Rencontre-débat du 18 mars 1999

Les nouvelles technologies au service des handicapés

Intervenants :

- Isabelle BOHNKE, Directrice du service Recherche et Innovation de L’ADAPT

- Gérard MICHENAUD, Téléformateur et responsable pédagogique du service Recherche et Innovation de L’ADAPT

- M. HUBERT, Directeur Adjoint du Centre d’Aide par le Travail (CAT) de Pont-Main

Par visioconférence de Troyes :

- Jean-Louis COULON, Directeur

Par visioconférence de Nîmes :

- M. BEN YOUSSEF, Directeur du cabinet Asmoune

- Jean-Pierre FERRAGU, Conseiller au département Accessibilité de la Cité des Métiers

Animation :

- Sally O’FARRELL, Vice présidente du Forum Français pour la Formation Ouverte et à Distance (FFFOD)

Quelles utilisations d’Internet par les personnes handicapées ? Quelles difficultés rencontrent-elles ? Des responsables de L’ADAPT et des animateurs de la Cité des Sciences et de l’Industrie témoignent de leurs expériences : les NTIC au service de la formation et de la recherche d’emploi par des handicapés (L'ADAPT - Etablissement de Virazeil ).

Mme BOHNKE retrace brièvement l’historique de la création de l’association L’ADAPT, créée en 1924 par Suzanne FOUCHEZ, elle-même handicapée. L’ADAPT regroupe 4 établissements : un centre de soins, un centre pour les enfants, un centre de formation et un centre de travail protégé.

Dans l’optique de faciliter l’accès des personnes handicapées à la formation et favoriser ainsi leur intégration professionnelle, L’ADAPT met en place des formations s’appuyant sur les NTIC.

L’association s’appuie également sur les centres de ressources MEDIASOURCE.

Pour pouvoir mettre en place des formations délocalisées, L’ADAPT s’est dotée d’un système " artisanal " : une ligne Numéris et un système de visioconférence. Les téléformations peuvent être envisagées pour différents cas de figures :

M. MICHENAUD synthétise l’aspect pédagogique et pratique du suivi :

M. MICHENAUD souligne l’intérêt d’un tel fonctionnement. En effet, dans 98% des cas le stagiaire fait appel au tuteur de proximité qui, par son questionnement, amènera le stagiaire à trouver lui-même la raison du blocage qui est souvent un problème informatique, parfois pédagogique (mauvaise compréhension de ce que l’on attend de lui, objectif mal défini, etc).

L’objectif pédagogique est bien sûr permettre au stagiaire d’apprendre à apprendre.

Pour ce faire, L’ADAPT a mis au point des outils communs permettant de systématiser les parcours de formations mais également de faciliter le dialogue entre les 3 pôles. Les CD-Rom standards sont " décortiqués ", chaque stagiaire dispose d’un livret de parcours et il est possible de vérifier à distance les séquences travaillées et le temps qu’y aura passé le stagiaire.

L’ADAPT propose des formations dans les domaines tels que la bureautique, l’électricité, la comptabilité, la gestion des stocks, l’enseignement général et la gestion de production.

Un système de visioconférence a été mis en place dans les entreprises accueillant des stagiaires. Ceux-ci s’y rendent par deux et l’entreprise leur met à disposition une salle d’où ils peuvent contacter leur formateur en cas de problème.

Il est à noter que pour ce type de public, l’image joue un très grand rôle dans la pédagogie. Quant au système de visioconférence, une initiation à la prise en main permet de le maîtriser rapidement. Il offre des fonctions intéressantes tels que le tableau blanc, la prise de main à distance et oblige à une certaine rigueur dans la communication puisqu’il fait ressortir les défauts de chaque protagoniste.

Autre avantage pédagogique de la visioconférence : on va très vite à l’essentiel car le temps passé nécessite une concentration extrême. En règle générale, ¼ d’heure par session est un maximum, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour de longe échanges : le formateur doit être bref et clair dans ses propos. Une non-réponse à la question du stagiaire serait très frustrant.

Pour l’instant, une des limites de ce type de formation est le cadre juridico-administratif qui ne facilite pas l’accès des handicapés à ces formations en CIF. Le critère géographique détermine souvent le financement de la formation.

Dans le public de Nancy, on s’informe sur l’alternative à Internet qui est long, lent et cher et dont l’accès n’est pas encore systématique.

M. MICHENAUD rappelle la configuration technique choisie par L’ADAPT et souligne que France Telecom peut également installer des lignes provisoires, même chez les particuliers.

La seconde partie du débat est consacrée au télétravail, avec la présentation du programme TELETRAVAIL développé dans le cadre du programme PIC-EMPLOI. La préoccupation était la recherche de nouveaux outils favorisant l’emploi des personnes handicapées et répondant aux questions suivantes :

Le télétravail n’est pas non plus accessible à toutes les personnes en fonction de leur handicap. Il est nécessaire d’analyser les différents profils de handicap pour pouvoir fixer les limites du télétravail.

Hervé, formateur, présente la démarche retenue pour la mise en place de la première action qui s’est déroulée de mai ’98 à nov. ’98, avec un public de 10 personnes :

Il fallait au préalable définir les règles et les objectifs, de même que l’apprentissage de cette méthode de travail, le télétravail n’étant pas un métier.

Les candidats recrutés devaient disposer d’une expérience professionnelle et/ou d’une formation à un métier transposable au télétravail. Un candidat avec un profil de jardinier par exemple se verrait donc refoulé… Sans dresser un tableau des métiers disposés au télétravail, voici quelques exemples qui s’y prêtent : secrétariat (bureautique, comptabilité), dessin industriel, vente…

La première étape de la formation consiste à une remise à niveau dans les techniques les plus récentes de leur domaine respectif. Puis sont développées les méthodes : comportements à développer pour travailler à domicile, le travail en équipe, l’utilisation des NTIC (Internet, recherche d’informations, utilisation des réseaux…)

La deuxième promotion dont la session doit débuter en mars ’99 devrait rassembler des personnes issues du secteur de la communication mais aussi des créateurs de sites web.

Une personne du public s’interroge sur l’accès à ces formations des personnes non voyantes ou mal entendantes. Pour l’instant, répond Hervé, le dispositif de formation n’est pas prévu pour accueillir des personnes avec ce type d’handicap, par contre il existe un équipement approprié qui peut être mis en place.

Mme BOHNKE ajoute qu’une Université d’Autriche de même qu’en Suède, on travaille actuellement sur une interface pour non-voyants.

Dans le public, on s’inquiète de savoir si le niveau d’instruction pose un problème. A cette question les intervenants répondent par la négative puisque les modules s’adressent à des publics de niveau V (CAP) voir VI. Bien entendu, en fonction du profil, certains modules devront être plus approfondis comme le français (l’orthographe et la grammaire) pour une secrétaire. Ce ne sont pas tant les connaissances qui sont importantes mais plutôt les aptitudes à s’adapter. Les partenaires belges ont développé le télétravail auprès du public de sourds, dans le secteur du commerce. Par contre, les télétravailleurs ne recherchent pas les commandes, celles-ci sont traitées par un commercial qui sert d’interface.

A Nîmes, M. BEN YOUSSEF présente leur action qui est expérimentale. Le partenariat financier repose sur 3 entités : l’AGEFIP, la DRTEFP (FSE) et le Conseil Régional. L’objectif est de faciliter l’accès à l’emploi par une professionnalisation des personnes. Trois stagiaires sont venues témoigner de leur expérience :

La visioconférence est perçue comme un moyen efficace qui n’a pas posé de difficulté majeure quant à sa maîtrise.

Les résultats de l’expérience du télétravail menée à Troyes est illustrée par des témoignages de stagiaires :

Le dernier témoignage apporté par Jean-Pierre FERRAGU, présente le projet réalisé en partenariat avec l’ANPE Ile de France (Handipass), UNAPEI, IBM, la Cité des Métiers. L’objectif est de permettre aux personnes handicapées d’accéder, par le biais d’Internet, à l’information sur la formation et l’insertion des personnes handicapées. Ainsi sont proposés des ateliers de 2h au cours desquels les participants ont la possibilité de :

IBM s’est associé au financement en équipant notamment l’ANPE de 2 PC, l’ANPE se charge elle du recrutement des participants en fonction de leur handicap, ce qui permet aux animateurs de la Cité des Métiers de cibler leurs ateliers et les adapter au public présent.

Quelques remarques semblent s’imposer :

L’expérience est encore trop récente pour permettre d’en établir un diagnostic précis en terme de réussite mais la fréquentation des ateliers laisse penser que l’initiative a été bien accueillie.

Rédaction : Eliane CORDARY - FFFOD

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