Conférence-débat du 21/01/99
Les besoins de formation aux nouveaux métiers du multimédia et de l'audiovisuel
Intervenants :
- M. Bertrand BRANDELY
- M. Jean CORTIAL, GRETA du Velay
- M. Pierre-Laurent CARROLAGGI
- M. Louis GIORSETTI, conseiller en formation continue au GRETA du Velay
- M. Jean-Claude MAROT, responsable de JCM Consultant
- M. Dominique LEVESQUE, consultant spécialisé dans les nouveaux médias
- M. Jacques PEYRONDET, directeur d'ADDEO et Vice-Président d'Aquitaine Multimédia
Et par visioconférence depuis Bordeaux :
- M. PASQUET, formateur au CESI Aquitaine-Poitou-Charentes (développement de formations au multimédia)
- Mme SUPER, directrice d'EURIGE (création et conception de sites web)
- M. LHOUMEAU, secrétaire général d'Aquitaine Multimédia
- M. Michel FERRILLOT, Conseil Régional et président du centre de formation INSUP
- M. COURDILLE, représentant (graphiste et DRH) de la société de jeux vidéo KALISTO
Animation :
- Mme Sally O'FARRELL, vice-présidente du FFFOD (Forum Français pour la Formation Ouverte et à Distance)
Cette rencontre-débat se propose de répondre aux questions d'un public professionnel sur l'évolution des métiers de l'audiovisuel et du multimédia à la lumière de deux témoignages, celui d'Aquitaine Multimédia et celui du GRETA du Velay.
- Aquitaine Multimédia regroupe des industriels de l'information et de la communication, avec le soutien du Conseil Régional d'Aquitaine. De fait, le secteur de l'industrie du traitement de l'information a connu dans cette région un tel développement que les entreprises éprouvent d'importantes difficultés à recruter une main d'uvre qualifiée. Afin de mettre en place une formation adéquate, il faut déterminer les secteurs émergeants de ce marché et les besoins de formation des salariés engagés dans ce milieu professionnel. Le monde de la formation est-il d'ailleurs en mesure de s'adapter à la demande d'un marché en perpétuelle évolution ?
- Le GRETA du Velay, chargé de réaliser une étude sur l'évolution des métiers de l'audiovisuel, apporte ici un témoignage décisif. L'apparition du numérique dans le traitement de la production audiovisuelle a considérablement changé les données. Des stagiaires du Velay en activité sur une unité de montage virtuel, complètent ce constat au vu de leurs expériences pratiques de formation et nous font part de leurs appréhensions et espérances.
M. LHOUMEAU présente les objectifs et raisons d'être d'Aquitaine Multimédia. Cette association, fondée en 1995, regroupe à présent 120 entreprises sur les cinq départements de l'Aquitaine, où on totalise six mille emplois dans le domaine du multimédia et de l'audiovisuel. Aquitaine Multimédia réunit les entreprises de la région afin de mettre en uvre tous les moyens nécessaires à leur développement. Elle offre une aide dans de nombreux domaines : développement commercial, recrutement, démarches auprès des collectivités publiques, notamment pour faire évoluer les formations. Ainsi, Aquitaine Multimédia a uvré pour la création de modules de formation au multimédia dans le BTS de technicien visuel du Lycée René Cassin à Bayonne (1ère promotion en septembre 1999). Avec le CESI, Aquitaine Multimédia a élaboré des programmes de formation en alternance de chef de projet multimédia (3ème promotion à venir). Cette formation, précise M. PASQUET, repose sur l'élaboration préalable de profils-types, en concertation avec les entreprises. Elle comprend six mois d'apprentissage au CESI et trois mois en entreprise.
M. CORTIAL et M. GIORSETTI présentent le GRETA du Velay. Ce dispositif de l'Education Nationale pour la formation des adultes propose des formations en audiovisuel, structurées à partir du BTS audiovisuel de Bayonne précédemment évoqué. En 1982, M. CORTIAL a proposé à M. GIORSETTI de se lancer dans la formation aux métiers de l'audiovisuel. Le premier défi était de faire vivre une structure audiovisuelle dans les monts d'Auvergne. Le second était de lier contact avec les entreprises nationales à partir d'une situation géographique aussi excentrée, ce qui a été très long. La création du BTS audiovisuel a exigé beaucoup de patience également, lourdeur administrative oblige... En 1986, les stagiaires du GRETA ont fait leur preuve en lançant la première télévision locale hertzienne. Diverses expériences de ce type ont permis au GRETA du VELAY d'avancer dans sa réflexion pédagogique, dans la connaissance des employeurs de l'audiovisuel comme des jeunes en demande de formation. Après une discussion où on éprouve la motivation du jeune, le GRETA exige de lui qu'il trouve un employeur dans le cadre d'un contrat de qualification. Ce type de contrat est beaucoup demandé, car les entreprises de l'audiovisuel ont l'habitude de travailler avec du personnel intermittent et non avec des permanents. Dès 1990, le GRETA a commencé à réfléchir au mariage entre l'informatique et l'audiovisuel. Il faut à présent amorcer une réflexion de fond sur le contenu des formations aux métiers de l'audiovisuel. Comment aider les stagiaires à être de suite opérationnels, et en même temps à avoir une vue distanciée de l'évolution des techniques qui leur permette de suivre le mouvement global et non de le subir ? Autre préoccupation du GRETA, arriver à gérer les problèmes de distance : comment accueillir des jeunes de Brest, de Strasbourg ou de Bordeaux de façon à ce que l'alternance soit respectée, à ce que l'employeur et le stagiaire s'y retrouvent, et à ce que la formation soit finalement validée par un diplôme ? Un système de modules a été mis en place. A travers le programme ADAPT, le GRETA espère aller plus loin avec un système d'entrée et de sortie permanente. L'idéal serait de pouvoir mettre tout ou une partie de la formation sur internet. L'utilisation des NTIC pour l'enseignement des NTIC, c'est le défi que le GRETA du Velay entend relever pendant les deux ans du programme ADAPT.
Mme O'FARRELL invite les professionnels du site de Bordeaux à exposer le problème du manque de personnel formé dans la région, et les solutions envisagées.
M. LHOUMEAU spécifie que la formation, pour Aquitaine Multimédia, n'est pas un objectif mais un moyen, pour les entreprises qui composent l'association, de réussir. L'intermittent présente l'intérêt, dans le secteur de l'audiovisuel, de faciliter l'autoformation des personnels. Dans le multimédia, il ne serait par invraisemblable, si la loi le permettait, qu'il se crée un besoin d'intermittents. Aujourd'hui, l'autoformation est essentielle car les techniques vont beaucoup plus vite que ne se mettent en place les formations. De nouveaux métiers émergent, dont les employeurs narrivent pas toujours à cerner le plofil-type.
A la demande de Mme O'FARRELL, M. LHOUMEAU définit alors les métiers du multimédia, très bien identifiables, et M. CORTIAL ceux de l'audiovisuel, encore mal cernés. Les deux secteurs sont d'ailleurs assez proches. Par exemple un scénariste de jeu-cédérom sera issu du milieu audiovisuel, le graphiste sera lui issu des Beaux-Arts ou de la communication, et l'informaticien du monde informatique, bien entendu. Développeurs (java etc.) et infographistes de haut niveau sont les deux grands métiers du multimédia qui requièrent des compétences spécifiques encore rares. D'autres métiers du multimédia, plus courants, comme la gestion ou le commercial, exigent des connaissances sérieuses sur les NTIC dont peu de postulants peuvent se prévaloir.
Le GRETA du Velay, continue M. CORTIAL, distingue six domaines dans l'ensemble du champ professionnel de l'audiovisuel : les métiers de l'image (cadreur, chef opérateur etc.), du son (preneur de son, technicien de prise de son sur plateau, mixeur etc.), du montage (monteur, chef monteur, truquiste etc.), de l'exploitation (installation de structure, gestion du parc matériel, conception d'équipements etc.), de l'administration de production (administrateur ou gestionnaire de production) et de la réalisation. Des formations sont proposées dans chacun de ces domaines, à l'exception du dernier.
Depuis le site du Velay, les stagiaires nous renseignent sur le contenu de leur formation et les choix pédagogiques qui ont été faits. Dans la formation au montage qu'ils suivent, un module de post-production enseigne l'intégration d'éléments extérieurs, infographiques par exemple, dans le montage pour le dynamiser. C'est surtout dans ce module que la formation intègre les nouvelles technologies et l'outil informatique. En faisant de l'audiovisuel, le stagiaire fait donc déjà du multimédia ; par contre l'interactivité n'est pas au programme. Il peut préparer des éléments intégrables dans des cédéroms, pour Internet mais la finalité est un produit linéaire qui termine sur bandes. C'est déjà tout un métier, très complexe. Linfographie, dans le cadre de la formation au montage audiovisuel du GRETA, est limitée aux éléments servant dans la vidéo. Le vidéaste devra connaître l'étendue des contraintes techniques, avoir un point de vue professionnel, connaître l'ancien et l'existant de la vidéo analogique pour pouvoir progresser dans les techniques numériques.
Le président directeur général de KALISTO, M. COURDILLE, détaille les différents métiers nécessaires au bon fonctionnement d'une société de création de jeux vidéo : les programmeurs (sur les outils, sur les moteurs de jeux, ou les programmeurs scripteurs, sur l'intelligence artificielle et l'attitude du personnage dans le jeu), les musiciens, les graphistes (animateurs, modeleurs 3D, et "matteurs" fabriquant les niveaux de jeu). Aucune école ne forme à la conception du jeu vidéo en France. De ce fait, un tiers du personnel de KALISTO est autodidacte, le reste sort d'école et doit compléter ses connaissances en s'autoformant. Le coût des autoformations représente une charge très lourde, mais indispensable, pour l'entreprise.
Dans le public, un formateur fait part de ses efforts désespérés pour mettre en place, dans le cadre du programme ADAPT, une formation à la création de jeux vidéo en Belgique. Il s'était avéré impossible de trouver un formateur dans cette branche d'activité du multimédia... Effectivement, reprend M. COURDILLE, la seule solution viable reste d'organiser une formation entre pairs, en un mot du "coaching". Les plus expérimentés prennent du temps pour former les nouveaux arrivants, mais les impératifs de production, bien souvent, abrègent ce temps de formation. Le nouveau venu se retrouve alors seul devant son ordinateur et doit se débrouiller. KALISTO, comme toutes les boîtes européennes de jeux vidéo, subit un important "turn-over" aussi bien pour les programmeurs que pour les graphistes. C'est à l'employeur le plus offrant. Recrutement et formation posent donc problème dans l'univers du jeu vidéo.
Mme SUPER expose les difficultés de recrutement rencontrées par sa société. En infographie et multimédia, on trouve à présent des professionnels capables d'articuler leur culture graphique à toute l'interactivité demandée. Ce n'était pas le cas il y a encore quatre ans.
C'est le recrutement des commerciaux qui pose problème. Pour bien vendre une technique, encore faut-il la maîtriser. Cette formation sur le tas fait perdre un temps précieux à la société. Il est dommage qu'aucune formation commerciale ne mêle l'apprentissage des techniques de vente et des Back-Office Informatiques. Savoir exposer d'une façon simple des processus et techniques très complexes, c'est tout l'art et toutes les difficultés du métier de commercial dans une entreprise de multimédia. Mme SUPER n'envisage pas la solution inverse, à savoir former des techniciens au commerce, car, passionnés par leur sujet, ils auraient tendance à reprendre leur jargon de spécialiste et à oublier leur interlocuteur s'il est novice.
M. GIORSETTI, du GRETA du Velay, rend compte des nombreuses requêtes des distributeurs de matériel audiovisuel au SATIS : "Nous embauchons des BTS-Vente Commercial, mais donnez leur un module de formation technique sur les nouveaux matériaux audiovisuels !". Le problème du technico-commercial se rencontre de façon très pressante dans le multimédia et l'audiovisuel, deux domaines à évolution ultra rapide.
M. LHOUMEAU témoigne des actions engagées par Aquitaine Multimédia auprès des écoles commerciales (IUT tech-de-co, Sup-de-Co Bordeaux, BTS commerciaux etc.) pour qu'elles intègrent systématiquement un module d'usage des NTIC, et éventuellement un module optionnel de spécialisation aux métiers du multimédia. M. LHOUMEAU confirme que la tendance actuelle est davantage de former des commerciaux à la technique que l'inverse. Cela peut s'expliquer par l'image péjoratif des métiers de la vente dans les milieux de l'audiovisuel et du multimédia. Un professionnel considérera comme dégradant d'ajouter une casquette de commercial à celle, à ses yeux plus glorieuse, de technicien. Il se fait une plus haute idée de son métier et refusera en général une formation complémentaire, même si les entreprises sont demandeuses.
M. PEYRONDET présente ADDEO et ses choix en matière de commerciaux. Mariant deux compétences, la formation et le multimédia, ADDEO s'investit dans des dispositifs de formation ouverte et à distance et dans la production de matériel pédagogique multimédia depuis une dizaine d'années. Dans ce cadre, la fonction commerciale relève plus de la prestation que du produit industriel. Le profil de recrutement correspond à des diplômés Sup-de-Co. Evoluant vers la fonction de chargé de production, ils doivent remplir trois missions spécifiques : action commerciale auprès du client, conception de projet et mise au point avec les partenaires du client, anticipation de toutes les problématiques techniques et financières qui découleront de leurs décisions. Cette organisation donne entière satisfaction, mais comme dans toute profession, le talent est rare et ne s'apprend pas.
M. CORTIAL détaille les formations proposées par le GRETA du Velay. Un ensemble de modules, répartis en catégories sur l'année, est aménagé selon les besoins spécifiques de chacun, dans la mesure du possible. Le BTS audiovisuel, décerné en fin de session, donne au GRETA des bornes temporelles précises qui limitent la souplesse de son dispositif. Depuis peu se développent des contrôles en cours de formation. Cela permet de proposer des qualifications aux stagiaires et un système plus flexible à l'entrée et à la sortie de la formation. Si par exemple une entreprise embauche quelqu'un en contrat de qualification au mois de décembre, le GRETA doit être en mesure, dès le mois de janvier, d'accueillir le candidat en formation pour établir une alternance. Si le contrat couvre deux années, le GRETA devra lui faire passer son évaluation finale en respectant ce délai. C'est encore à l'étude mais cela semble une option intéressante dans le cadre d'une refonte des formations du GRETA du Velay. Les modules proposés, dix huit en tout, couvrent l'ensemble des professions de l'audiovisuel à l'exception de la réalisation : modules de techniciens polyvalents, de spécialisation image ou son à différents niveaux, des enseignements généraux, des remises à niveaux etc. Associés les uns aux autres, ces modules forment au total un parcours homogène et diplômant. La flexibilité est au centre des préoccupations des formateurs du GRETA, en rythme de travail et en contenu, pour satisfaire au mieux les attentes du stagiaire. Il reste encore beaucoup à faire pour arriver à une flexibilité parfaite. On ne tient pas véritablement compte des attentes des entreprises de la région, mais les résultats de l'étude réalisée par Jean-Claude MAROT et Dominique LEVESQUE vont servir à l'avenir de référence au cur des formations proposées. Restons cependant lucide : l'évolution des métiers de l'audiovisuel est si rapide que cette étude sera vite obsolète. C'est le grand problème de la formation au métier de l'audiovisuel, que de ne pouvoir répondre aux besoins d'entreprises en permanente redéfinition.
M. LHOUMEAU avait projeté, avec M. PEYRONDET et dans le cadre du programme ADAPT, de mettre en place un observatoire permanent des métiers de l'audiovisuel et des qualifications requises pour les exercer. Ce projet aurait permis d'apprendre quels sont les besoins en formation. Il n'a hélas pas été retenu. Citons l'expérience d'un centre de formation professionnelle qui avait obtenu du Conseil Régional les budgets pour monter une formation au métier de chef de projet multimédia. Le centre avait interrogé des entreprises sur leurs besoins en personnel formé dans les six mois à venir. Avec la collaboration de l'ANPE, le centre avait alors pu lancer une session de recrutement sur la base des besoins de l'entreprise. Pour chacun des stagiaires avait été élaborée une formation spécifique qui les amène à la compétence nécessaire. L'opération a été couronnée d'un franc succès puisque, sur quinze stagiaires, treize ont été embauchés à la suite de cette formation (lun des candidats avait déjà les pré-requis nécessaires et avait été recruté en cours de session, l'autre a abandonné). Dans le cadre du CESI, deux promotions sont sorties avec d'excellents résultats grâce à une forte proximité avec les entreprises, qui sont intervenues dès le départ dans la définition du programme de formation et dans certains cours. Ces entreprises privées ont une réactivité extrêmement importante. Mais sur la formation initiale, on est loin d'avoir cette réactivité. Si on était aujourd'hui capable de définir le profil requis pour les techniciens audiovisuels, compte tenu qu'une formation nécessite deux années d'étude et que les autorisations gouvernementales sont longues à obtenir, la première promotion sortirait au mieux dans trois ans...!
M. LHOUMEAU invite alors M. FERRILLOT, du Conseil Régional d'Aquitaine, à répondre au nom des pouvoirs publics. En tant que prescripteur, le Conseil régional ressent de plus en plus la nécessité de bâtir les programmes de formation à partir de l'offre et de la demande. Répondre aux vux exprimés par les entreprises de la région en matière de modernisation et d'adaptation de leur fonctionnement aux NTIC implique l'établissement d'un cahier des charges et des critères de formation. Les pouvoirs publics ne construisent donc plus leurs programmes de formation uniquement à partir des catalogues des organismes professionnels. Cela suppose des moyens et des outils. L'initiative ARGOS n'a pas été véritablement probante mais c'est dans cette voie qu'il faut s'engager, sans nul doute. Dans un ou deux ans, le Conseil Régional sera certainement en mesure de relever ce défi. Il est cependant illusoire d'affirmer que les prescripteurs, même bien outillés, seront capables d'établir à eux seuls des programmes et des critères de sélection. Les organismes de formation et les entreprises sont chacun en mesure de faire remonter un certain nombre d'offres qui répondent aux critères énoncés précédemment. La collaboration de ces deux acteurs donne d'excellents résultats quand elle aboutit. Tout cela participe d'une même et seule réflexion collective.
M. GIORSETTI souligne qu'il ne faut pas laisser de côté l'individu, ses désirs et ses idées, et ne répondre qu'aux besoins des entreprises. L'idée fondamentale qui doit guider les organismes de formation, c'est celle de la formation permanente, tout au long de la vie. Il s'agit donc de voir à long terme, et non uniquement de se calquer sur les impératifs du marché. Les deux ardentes obligations de tout organisme de formation sont d'aider les personnes à être le plus rapidement opérationnelles, ce qui implique de tenir compte des besoins des entreprises à court et moyen terme, et dans le même temps d'assurer une formation permanente de l'individu au delà de son poste de travail et des impératifs de rentabilité de l'entreprise. Bref, il faut s'intéresser à ses rêves.
M. CORTIAL et M. MAROT présentent l'étude du GRETA du Velay sur l'évolution des métiers de l'audiovisuel. En France, le secteur de laudiovisuel regroupe en tout 100 000 personnes réparties entre cent à cent cinquante métiers. Cela donne une idée de la hardiesse de ce projet et des difficultés qu'il a fallu surmonter. Cette étude a été réalisée au cours de l'année 1998 dans le cadre du programme européen ADAPT. Elle repose sur l'analyse d'une cinquantaine d'interviews de professionnels européens et d'une trentaine de questionnaires remplis lors du SATIS 1998. En réponse aux interrogations de l'assistance, M. MAROT précise que les entreprises interrogées sont de toutes tailles et appartiennent aux différentes activités du secteur audiovisuel (chaînes TV, prestataires de service etc.). L'étude étant qualitative et non statistique, aucun quota spécifique n'a été adopté. Concrètement, les entreprises ont été contactées par relation, de proche en proche ; l'important était qu'elles apportent à l'étude une diversité de profils et de points de vue. Il a d'ailleurs été ardu de faire la synthèse de tant d'expériences et d'opinions.
L'étude a été conduite par Jean-Claude MAROT, responsable de JCM Consultants, et par Dominique LEVESQUE, consultant spécialisé dans les NTIC. Ce travail fastidieux a permis d'identifier les nouveaux savoirs et les nouvelles compétences désormais nécessaires aux techniciens de l'audiovisuel. Les résultats de cette étude ont été validés par un comité scientifique regroupant des représentants de la Commission Européenne, de l'Education Nationale, du Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, d'AUVICOM, de la FIMM ainsi que de FR3.
L'étude porte sur la numérisation de l'audiovisuel en France et la modification des compétences requises dans ce milieu professionnel. On a également pris soin d'intégrer la variable économique et ses incidences sur l'évolution des métiers de l'audiovisuel : forte compétition, concentration industrielle et à la fois multiplication des petites structures.
M. PEYRONDET distingue l'organisation du travail aux USA et au Canada de celle adoptée en France dans le secteur du multimédia. Là-bas, une structure importante rassemble les services généraux, comme la vente, et fait appel à d'innombrables individus sur des missions spécifiques, gravitant autour d'elle comme autant de satellites. En France, la diversité des codes APE ne permet pas à toutes les entreprises du multimédia de bénéficier d'intermittents du spectacle, c'est-à-dire d'une organisation comparable à celle des USA précédemment évoquée. Le statut d'entreprise individuelle ou de micro-entreprise seul ouvre à ce droit. Pour pallier les effets d'une réorganisation du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la plupart des entreprises mettent en place une flexibilité quelque peu contrainte, en s'entourant de satellites dans les tâches de production et de création. Qu'en est-il dans l'audiovisuel ?
Effectivement, répond M. LEVESQUE, on observe une organisation similaire dans le secteur audiovisuel : des gros pôles et, à côté de ça, des entreprises individuelles qui offrent leurs services au gré des contrats. La flexibilité est donc là aussi inventée avec les moyens du bord. L'audiovisuel dispose d'une plus grande marge de manuvre que le multimédia en recourant massivement aux intermittents du spectacle. Les entreprises du multimédia qui ne peuvent pas bénéficier de ce statut avantageux, recrutent sur la base de contrats plus durables. Cela a généré une certaine polyvalence des salariés au sein des entreprises multimédias. Il est vraisemblable que les entreprises de l'audiovisuel s'orientent vers ce type de polyvalence. La comparaison des deux secteurs est de ce fait pertinente.
M. PEYRONDET évoque alors certaines entreprises du multimédia qui ont changé d'APE pour avoir le droit de recruter sur la base de contrats d'intermittent du spectacle. Le statut d'entreprise individuelle n'est pas, dans le cas du multimédia, une simple tâche ponctuelle à réaliser mais bien une collaboration quasi permanente avec l'entreprise, parfois dans les locaux même de l'entreprise. Simplement, son statut n'est pas celui de salarié mais d'indépendant, et il est payé en tant que tel. Si la charge de travail de l'entreprise vient à diminuer, elle a alors la possibilité d'adapter sa force à son marché. Aquitaine Multimédia est particulièrement intéressé par ce type d'organisation pour l'avenir, et spécialement en vue de la restructuration de l'économie européenne.
En 1994 déjà, M. LEVESQUE avait posé ce problème à l'AFDAS : à partir du moment où les entreprises du multimédia demandent aux professionnels d'offrir leur service en adoptant le statut d'entreprise individuelle se pose le problème de la formation. Comment avoir du travail et en même temps générer des compétences de manière à ce qu'elles soient actualisées ?
Cela implique, selon M. PEYRONDET, une rotation des entreprises individuelles en fonction de leur niveau de formation. On revient finalement à l'idée d'un salarié qui, une fois "usé", change d'entreprise et se recycle. Ce sont deux visions presque politiques...
M. LHOUMEAU invite alors M. FERILLOT, du Conseil Régional de Bordeaux, à exposer son opinion sur la flexibilité explosive qui risque de se développer si des moyens légaux ne sont pas mis en uvre ?
M. FERRILLOT espère aborder ce point de façon raisonnable et pragmatique. Il faut effectivement mettre en place un cadre législatif, qui protège le salarié comme les entreprises. Ménager la chèvre et le chou, en quelque sorte... Une collectivité doit prendre ses responsabilités vis à vis de l'individu et des structures de production, c'est-à-dire préserver les capacités d'adaptation de l'entreprise sans tomber dans une exploitation sauvage de l'individu.
La formation est un des éléments qui concourent au développement économique. C'est pourquoi le Conseil Régional s'investit sans compter et finance volontiers les études comme celle de M. LEVESQUE et M. MAROT, qui éclairent les mesures à prendre pour aider les entreprises à s'adapter au multimédia, dans quelque secteur que ce soit.
Dans le public, une responsable du pôle universitaire Léonard de Vinci présente son département qui vise, précisément, à changer le rapport des jeunes diplômés ou cadres confirmés à leur activité. Toutes les formes alternatives de travail sont traitées et analysées (création de son entreprise, de son activité, temps partagé, télétravail etc.). Le sénateur Jourdain fera par ailleurs au mois de février 1999 une proposition officielle : instaurer un statut pour le temps partagé, pour le multisalariat. Notons enfin que la loi Aubry des 35 heures, si elle est contraignante pour les PME-PMI, offre aussi une opportunité non négligeable, puisque, derrière ses modalités d'aménagement, on retrouve le partage du travail, le travail en binôme et les groupements d'employeurs.
L'étude de M. LEVESQUE et M. MAROT, reprend M.CORTIAL, aura nécessairement une grande incidence sur les dispositifs de formation en place. En phase avec les résultats de l'enquête, le GRETA du Velay a d'ores et déjà engagé un important chantier pour réadapter ses enseignements aux contraintes et exigences de la profession. Les formations intégreront à l'avenir les nouvelles données technologiques, seront plus individualisées, plus flexibles, tout en développant au maximum l'autonomie des stagiaires. M. CORTIAL souligne que le GRETA du Velay aborde actuellement une phase d'intégration des NTIC à leurs formations, avec le souci de donner un important bagage de culture générale sur le sujet, plutôt que de former directement le stagiaire sur un poste de travail. Il s'agit d'insuffler la capacité à s'adapter à toute nouveauté technologique ou structurelle.
Un stagiaire sur place déclare être conscient qu'il lui manquera effectivement des heures de pratique, mais être satisfait d'avoir reçu une formation variée et éclectique aux différents outils. D'autant que chaque outil véhicule un esprit bien particulier.
Le but, reprend M. CORTIAL, est de voir l'apprenant gagner en autonomie, qu'il sorte de sa formation avec l'idée qu'il aura à se former tout au long de la vie.
Dans le public, le directeur d'exploitation de Canal+ relate les importants problèmes de remise à niveau rencontrés. Les personnes recrutées à une époque où les BTS audiovisuel n'existaient pas encore et qui ont été formées "sur le tas" s'adaptent très péniblement aux innovations technologiques. L'autoformation, pour eux, ne coule pas de source.
M. PASQUET voit là une grande convergence entre audiovisuel et multimédia. L'essentiel est effectivement dans la faculté d'adaptation et l'aptitude à avoir une vision globale du secteur.
M. COURDILLE insiste lui sur la créativité, qu'il faut entretenir et savoir faire naître. La formation doit aussi s'attacher à valoriser l'originalité de la création artistique. Dans l'univers du jeu vidéo, c'est en tout cas essentiel, d'autant qu'il a tendance à favoriser actuellement la sur-spécialisation des salariés.
Le responsable de Canal+ présent dans l'assistance souhaite également mettre l'accent sur l'importance du sens artistique dans son entreprise. Cela reste le critère déterminant de reconnaissance professionnelle.
M. LHOUMEAU conclut cette rencontre sur cette idée-clef. A L'avenir, indépendamment des techniques, sera exigée une bonne part de talent et de créativité. Le formateur a son rôle à jouer dans la stimulation du stagiaire. A lui, en effet, d'entretenir ou de faire naître une passion, terreau dans lequel pourra se développer pleinement le talent personnel de son stagiaire. La mise en place des 35 heures, en libérant le temps nécessaire à la formation continue, autorise à se montrer optimiste quant à l'avenir de la formation et à la gestion des nouvelles compétences, dans l'audiovisuel comme dans le multimédia...
Rédaction : Juliette FOUILLAND - FFFOD
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