géométriques des choses. La cécité implique que le système de références imagées est pauvre par rapport à celui du voyant. Le toucher n'est pas sollicité en permanence par des dessins en relief ou par le réel. Une des compétences à développer quand on interprète un dessin est d'utiliser les références qu'on a pour en trouver la signification. Un voyant a une approche globale des images, il en apprécie instantanément la hauteur, la distance en profondeur, la grandeur. Un aveugle aura lui une démarche analogique où chaque détail prend son importance mais l'un après l'autre. Pour connaître la forme et la dimension d'une pièce, par exemple, il devra faire le tour de tous ses côtés. Il doit ensuite en faire la synthèse pour se forger une image mentale. La perception étant radicalement différente pour un voyant et un non-voyant, il est impossible de donner à lire à la personne déficiente visuelle des codes signifiants et en même temps une idée de la vivacité de l'image. Le CNEFEI a néanmoins entrepris de travailler sur les modalités de représentation qui peuvent être partagées. Si la représentation en perspective n'est pas accessible à une personne aveugle, les modalités de projection de l'espace (comme la projection orthogonale) permettent de donner une représentation équivalente de l'espace pour un certain nombre d'objets. Cette représentation est fondée sur plusieurs vues (de face, de côté, de dessous etc.). A partir du moment où le principe de cette projection est connu par une personne aveugle, elle peut interpréter de manière au moins aussi efficiente que le voyant l'objet et en déduire une représentation mentale de synthèse.

En conclusion, Mme O'FARRELL souligne la bonne volonté, le courage et la ténacité dont font preuve les déficients visuels dans le seul but de s'intégrer. La défiance systématique de l'employeur constitue désormais leur principal handicap. Aux voyants de jouer à présent !

Rédaction : Juliette FOUILLAND - FFFOD

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