Atelier de 10 h 30 à 13 h 00
Le bilan de compétences
Animateur : M. Patrick LAFFERRANDERIE, Formateur
Présentation du logiciel EVAL 2 conçu en partenariat avec le Conseil Régional de Picardie. Lobjectif de cet outil est dévaluer les connaissances, les compétences cognitives, les intérêts professionnels et les acquis expérientiels des apprenants et de les mettre en relation avec des contenus de formation ou des profils de métiers.
La formation dure environ 15 heures et vise un public de tous niveaux. Loptimisation du logiciel passe en effet par la définition, pour chaque utilisateur, dun parcours dévaluation individualisé, lequel est rendu possible par le " module de gestion " des apprenants. La gestion de la base Formations et de la base Métiers permet notamment au formateur de mettre en relation les niveaux de performance évalués et des contenus de formation ou des profils de métiers. Il rend également possible le travail en réseau, avec tout ce que cela sous-tend en possibilités dimportation et dexportation de données.
Puis un module " évaluation " tente de cerner les compétences cognitives de lapprenant, comme la logique, la mémoire, lespace, la visio-motricité (...), mais également les connaissances scolaires et les traits de personnalité, les goûts, les expériences professionnelles ou extra-professionnelles acquises. Vaste programme qui tend à lexhaustivité...
Deux bases de données sont également mises à disposition : la première porte sur les formations et propose pour chaque niveau de performance relatif à chaque module dévaluation des contenus et outils de formation adaptés ; la deuxième porte sur les métiers et permet de mettre en relation les niveaux de compétences et les profils de métiers. Le tout est évidemment modifiable et personnalisable à volonté par le formateur.
Rencontre-débat de 16 h 00 à 18 h 00
Le bilan de compétences
Intervenants : Mme Françoise MALBEC, Présidente de la Chambre Syndicale des Centres de Bilans de Compétences, et Directrice de FIT
Mme Danièle MOUTHUY, Directrice dun centre de bilans de compétences et Responsable dAlizé Consultants
Mme Liliane TELLIER, PSYCHOREC Centre de Bilans de compétences
Animatrice : Mme Sally OFARRELL, Vice-présidente du forum français pour la formation ouverte et à distance (fffod)
La compétence nest pas une donnée figée, comme létait la notion de qualification, elle évolue en fonction de ce que vit chaque individu, dans son environnement professionnel aussi bien que personnel. Si la qualification reste un élément déterminant dans le monde du travail, les compétences sont primordiales mais souvent difficiles à cerner.
La rencontre-débat a permis de voir dans quelle mesure le bilan de compétences est une réponse à la mobilisation et à la reconnaissance de celles-ci, par le biais de témoignages de professionnels et " dutilisateurs ". Et également comment il peut aider dans le choix dorientation des jeunes ou dans le cas dune reconversion totale...
Mme Françoise Malbec définit ce que recouvre en substance le terme de compétence. Elle est généralement définie comme lensemble de savoirs, savoirs-faire et savoirs-être dun individu dans une situation professionnelle définie ; il faut bien garder à lesprit combien elle est contextualisée et évalue une situation à un moment donné de la trajectoire de lindividu et dans un lieu donné, lentreprise qui lemploie. Dans la construction de son projet professionnel, il doit donc toujours tenir compte du cadre dans lequel il est intégré et de la dimension collective du travail. Inversement, lentreprise doit comprendre la part déterminante quelle tient dans lévolution ou la stagnation des compétences de son employé, car les relations quelle entretient avec les acquis de celui-ci peuvent le stimuler ou létouffer. Il ny a pas de mobilisation possible des compétences sans reconnaissance de la part des collègues ou de la direction.
Il arrive ainsi fréquemment quun salarié jugé incompétent dans un poste ou une entreprise se révèle compétent ailleurs, et sans que cela signifie forcément une baisse de responsabilité ou une simplification de la tâche. De même, un chômeur qui aura fait un parcours professionnel " sans faute " mais dont la séparation avec sa précédente entreprise se sera mal passée, aura plus de difficultés à un même niveau de compétences quun autre, à les présenter de façon positive à un entretien dembauche.
On peut donc dire quun bilan de compétences est une des réponses à la mobilisation et à la reconnaissance des compétences, et nengage certes pas uniquement celui qui sy soumet. Ayant reconnu ses propres compétences lors de ce bilan, lindividu pourra construire un projet professionnel qui lui permettra de les mobiliser. Cest le " cur " de cette prestation. Enfin, au delà de la dimension de projet professionnel personnalisé, le bilan ouvre un espace de réflexion dans le contexte actuel de mutation du travail.
Le bilan de compétence (BDC) existe depuis 1991 (sous une forme plus brève) sous limpulsion dune loi créée au bénéfice de lemployé. Mais il nest désormais plus réservé aux salariés puisque les cadres au chômage peuvent en bénéficier grâce aux chéquiers BDC distribués par lAPEC et lANPE, dans les six premiers mois de chômage.
Il faut environ vingt quatre heures de bilan, étalées en général sur six à huit semaines, pour arriver à un bon résultat et laisser mûrir le projet. Le BDC napporte pas toujours des résultats immédiats, un temps de mise en uvre parfois très long (jusqu'à quatre ans) est nécessaire.
Le BDC savère un exercice difficile, tant il doit être en harmonie avec le demandeur, et périlleux, puisquà la lumière de celui-ci, le bénéficiaire, sil est salarié, pourra demander à changer, parfois radicalement, de poste occupé, avec une nouvelle formation à la clef, ou même à quitter carrément la société.
Le choix du centre dexpertise dépend du souhait de lindividu a priori, de son intuition ou de sa conviction intime : quand il pense rester dans le même secteur, il est recommandé de trouver un expert spécialisé dans le domaine concerné pour réaliser un bilan précis ; par contre quand il souhaite changer radicalement de secteur, un généraliste lui conviendra davantage pour avoir une meilleure vue densemble...
Mme Danièle Mouthuy a alors présenté un cédérom intitulé " Carrières " pour lorientation des jeunes, comprenant entre autres une série de témoignages dadultes qui ont réalisé des BDC. Elle souligne également la grande diversité des outils utilisés dans les centres de bilan de compétences : du questionnaire dintérêt aux tests de personnalité dans le cas de projet de formation, en passant par les analyses graphologiques et les logiciels de management. Mais lessentiel reste dans le dialogue, le travail effectué sur la personne et qui doit lamener à se reconstruire un profil cohérent.
Dans le cas des salariés en entreprise, le
bilan est pris en charge par le FONGECIF ou lOPCA qui
envoie à la personne concernée la liste des cabinets de bilan
de compétences et se réserve environ deux mois pour donner son
accord. Le coût dun bilan est environ de
10 000 F. Depuis quil est possible de faire son bilan en
dehors du temps de travail, la demande a largement
augmenté : lavantage, et non des moindres, est que
lemployeur na alors plus à être informé des
conclusions et intentions du bilan.
Dans le cas des cadres en demande demploi depuis moins de six mois et inscrit à lAPEC ou à lANPE, la création des chèques BDC a permis de réaliser de nombreux bilan qui ont eu pour effet de remotiver considérablement les personnes.
Une nouveauté : les Jeunes à Bac +3 ont désormais la possibilité de procéder à un BDC. Il existe aussi, dans une formule assez proche, les bilans de plan de formation que lentreprise propose elle-même au salarié.
Finalement, souligne Liliane Tellier, ce terme de BDC regroupe des personnes dans des contextes très différents : les jeunes, les cadres, les chômeurs, mais aussi les travailleurs handicapés et les femmes qui travaillaient à la maison... Le diagnostic sur le public en difficulté est plus difficile à réaliser. Il faut être encore plus attentif aux possibilités et au rythme de chacun, et le financement très bas empêche un travail de qualité, en profondeur.
Cela amène à se demander quels types de personnes travaillent dans ces centres de BDC, car si le professionnel de la formation doit trouver des solutions demploi dans le monde du travail, il faut être également psychologue pour écouter et comprendre lhistoire de chacun. Il faut aussi avoir lil perçant, car il est extrêmement complexe dévaluer des pratiques professionnelles, ou le degré de professionnalisme dun individu. Concrètement, cela demanderait dêtre plus spécialisé que lui dans son propre secteur dactivité et daller sur place estimer ce quil sait véritablement faire. Ainsi, pour les demandeurs demploi, qui sont en dehors de lentreprise, le BDC devient plus une auto-évaluation.
En France, la démarche à légard des BDC est différente de celle de la Grande-Bretagne : là-bas on a fait le travail de référencier les compétences par rapport à chaque emploi dans le cadre des NVQ. En France, la relation que lindividu a ou aura avec ses compétences est considérée comme primordiale, on est moins " académique " et préfère lidée de transfert de compétences dun métier à lautre qui implique une souplesse et un champs de liberté quon ne peut avoir en senfermant dans une liste exhaustive. On peut par contre toujours sappuyer sur le répertoire officiel des emplois réalisé par lANPE, assez restrictif mais utile.
De plus, si on sattache à définir les compétences dune personne par rapport aux tâches prescrites par une entreprise, elle va les réaliser daprès un schéma qui ne correspond pas nécessairement à ses compétences propres et donc avec une certaine déperdition de performance. Cest pourquoi il faut faire émerger le capital de chaque individu et le mettre en valeur. Le centre de BDC doit être, selon lexpression de Mme Malbec, " un accoucheur de projet "
Une question du public permet de distinguer le BDC de la SOA, session dorientation active, qui comporte une partie de bilan de compétence et une partie de TRE (Techniques de Recherche dEmploi) pour réaliser sa propre " étude de marché " par rapport à un projet défini. Avec la SOA, il ny a pas la partie accompagnement, la session est collective, si bien quil est difficile de monter un projet précis qui soit en plus en phase avec la réalité du monde du travail.
Mme Tellier précise que les BDC sont bien entendu perfectibles. Pour les rendre plus efficaces, il faudrait déjà distinguer nettement cette démarche spécifique quest le bilan de compétence des chèques BDC et de toute la réflexion sur les compétences en général. En fait, proportionnellement, peu de salariés bénéficient de cette prestation. Il faudrait que le bilan de compétences soit proposé par lentreprise afin que le salarié puisse faire régulièrement le point sur son aptitude face au travail. On ne compte pas les salariés avec dix ou vingt ans dexpérience professionnelle et qui, se retrouvant subitement au chômage, avouent navoir jamais effectué une seule formation complémentaire pendant toutes ces années.
Autre question déterminante : quel peut être, dans ces conditions, limpact des nouvelles technologies sur le bilan de compétences ? Pour prendre un exemple précis, que peut apporter un cédérom comme " carrière " ?
Mme Danièle Mouthuy précise que ce cédérom sadresse uniquement à des jeunes soucieux de leur avenir professionnel. Il est suffisamment attractif pour que lorientation ne soit pas vécue comme quelque chose dennuyeux. Quand au problème de lélargissement et de la sensibilisation du public au bilan de compétence, un projet est actuellement en cours : il est désormais tout à fait envisageable que, par le biais de lInternet, les personnes isolées qui ne feraient pas la demande dun bilan de compétences pour diverses raisons, puissent bénéficier dune autre forme de dialogue et de conseils. Même si cela ne remplacera jamais la relation directe et fructueuse quon établit avec un conseiller en bilan de compétence...
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