Rencontre-débat du 20 mars 1999

Internet : quelles compétences pour quelle utilisation ?

 

Intervenants :

- Muriel LAFONT, webmistress (administratrice de sites web)

- Benoît HEZARD, formateur informatique à l’AFPA

Animation :

- Adrien FERRO, formateur et consultant

Naviguer sur Internet, utiliser une messagerie électronique, créer des pages, animer un forum de discussion, créer un site Web … Les utilisations d’Internet sont multiples, leurs niveaux de complexité très différents. Face à la pénurie des formations, des usagers se sont formés eux-mêmes. Peuvent-ils exploiter les compétences acquises pour une orientation professionnelle ? Comment leurs acquis peuvent-ils être reconnus par les employeurs et par les organismes de formation ?

Le débat se situe à deux niveaux, puisqu’il s’agit d’abord d’illustrer comment, concrètement, il est possible de se former aux nouvelles technologies, et plus spécifiquement à l’utilisation d’Internet, sans passer par une formation ; le deuxième niveau est l’application ou plus exactement la reconnaissance, dans le champ professionnel de compétences acquises. Pour répondre à ces questions, deux personnes ont accepté de témoigner de leurs expériences, qui ont modifié leur vie professionnelle et leur vie privée.

Muriel LAFONT fait partie de ce que l’on appelle les autodidactes. Avant d’exercer sa profession actuelle, celle de " webmistress ", Muriel occupait un poste dans les relations publiques qui impliquait un investissement total et des déplacements fréquents. Le changement d’orientation professionnelle est né d’un souhait de modifier sa vie professionnelle qui prenait trop de temps sur sa vie privée.

Un concours de circonstance l’ayant amené à former une personne à l’utilisation d’un PC que Muriel venait de vendre, elle a été sollicitée pour devenir la personne ressource en informatique au sein d’une association pour laquelle elle développe ensuite le site Internet.

Depuis, Muriel travaille à partir de son domicile : le télétravail correspond entièrement à ses aspirations.

Mais pour en arriver là, il a fallu que Muriel se forme à ces nouveaux outils. Il existait au départ chez elle une passion pour l’informatique, et Muriel n’a pas hésité à se plonger dans la lecture de manuels, aussi rébarbatifs soient-ils, tels que le guide du système d’exploitation MS-Dos …

Adrien FERRO fait remarquer qu’il y a 3 ans il n’existait pas de formations basées sur l’apprentissage d’Internet. Les formations en informatique ou bureautique étaient encore principalement axées sur l’utilisation d’un PC et de logiciels ou encore sur la programmation pure.

Muriel explique qu’après avoir approfondi ses connaissances sur le fonctionnement d’un PC, elle s’est formée à l’utilisation des logiciels les plus courants et elle ajoute que l’autoformation est déjà grandement facilitée par l’aide en ligne que fournissent les logiciels. C’est un instrument précieux que l’on aurait tort de négliger.

La dernière étape de sa formation a été l’apprentissage d’Internet. Là aussi il existe des sites en ligne qui fournissent une aide, voir des mini-formations appropriées aux débutants.

Pourtant, cette démarche individuelle n’est validée par aucun parcours de formation. Faut-il pour autant décréter que la formation en autodidacte est incomplète ou pas appropriée au marché du travail ?

Dans le cas de Muriel, ses compétences ont été reconnues et validées lors du stage de trois mois que lui a proposé l’association. Puis, les contacts noués au fil des heures passées à naviguer SUR LE Web lui ont permis d’être acceptée dans la communauté des professionnels de l’Internet.

Bien entendu, il faut distinguer comme le précise Benoît HEZARD, l’internaute qui navigue pour le loisir de celui qui crée une page, un site ou en effectue la gestion (remise à jour des informations, création de lien avec d’autres sites, réponse aux messages laissés par les utilisateurs...)  : savoir utiliser les moteurs de recherche, créer sa messagerie ne suffit pas en terme de compétences professionnelles. Par contre, dès que l’on passe à la production de sites, on entre dans le champ des compétences professionnelles, qui sont aujourd’hui appréciées par les entreprises, voir recherchées, même si, au dire de certains responsables de l’ANPE, cette compétence ne figure pas parmi les critères de sélection.

Le problème n’est donc pas tant de se former, l’exemple de Muriel montre bien que lorsqu’on a la motivation, il est possible, même sans une formation agréée auprès d’un centre reconnu, de parfaire ses connaissances par l’autoformation, voir d’acquérir la maîtrise d’un savoir-faire. La difficulté se trouve davantage dans l’utilisation que l’on veut faire de ce savoir-faire : apprendre à cuisiner par soi même pour faire plaisir à ses amis est louable, mais ne permettra pas forcement de postuler dans un restaurant… Il s’agit donc de bien mesurer les risques et d’opter pour la bonne formule : formation avec validation ou autoformation autodidacte.

Bien qu’Adrien FERRO fasse remarquer qu’actuellement en France c’est toujours la première formule que l’on préconise, Benoît HEZARD souhaite y apporter un bémol. En effet, le développement actuel d’Internet est tel que l’on manque de compétences dans le domaine, en raison d’une offre de formation encore très faible. De ce fait, c’est un secteur à exploiter.

A l’AFPA de Créteil a été mise en place une formation de reconversion qui tienne compte des expériences des personnes. Cette formation se déroule sur 8 mois et représente une étape permettant d’évoluer progressivement vers les formations à la carte et individualisées. Les aspects administratifs et de gestion sont encore lourds à gérer dans ce type de formation.

Pour les objectifs à atteindre, on définit les compétences nécessaires puis on construit une progression pour chaque personne. Les moyens pédagogiques sont mis à disposition tels que Internet, littérature…

Cependant, les compétences sont différentes en fonction du rôle que l’on veut assumer, d’où l’intérêt de l’individualisation…

Adrien FERRO apporte le témoignage d’une personne qui s’est retrouvée en situation de chômage. Comptable de formation, il se lance dans la recherche d’un nouvel emploi et participe au cercle d’emploi de la Cité. Profitant de la possibilité d’accéder à la salle multimédia, cette personne devient un véritable " pro " des moteurs de recherche. Cette compétence représente un plus si elle est intégrable dans le poste convoité, comme dans ce cas, la veille technologique, correspondant à une compétence de recherche d’informations. Notre témoin a donc bien réussi à intégrer cette compétence acquise " à l’usage " dans le profil du poste à pourvoir.

Certains secteurs sont plus touchés que d’autres par l’intégration des nouvelles technologies, comme c’est le cas des documentalistes ou de la communication. Ils sont obligés peu à peu d’adapter le personnel aux nouveaux modes de travail, ce qui aura pour conséquence un développement des formations.

A la question du public quant à la tendance de la validation des compétences, Muriel LAFONT donne l’exemple d’un site sur Internet l’Académie du Web http://www.affaires1.com/web-academy/v4/index.html .

Cet organisme a pour vocation de délivrer un certificat de conformité. Le site doit répondre à plusieurs critères de qualité qu’un jury appréciera et qui sont :

Le minimum requis est de 75%.

A l’AFPA, on met en place les directives de Martine AUBRY à savoir la reconnaissance des acquis professionnels par un ensemble de tests (connaissances, expérience…). En fonction des résultats aux tests, la personne suivra un certain nombre de modules lui permettant ensuite d’accéder au diplôme.

Pour conclure, Adrien FERRO nous propose une réflexion de Frank HEBERT tirée du Messie de Dune : " Quel que soit le degré d’exotisme atteint par la civilisation, quels que soient les développements de l’existence et de la société, la complexité des rapports homme/machine, il existe des interludes de pouvoir solitaire dépendant des actions relativement simples de certains individus ".

Rédaction : Eliane CORDARY - FFFOD

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